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Alain Gordon-Gentil : Sir Gaëtan Duval, 30 ans après

13 juin 2026

Un retour en arrière pour mieux voir l’avenir visiblement. L’actuel directeur de la MBC, journaliste, cinéaste et auteur nous propose depuis récemment Mourir, juste un peu, constitué de deux séries d’entretiens de sir Gaëtan Duval, la première parue en 1986 et la seconde avant sa mort en mai 1996, avec un avant-propos qui veut «mettre en perspective sa disparition et l’éclairage qu’elle a apporté sur ce personnage iconique et la place qu’il occupe encore sur la scène mauricienne 30 ans après sa mort». Alain Gordon-Gentil nous en dit plus sur la genèse de son nouveau livre et, du coup, on en a profité pour lui faire parler de la MBC.  

Parlez-nous des débuts de ce projet de livre ?

C’est un projet que je porte depuis longtemps en moi. Peut être même depuis 1996, soit quelques semaines après la mort de sir Gaëtan. La réaction de la population mauricienne en apprenant son décès a été tellement particulière, surprenante, émouvante que je me suis posé, en tant que journaliste, certaines questions. Les Mauriciens ont réagi comme s’il s’agissait de la mort d’un parent, d’un proche. C’était la première fois que je voyais ça. Les anciens disent que ce fut la même chose pour la mort de Guy Rozemont. Ma question était de savoir quel était ce lien si particulier qui liait Gaëtan Duval aux Mauriciens. Il y a aussi eu tout un travail de correction, d’actualisation et de choix de ces interviews... 

Premier constat, avant même d’écrire mon avant-propos, c’était le désir de partager avec la nouvelle génération née dans les années 90 ces deux longues séries d’entretiens réalisées en 1986 et en 1996. Duval s’y dévoile et par touches successives, on apprend à cerner sa personnalité complexe. Au-delà de cet aspect, il y a sa vision de Maurice, ses convictions, ses peurs, ses espoirs, bref, il nous parle de notre pays. Il a été une personnalité incontournable qui a influencé la vie mauricienne pendant un demi-siècle. C’est considérable. J’ai donc pensé que cette nouvelle génération pourrait être intéressée à retrouver ces deux textes qui analysent avec une grande acuité notre société et son évolution.

**Vous qui connaissiez si bien SGD, qu’aurait-il pensé, selon vous, de l’île Maurice actuelle, que ce soit d’un point politique ou sociétal ? **

Il est toujours dangereux de parler à la place des disparus. Ce que l’on peut dire sans grand risque de se tromper, c’est qu’avec son sens de l’humour, beaucoup de débats aujourd’hui l’aurait inspiré. Son sens pratique, pragmatique le tenait toujours loin des débats ou chacun «pe rod rol». Je crois que les réseaux sociaux avec leurs nombreux experts en tous genres, spécialistes en tout, aurait aiguisé ses sarcasmes. Duval avait une compréhension très profonde de la société mauricienne. Il gravitait dans tous les milieux et ressentait bien le pouls de la population. Mais de là à dire ce qu’il aurait pensé de notre société en 2026, c’est un pas que je ne franchirai pas.

Et quelles seraient, à votre avis, les éléments les plus mémorables d’une personnalité comme SGD ? 

Selon moi, Duval, dans la deuxième partie de sa vie, je dirais à partir des années post indépendance, a incarné à sa manière le mauricianisme. Dans le sens que c’était un homme sans barrières, ouvert à toutes les cultures et qui avait une compréhension assez impressionnante de ce qu’on pourrait appeler l’âme mauricienne. C’était quelqu’un d’authentique, ce qui n’exclut pas des défauts bien sûr. Ce qui reste aussi de Duval, et on l’oublie, c’est son sens de l’humour, de la formule qui fait mouche, qui a souvent dédramatisé les situations difficiles.

D’autres projets de livres après celui-ci ? 

J’ai toujours un livre en cours. Mais je n’aime pas parler des choses sur lesquelles je travaille. Mais disons que l’écriture est un travail incessant. Dans un jour il y a 24 heures. Et comme je ne perds pas mon temps sur les réseaux sociaux à scroller, je trouve du temps pour écrire malgré mes 9/12 heures passées à la MBC tous les jours de la semaine.

Puisque vous en êtes là, que pouvez-vous nous dire sur la MBC en ce moment ?

Après l’intervention du Premier ministre sur les finances de la MBC au Parlement mardi dernier, les Mauriciens réalisent maintenant la faillite financière que nous a laissée l’ancienne direction. Et avec toutes ces sommes énormes dépensées ils avaient réussi à faire une télévision détestée par les Mauriciens comme elle ne l’avait jamais été. En un an depuis janvier 2025, nous sommes passés d’une télévision de propagande outrancière à une télévision dont le Journal Télévisé de 19h30 est devenu une vraie référence dans le paysage audiovisuel. Et tout ça, en amorçant la diminution des déficits. Nous avons aussi amorcé un vrai virage sur le plan de la création audiovisuelle. Nous produisons des documentaires, des débats d’actualité, des enquêtes, et nous aidons les réalisateurs locaux à produire des documentaires et des courts métrages. Les réalisateurs et producteurs trouvent maintenant, avec la MBC, un vrai partenaire. Le constat vient d’une réflexion simple et évidente : la MBC ne pourra jamais concurrencer Canal Plus, Netflix ou Prime Video s'agissant des films. Nous n’avons pas et n’aurons jamais les moyens de ces géants. Il s’agit donc pour nous de créer des contenus qui n’existent nulle part ailleurs. C’est-à-dire des productions locales ; films, documentaires, débats, jeux. C’est ce qui fera notre originalité et nous ancrera encore plus dans la société mauricienne. Et pour moi, c’est là le vrai rôle d’une radio-télévision nationale. Ceux qui écoutent notre nouvelle RM1 tous les jours (et ils sont de plus en plus nombreux) ont l’occasion de voir ce que peut donner l’imagination, le talent et l’originalité d’une équipe qui, on le voit, est en train de conquérir un public qui avait abandonné la MBC depuis de nombreuses années. Chaque auditeur, chaque téléspectateur qui revient est pour nous un magnifique cadeau.

Quelques morceaux choisis

«Le Mauricien est un être particulier. En même temps, ses particularismes ne sont pas figés.» 

«L’homme politique est plus souvent mégalomane que mythomane. J’ai vu des gens extrêmement intelligents, au cours d’une élection, devenir des mégalomanes idiots.»

«Je préfère dire que j’aime les garçons. Je trouve cela plus élégant.»

«Je n’ai jamais su avec précision qui je voulais être. C’est ce qui explique la manière dont s’est déroulée mon existence.»  

«Tous les germes de nos problèmes étaient là depuis l’Indépendance. En choisissant cette indépendance, nous savions que nos problèmes sociaux et communautaires seraient toujours là et qu’il nous fallait sans cesse y faire attention. Et ce sera le cas pendant bien longtemps encore.»

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