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29 mai 2017 11:02
Le visage fatigué, les yeux cernés et les membres ankylosés, Sheila Brette a le regard rivé sur celui qui, il y a 14 ans, est venu illuminer sa vie. Autour d’elle, le va-et-vient du personnel hospitalier et des personnes venues rendre visite à quelqu’un d’hospitalisé n’existe plus. Allongé sur son lit d’hôpital depuis le 9 mai à cause de sévères crises d’épilepsie, d’une partie du cerveau qui rétrécit et d’une accumulation d’eau dans la boîte crânienne, Rayan, le regard hagard, n’est pas conscient du monde qui l’entoure.
Depuis sept ans, il est plongé dans un état végétatif à cause d’un terrible accident de la route qui lui a volé sa vie alors qu’il n’était qu’un enfant. «Je suis ses mains et ses pieds», confie sa mère au bord des larmes. Aujourd’hui, son fils est dans un monde auquel elle n’a pas accès. Rayan ne parle plus, ne voit plus, ne marche plus et n’a aucune notion de ce qui l’entoure. La seule chose qui peut lui arracher un sourire, ce sont les câlins de ses parents. «Il réagit. Il fait des sons ou un petit sourire et c’est tout.»
Dans la tête de Sheila, les images n’arrêtent pas de tourner. Ce bébé, elle l’avait attendu pendant longtemps. Il avait fini par arriver et avait fait d’elle la femme la plus heureuse au monde. Chaque jour, Rayan, un petit garçon jovial et aimant, rendait ses parents – sa mère Sheila et son père Jimmy – un peu plus fiers.
Il grandissait vite, comme tous les enfants. Le temps lui semblait souvent défiler. À peine avait-il commencé à marcher et à prononcer ses premiers mots qu’il faisait déjà ses premiers pas à la maternelle, puis à l’école primaire. Ensuite, un jour, alors que Rayan a 7 ans, tout bascule.
Pour Sheila et Jimmy, ce qui s’est passé n’est même pas un mauvais souvenir car ils ne peuvent pas le mettre derrière eux. Chaque jour, ils ressassent cette tragédie qui a transformé leur vie en cauchemar.
Ce matin de 2010, Rayan se rend à l’école normalement. Dans l’après-midi, au moment de prendre son van pour rentrer, le petit va aux toilettes. Lorsqu’il se rend compte qu’il a raté son van, il décide de prendre l’autobus tout seul pour rentrer à la maison. Une fois descendu, il traverse la route devant le bus mais est heurté de plein fouet par un van qui est en train de doubler. L’impact est violent.
Traîné sur plusieurs mètres, le petit est gravement touché au cerveau, entre autres. S’ensuivent plusieurs opérations, plus d’une dizaine de jours dans le coma entre la vie et la mort, des semaines d’hospitalisation. «Il ne se réveillait pas. J’implorais les médecins de sauver mon fils. Un jour, il a ouvert les yeux mais son cerveau ne fonctionnait plus, n’allait plus se développer. Lorsqu’on est rentrés à la maison, c’était un légume», se souvient sa maman.
Voilà à quoi se résume la vie de Rayan et de ses parents depuis maintenant sept ans. Le monde de Sheila et de Jimmy tourne désormais uniquement autour de leur unique fils. Les seules sorties sont pour les soins à l’hôpital. Le reste du temps, ils s’occupent de lui comme ils le feraient pour un bébé. «Il faut lui donner son bain, le changer, le donner sa purée, lui faire faire ses exercices, changer sa position régulièrement. Il est totalement dépendant de nous. Tout ça est extrêmement difficile. Nous n’avons plus de vie et moi je suis prisonnière de ma propre maison.»
Si avec l’accident, le cerveau de Rayan a cessé de se développer, son corps, lui, continue de grandir et, à 14 ans, son corps est aujourd’hui celui d’un adolescent. Avec l’âge, Sheila et Jimmy, qui est à la retraite, ont de moins en moins de force. Et des difficultés, il y en a plusieurs. «La maison dans laquelle on vit n’est pas saine pour notre fils. Elle est dans un sale état. De plus, nous vivons uniquement avec la pension de mon mari, celle que touche Rayan et l’allocation que je reçois pour m’occuper de lui. Nous ne pouvons pas continuer comme ça.»
Il y a quelques années, le couple a investi toute la pension de Jimmy dans l’achat d’équipements de physiothérapie pour aider Rayan à la maison. Aujourd’hui, par manque de moyens, ils n’ont d’autre choix que de les revendre. Le couple avait cependant une lueur d’espoir quant à l’amélioration de leurs conditions de vie et de l’avenir de Rayan. «Nous avons un procès en cours pour lequel nous avons demandé réparation pour notre fils. Ce dédommagement, c’est pour lui, pour sa santé et pour quand on ne sera plus là. Il n’a que nous et nous devons penser à son avenir», explique son père.
Mais une fois de plus, confie Sheila, le sort semble s’acharner. «Le juge responsable de cette affaire est décédé et l’affaire a été reportée à novembre le temps qu’un autre juge s’en charge et relance toute la procédure. Nous allons devoir tout recommencer à zéro.» À bout de force, Sheila et Jimmy se demandent s’ils auront suffisamment de courage pour supporter cette situation encore longtemps.
Depuis l’accident, disent-ils, ils ont l’impression de vivre injustice sur injustice. «Nous vivons un vrai calvaire. Vous trouvez ça normal qu’on doive subir les conséquences de l’erreur de notre prochain ? On m’a volé mon fils. Regardez dans quel état il est et à quoi ressemble notre vie», s’insurge Sheila, outrée que leur besoin d’aide est une évidence qui ne saute pas aux yeux des concernés. Aujourd’hui, tout ce qu’espèrent Sheila et Jimmy, c’est qu’ils puissent enfin mettre toutes ces procédures derrière eux et commencer à s’occuper de l’avenir de leur fils. Car ils le savent bien, ils ne seront pas toujours là et Rayan aura toujours besoin de quelqu’un à ses côtés.
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