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Rajeev Bundhoo : «Pour certains, une personne qui achète des préservatifs, so lavi pa bon»

Il fait partie de la Rainbow Team, un petit groupe de personnes qui sillonne l’île pour faire de la prévention. Rien que cette semaine, cette équipe a été dans les régions de Port-Louis, Pailles, Réduit et Saint-Pierre pour distribuer gratuitement des capotes, des gels mais aussi pour faire des dépistages rapides. Ses membres se proposent également de répondre à toutes les questions sur le VIH et les IST. Rajeev Bundhoo, Outreach Coordinator, nous en dit plus.

Qu’est-ce qu’un Outreach Coordinator ?

 

C’est quelqu’un qui planifie le travail sur le terrain. Au sein de PILS, il y a plusieurs départements et je fais partie de la Rainbow Team qui se compose de quatre personnes. Nous encadrons notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes et les transgenres. À mon niveau, je planifie des formations ou encore j’organise des suivis avec des personnes qu’on a dépistées sur le terrain. J’ai commencé ce travail en mai 2018.

 

On fait de la prévention, de la distribution de préservatifs, des tests de dépistage et si on découvre qu’une personne est infectée, que ce soit par le VIH ou une autre IST, on va faire ce qu’on appelle l’accompagnement. On va la suivre et l’encadrer. On fait aussi de l’accompagnement dans les hôpitaux ou encore de l’Hormonal Therapy pour les personnes trans qui veulent faire leur transition. On travaille avec les endocrinologues et avec la Mauritius Family Planning & Welfare Association.

 

Et comment vous êtes-vous retrouvé dans ce domaine ?

 

Je travaillais avant dans le domaine de la vente. Je me suis toujours dit que je devais me mettre au service de la communauté LGBT, mais je ne savais comment donner vie à cette envie. Puis, à un moment donné, j’ai voulu changer de travail et, au même moment, un ami m’a contacté pour me parler d’une opportunité d’emploi. J’avoue qu’à l’époque, je ne savais pas trop ce que faisait PILS et je me suis donc renseigné sur le sujet. J’ai fait le grand saut, je suis passé par des formations et je me suis retrouvé embarqué dans cette belle aventure.

 

Comment opérez-vous ?

 

J’assure le rôle de coordinateur et je gère le travail sur le terrain. On a un groupe Facebook qui s’appelle PILS Rainbow Team et un groupe WhatsApp. C’est sur ces plateformes que nous informons sur l’endroit où la team interviendra. Des personnes peuvent également nous contacter sur ces supports si elles ont des interrogations ou si elles veulent effectuer un dépistage. Généralement, le travail se fait deux jours au bureau et trois jours sur le terrain, et on couvre toutes les régions. On fait aussi le door to door. On a une caravane et on propose trois tests de dépistage pour le VIH, pour la syphilis et l’hépatite C, et les résultats sont délivrés sur place. On est là pour écouter, conseiller, accompagner, épauler, expliquer et cheminer avec ceux qui font face à la maladie. Souvent, ils ne savent pas comment parler aux médecins ou quelles questions poser. Et dans ces situations, nous sommes là pour les aider.

 

Comment cela se passe quand une personne est testée positive ?

 

Il y a toute une façon de faire avant de lui annoncer cette nouvelle. On lui explique qu’un traitement est possible au cas où quelqu’un est testé positif et qu’il y a, par exemple, des personnes qui, en étant, suivies et encadrées, prennent des médicaments et vivent très bien avec le VIH. On fait donc le test et si celui-ci est réactif, on informe la personne de ce que cela représente. Ce n’est pas notre rôle de l’informer si ses résultats sont positifs. On l’invite alors à aller faire des tests plus poussés. On va, par la suite, l’accompagner dans toutes les étapes qui suivent, notamment avec le ministère de la Santé.

 

Les préservatifs et autres gels sont désormais disponibles dans les pharmacies et grandes surfaces. Mais pourquoi est-ce que des personnes passent par vous  pour s’en procurer ?

 

L’achat et l’usage des préservatifs sont encore tabous. Ce sont des sujets très sensibles. Aujourd’hui, affirmer qu’on est homosexuel, le dire, suscitent encore et toujours des réactions négatives. Des jeunes qui vont dans des pharmacies pour acheter des préservatifs racontent encore qu’ils subissent des regards interrogateurs. Pour certains, une personne qui achète des préservatifs, so lavi pa bon ou encore li gagn relasion boukou. C’est pour cela que des personnes font appel à nous. C’est plus discret. Mais heureusement qu’il y a une évolution.

 

Quels changements avez-vous remarqués depuis que vous avez mis en place ce projet ?

 

On a pu dépister un certain nombre de personnes infectées par le VIH ou d’autres IST. On a aussi remarqué que le public est de plus en plus conscient de la nécessité de se faire dépister ou de l’importance d’utiliser des préservatifs. Nous informons aussi sur l’usage de la PrEP, un médicament utilisé avant un rapport sexuel à risque et qui permet d’empêcher le virus du sida de se développer.

 

Et quels changements voulez-vous apporter ?

 

On travaille pour faire reculer le VIH à Maurice. Il y a encore des stigmatisations et des tabous autour du virus. Les personnes qui en souffrent sont d’ailleurs des victimes de ces regards interrogateurs, des remarques et commentaires qui blessent. On veut aussi contribuer à améliorer les conditions dans lesquelles les malades sont reçues et traitées. Il y a, certes, des améliorations mais il y a toujours des manquements.

 

Comment faire pour vous contacter ?

 

La Rainbow Team est joignable au 212 4841 ou au 212 8674. Nous avons aussi une page Facebook, PILS Rainbow Team, et un numéro de portable : 5836 0283.