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«Anna Van Bengale» : quand le théâtre ravive la mémoire de la révolte de 1695

11 juin 2026

L’histoire reprend vie à Mahébourg. Après une première représentation remarquée au Musée de l’Esclavage Intercontinental (ISM) à Port-Louis en août 2025, la pièce Anna Van Bengale sera présentée une deuxième fois le samedi 20 juin 2026 à l’ancien embarcadère de Mahébourg. Organisé par Rezistans ek Alternativ et le Centre for Alternative Research and Studies, l’événement s’inscrit dans un travail de mémoire autour de l’un des actes de résistance les plus marquants de l’histoire mauricienne.

La soirée débutera à 17h30 avec un atelier pour enfants animé par l’Atelier Pierre Poivre, avant le discours d’ouverture à 18h15. La représentation théâtrale commencera à 18h30 et sera suivie d’une scène ouverte dans le cadre de la Fête de la Musique.

Écrite et mise en scène par Rowin Narraidoo, la pièce est inspirée des recherches de l’historien Joel Edouard. Elle retrace les événements du 18 juin 1695, lorsque quatre personnes réduites en esclavage – Anna Van Bengale, Esperance Van Bengale, Anthonij Van Mallabaar, dit Bamboes, et Aron Van Ambon – mirent le feu à la caserne hollandaise du Fort Frederik Hendrik, dans le Grand-Port.

Cet acte de révolte causa d’importants dégâts et déclencha une répression brutale. Arrêtés puis jugés, les quatre insurgés furent exécutés quelques jours plus tard. Leurs corps furent exposés publiquement afin de dissuader toute autre tentative de résistance.

Longtemps absente des récits officiels, cette insurrection est aujourd’hui reconnue comme un moment fondateur de la lutte pour la liberté à Maurice. Depuis plusieurs années, des organisations citoyennes et syndicales militent pour que cet épisode soit pleinement intégré à la mémoire collective nationale. Leurs efforts ont abouti en 2025 à une reconnaissance officielle par l’État mauricien, dans le cadre des commémorations marquant les 190 ans de l’abolition de l’esclavage. Une stèle à la mémoire des quatre insurgés a notamment été inaugurée au Fort Frederik Hendrik.

Au-delà du rappel historique, Anna Van Bengale met en lumière plusieurs dimensions essentielles de cette révolte : la capacité d’organisation des personnes réduites en esclavage, leur volonté d’émancipation, mais aussi le rôle déterminant joué par les femmes dans les luttes contre l’oppression. La pièce rappelle également que les résistances à l’esclavage ont contribué à fragiliser le système colonial bien avant son abolition.

Portée par les comédiens Sandrine Razaze, Chevrine Pursad, Causette Lafleur, Noor-E-Islam Baboo, David Lyanasee, Sanjay Jamoonaparsad Putteeraj, Stephan Sirop, Sebastien Sirop et Vishnou Gooradoo, cette création théâtrale se veut à la fois œuvre artistique et acte de transmission.

À travers cette nouvelle représentation, les organisateurs espèrent permettre à un plus large public de découvrir ou redécouvrir l’histoire d’Anna Van Bengale et de ses compagnons, dont le courage continue de résonner plus de trois siècles après les faits. Une manière de rappeler que la quête de liberté et de dignité a aussi été écrite par celles et ceux que l’histoire a longtemps laissés dans l’ombre.

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