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31 mars 2026 15:12
Arrêté puis libéré sous caution dans une affaire de blanchiment présumé, Avinash Luchoo, alias «Poum», sort du silence. Il s’explique sur l’origine de ses biens, rejette les accusations et défend son projet de concert Jalsa la vini, qu’il présente comme un engagement en faveur de la culture mauricienne.
Vous avez récemment fait la une de l’actualité après votre arrestation par la Financial Crimes Commission dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent présumé. Êtes-vous le propriétaire de l’ensemble des biens saisis à cette occasion et pouvez-vous en expliquer la provenance?
Je ne suis pas propriétaire de tous ces biens. La Mustang, par exemple, est à moi. Je l’ai achetée d’occasion via Axess, par transfert bancaire, en 2023. J’ai également acquis une Porsche d’occasion en 2022 auprès de Your Dream Motors, également par transfert bancaire.
Le Raptor m’appartient via ma compagnie Poum Recycling Ltd, qui gère mon activité d’exportation de bois. Il est sous leasing auprès d’ABC Banking depuis 2024. Le Land Rover, lui, date de 2009 et appartient à mon père, qui me l’a offert en 2022, lors de mes fiançailles.
Les deux Harley-Davidson appartiennent aussi à mon père. Il les avait achetées pour Rs 400 000 en 2023. La Yamaha RN 1000 cc est à mon nom : je l’ai achetée via une annonce sur Facebook, payée par transfert bancaire au nom de ma société.
Le quad appartient à un ami qui me l’a prêté pour me déplacer dans les champs et dans mon élevage. Les officiers de la FCC l’ont saisi bien qu’il soit en panne.
La somme de Rs 38 000 retrouvée chez moi provient de mes activités professionnelles. J’avais également 3 500 euros dans mon passeport pour mes voyages ; cet argent provient de la banque. Concernant le bateau, je ne possède qu’un kayak, que j’utilise pou al lapes viel à Melville.
Quant aux bijoux, certaines bagues appartenaient à mon défunt père. D’autres m’ont été offertes par ma belle-famille pour mon mariage. J’ai aussi acheté deux bagues et une chaîne à Dubaï, payées par carte bancaire via ma société. Les montres saisies ont été achetées à Maurice et en duty-free à Thaïlande. Tout est vérifiable : je paie toujours par carte ou transfert bancaire.
Que pouvez-vous nous dire sur les accusations de blanchiment d’argent dont vous faites l’objet ?
Mo inosan 100 %. J’ai déjà fourni toutes les preuves à la FCC via un huissier : relevés bancaires, sources de revenus, factures liées à mon activité d’exportation de bois, ainsi que des copies certifiées conformes de documents de la MCB et des douanes. La vérité finira par éclater. Je ne peux en dire plus en raison de l’enquête en cours. Je suis toutefois très satisfait de la façon dont les enquêteurs de la FCC mènent l’enquête. Dimounn pou kone apre ki mo onet.
Suite à votre arrestation, de nombreuses critiques ont émergé sur les réseaux sociaux et ailleurs concernant le concert Jalsa la vini. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de financer cet événement avec de l’argent illicite ?
Mo pa pe blansi larzan sal ladan. Beaucoup jugent sur l’apparence, surtout quand on roule dans une grosse voiture ou qu’on porte des bijoux. Pourtant, dans ma culture, les bijoux ont une signification. J’ai été arrêté le 5 mars et libéré sous caution le 18 mars, après 13 jours de détention basés sur des soupçons. Je n’ai aucun lien avec l’autre suspect même si nous sommes du même quartier. Mes comptes ne sont pas gelés et la charge provisoire pourrait être rayée prochainement. Mes avocats Ashley Hurhangee, Rishi Bhoyroo et Ashik Toorabally font un travail vraiment formidable. J’invite les Mauriciens à venir au concert : ce sera un spectacle 100% live, sans intelligence artificielle. Il y aura une seconde édition gratuite étalée sur deux jours avec plus d’artistes.
Parlez-nous de ce concert annoncé comme l’un des événements musicaux majeurs de l’année et prévu le 9 mai prochain au stade Anjalay.
Je suis le seul organisateur de ce concert. C’est une longue histoire, un projet qui remonte à plusieurs années. Je suis l’actualité musicale locale depuis très longtemps et j’ai toujours été un grand passionné de musique mauricienne. Cela fait d’ailleurs longtemps qu’un événement de cette envergure n’a pas eu lieu à Maurice. Le séga se meurt. Pourtant, chaque pays possède sa propre identité musicale, et la nôtre est extrêmement riche, avec ses couleurs, son histoire et ses influences. Je suis un homme d’affaires et je voyage beaucoup : c’est du séga qu’on entend dans les avions, c’est aussi au son du séga que l’on accueille les VVIP à leur arrivée. Très souvent, c’est également au rythme de la ravanne que les touristes sont reçus à l’aéroport ou à l’hôtel. Malgré cela, cette culture se perd. Certains ne la valorisent que pour le business. J’ai un bébé de quatre mois. Pour son anniversaire, dans cinq ans, j’aimerais pouvoir lui faire découvrir du bon séga, plutôt que certaines chansons actuelles où l’on retrouve des insultes et des propos vulgaires. Cette tendance ne reflète pas notre culture. Notre séga est un véritable bijou. Notre identité musicale repose notamment sur le séga et la musique bhojpuri. Ti Frer a marqué l’histoire, tout comme les Bhojpuri Boys à travers leurs chansons.
