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Par Elodie Dalloo
9 février 2022 18:42
Yogesh Dhurma est parmi ceux qui sont les plus touchés par ce drame. Il est dégoûté, révolté. À son sentiment d’indignation s’ajoute la souffrance d’avoir perdu un ami proche dans des circonstances dramatiques. Ce qui est arrivé à Ramjeet Gosto, dit-il, aurait pu être évité si les autorités avaient pris les dispositions nécessaires pour ne pas mettre en danger les travailleurs après la levée de l’alerte cyclonique aux petites heures du matin, ce jeudi 3 février. Toutes ces émotions, Yogesh Dhurma, employé du Triolet Bus Service Ltd, les a clairement exprimées dans une publication partagée sur les réseaux sociaux quelques heures après le décès tragique de son collègue ; un post partagé plusieurs centaines de fois par des internautes tout aussi attristés par cette tragédie et partageant son avis.
Il est environ 4 heures lorsque l’alerte cyclonique est levée ce matin-là. Le Nord de l’île, particulièrement touché avec des rafales de plus de 120 km/h, a essuyé des dégâts importants, privant bon nombre de foyers d’électricité. Bien que le temps soit toujours terriblement venteux et pluvieux, plusieurs personnes quittent alors leur maison pour aller travailler, comme les employés des services de transport. Yogesh Dhurma est de ceux-là. Malgré la très mauvaise visibilité, il s’aperçoit à temps qu’un arbre bloque la route à Pointe-aux-Biches, à quelques mètres de l’hôtel Récif Attitude. «La route n’était pas éclairée. La seule source de lumière provenait de l’hôtel mais elle n’était pas suffisamment forte pour me permettre de voir correctement.» En essayant de se frayer un chemin, il voit, quelques mètres plus loin, un homme portant un gilet réfléchissant gisant inerte sur l’asphalte à côté de sa moto. «J’ai immédiatement contacté le service 150 pour qu’ils me mettent en contact avec le poste de police de Trou-aux-Biches et je leur ai demandé d’envoyer une ambulance sur place.»
Au bout de quelques minutes, il reçoit un appel. «Il s’agissait du poste de police de Piton. Ils m’ont demandé de vérifier si l’homme en question était conscient. Je me suis approché, je l’ai retourné et j’ai réalisé qu’il s’agissait de mon collègue Ramjeet Gosto», dit-il. D’après lui, l’homme de 54 ans aurait percuté l’arbre à cause de la mauvaise visibilité. «Si cela ne lui était pas arrivé, cela aurait très bien pu arriver à quelqu’un d’autre. J’aurais, moi aussi, très bien pu y passer. Prosin kou ena siklonn, bizin atann ki fer kler pou dimounn al travay. Zot ti bizin atann 3-er de tan pou ki gagn letan pran bann dispozisyon neseser ou atann 10-er. Sa dimounn-la inn met so lavi an danze parski li ti bizin al tir bis», s’insurge Yogesh Dhurma.
Une proche de la victime abonde dans le même sens. «Les autorités ont pris les mauvaises décisions. Elles ont levé l’alerte cyclonique et laissé le public se rendre au travail alors que le temps était encore très mauvais. L’électricité n’avait même pas encore été rétablie dans bon nombre de foyers», dit-elle. Ce matin-là, Ramjeet Gosto, qu’elle décrit comme «un homme débrouillard très dévoué à son travail», a dû se préparer à toute vitesse pour se rendre au Triolet Bus Service Ltd Terminus. Il a quitté son domicile, à Grande-Pointe-aux-Piments, pour se rendre sur son lieu de travail à moto. «Il devait y être à 4h30, selon ses horaires de travail, car il travaille sur shift. Il devait aller récupérer un autobus pour aller chercher d’autres travailleurs. Gouvernman inn mal fer. Li pa logik. Ti bizin atann fer kler pou les dimounn al travay ou donn piblik ankor enn zour konze. Kan ti ena lockdown, dimounn pa finn travay pandan plizir semenn. Enn zour konze de plis pa ti pou sanz nanye. Zot bizin met sa o kler pou enn zafer parey pa rearive», se désole notre interlocutrice.
Les funérailles du père de famille ont eu lieu le vendredi 4 février à 11 heures. Il laisse derrière lui un fils de 28 ans et une fille de 32 ans, ainsi que d’autres proches bouleversés.
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