Pourquoi avoir choisi l'intitulée Jalsa la vini avec une affiche composée exclusivement d’artistes locaux?
Au départ, Jalsa la vini était un teaser que beaucoup de personnes n’ont pas compris. J’ai voulu interpeller le public différemment, sans faire comme les autres organisateurs de concerts. Jalsa la vini, c’est un projet unique pour Maurice. Je ne le fais pas pour l’argent ni pour le business, mais pour le pays.
Ils sont nombreux, avant moi, à avoir essayé sans réussir. C’est ce qui m’a poussé à aller jusqu’au bout, d’autant que je me sens très concerné par notre culture locale, surtout avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle dans la musique.
Pour la petite histoire, Désiré François est mon chanteur préféré. C’est lui qui m’avait proposé la date du 9 mai pour ce concert, qui devait initialement avoir lieu le 11 avril. Par la suite, il a dû reporter en raison d’une tournée en Europe. Il avait alors suggéré le 2 mai à son retour, avant que nous ne retenions finalement le 9 mai. Nous avons maintenu cette date, même si Désiré François a dû à nouveau se désister en raison d’une autre tournée à l’étranger.
Peu après, j’ai établi une liste d’artistes. J’ai ensuite sollicité Bruno Raya pour coordonner les artistes de ce concert 100 % live. Le projet a rapidement pris de l’ampleur : nous sommes passés de 25 à près de 100 chanteurs, sans compter les musiciens. Chaque artiste disposera d’environ 30 minutes sur scène. J’ai tenu à accorder à chacun la reconnaissance qu’il mérite.
Parmi les artistes confirmés figurent Linzy Bacbotte, Ras Natty Baby, Nancy Dérougère, Mario Justin, Nitish Joganah, Blakkayo, Denis Fricot ou encore Vergino. D’autres surprises sont également prévues.
Je vais bientôt lancer la chanson Jalsa la vini sur YouTube. Elle est interprétée par 13 artistes locaux qui seront tous présents au concert. Initialement, elle devait sortir pour la fête de l’Indépendance, mais j’étais alors en détention. Je ne compte pas m’arrêter là : une chanson reggae et une autre en bhojpuri seront également proposées gratuitement au public. Le concert se terminera d’ailleurs par un nouveau teaser.
Pouvez-vous nous éclairer sur le financement du concert Jalsa la vini ?
Je sais que beaucoup de personnes se posent cette question, surtout après mon arrestation par la FCC pour suspicion de blanchiment d’argent. Lorsque j’ai décidé d’aller de l’avant avec ce projet, j’ai contacté Alliance Media pour les billboards et les stickers dans le métro. Je leur ai proposé de devenir collaborateurs, ce qu’ils ont accepté.
J’ai ensuite rencontré Northern Printing, qui a également apprécié le projet. Alliance Media et Northern Printing sont mes collaborateurs, et non des sponsors. Il y a également Effect Sound Ltd, qui s’occupe du son, de la lumière et du podium. Tous soutiennent ce projet.
Nous ne sommes pas là pour faire de l’argent. Je devrai leur verser une certaine somme après la vente des billets pour couvrir les frais administratifs. À ce jour, je n’ai pas encore dépensé de grosses sommes. Pour un projet de concert, l’essentiel n’est pas l’argent, mais le cœur que l’on met pour réussir. L’argent suivra ensuite avec la billetterie. Nous attendons entre 5 000 et 7 000 spectateurs. Les billets sont en vente via Otayo, qui est également partenaire, et sur le site officiel Jalsa la vini.
Sinon, comment gagnez-vous votre vie ?
J’ai 38 ans et j’ai commencé à travailler très jeune. Depuis plus de 15 ans, je tiens un tricycle sur la plage de Mon-Choisy où je vends du pain kebab, des mines frites et des chips. Mon épouse s’occupe de ce commerce depuis 2022.
La même année, j’ai lancé une nouvelle activité : l’exportation de bois de santal de Maurice vers l’Inde, l’Indonésie et Dubaï. Grâce à des investisseurs indiens, j’ai pu exporter mon premier conteneur sans dépenser un sou. J’ai ensuite envoyé deux autres conteneurs, réalisant un profit de Rs 10 millions sur les trois premiers. Ces fonds m’ont permis de développer mes affaires jusqu’à aujourd’hui.
À ce jour, j’ai généré plus de Rs 60 millions de profit grâce à l’exportation du bois. Tous les paiements se font par transfert bancaire et je peux justifier chacune de mes sources de revenus. Je n’ai rien à cacher.
Avec ces profits, j’ai investi dans d’autres activités : j’ai acheté un bâtiment à Pointe-aux-Cannoniers où ma femme tient un salon de beauté, actuellement fermé en raison de son accouchement. Je gère également une station-service dans la même localité depuis un an. J’ai plusieurs camions trailers utilisés lors de la période de coupe pour Alteo, ainsi que plusieurs snacks à Goodlands et à Grand-Baie.
Je suis aussi planteur et éleveur : j’ai plus de 50 vaches, alors que je n’avais commencé qu’avec six, destinées à l’abattoir. Je possède aussi des plantations de bringelles et de giromons, ainsi que des champs de maïs.
Et d’où vient votre sobriquet «Poum», que vous avez aussi donné à plusieurs de vos compagnies ?
J’avais 5 ans lorsque l'un de mes oncles – qui vivait en Angleterre et est aujourd’hui décédé – m’a donné le sobriquet de «Poum Poum», puis «Ti Poum», avant de m’appeler définitivement «Poum». Le nom est resté et mon entourage m’appelle toujours ainsi.
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