En quelques instants seulement, une sortie ordinaire après l’école s’est transformée en un drame insoutenable qui a arraché un père à sa famille et laissé une enfant suspendue entre la vie et la mort. Pradeep Cheekhoory, plus connu comme Manoj, 58 ans, Security Officer au casino Senator à Triolet, était en compagnie de sa fille Anshika, 12 ans, élève en Grade 6 à l’école de Morcellement Raffray à Terre-Rouge, lorsqu’ils ont été victimes d’un terrible accident à la Route des Pamplemousses, à Ste-Croix, où ils habitent.
Selon les premiers éléments de l’enquête policière, le père et la fille sortaient «aste dipin pou manze apre lekol» et s'étaient ensuite arrêtés non loin d’une tabagie très fréquentée de la localité pour acheter des friandises lorsque le drame s'est produit. «Mon père venait de garer sa moto non loin d’un commerce lorsqu’une voiture les a heurtés de plein fouet. Il n’a même pas eu le temps de régler la facture», raconte sa fille aînée Bimesha Cheekhoory, 17 ans, élève en Grade 10 au London College, terriblement secouée.
«Roul vit»
L’adolescente affirme que, selon des témoins oculaires, le véhicule impliqué «ti pe roul mari vit» au moment de l’impact. Le choc a été d’une extrême violence. Son père a succombé à ses blessures peu après son admission à l’hôpital Jeetoo. Sa sœur, grièvement blessée, a été admise en soins intensifs dans un état critique. Tarun, un cousin, décrit une situation médicale alarmante. «Li ena fraktir dan so basin. So kolonn vertebral inn fele. So lefwa inn perfore. Ena internal bleeding. Finn bizin anlev so larat. So lasans viv 50-50. Bann dokter inn dir nou res stand by. Nou gagn kouraz kan nou get li selman. Li enn tifi bien for», lâche-t-il, la voix serrée par l’émotion.

La fillette est intubée et a déjà subi plusieurs interventions chirurgicales d’urgence. Elle ne sait toujours pas que son père est mort. Dans cette famille désormais brisée, Manoj était un père célibataire qui élevait seul ses deux filles depuis sa séparation de sa conjointe il y a six ans. Ses trois sœurs et ses trois frères l’aidaient énormément sur le plan moral. «Mo papa mem ti pe okip nou. Mo bann matant ek tonton ousi get nou bien. Mo ti ser sipoze fer lexame PSAC sa lane-la. Tou fami ankor dan sok ziska ler. Boukou dimounn pe sinpatiz ek nou apre sa terib aksidan-la», confie Bimesha, bouleversée.
Elle explique aussi que la douleur est d’autant plus lourde à cause du comportement de sa mère. «Mo mama pa'nn mem vini pou lamor mo papa. Ek ziska ler li pa'nn vinn lopital pou get mo ti ser», ajoute-t-elle. La jeune fille explique que sa petite sœur était consciente après l'accident qui a coûté la vie à leur père. Ce dernier est mort sur le coup. «Mo oule lazistis pou mo papa. Ek mo invit tou dimounn priye pou mo ti ser», implore Bimesha, la voix cassée par l’émotion.
Un homme travailleur
Sur les réseaux familiaux et dans le voisinage, l’émotion est immense. Tous décrivent un homme travailleur, dévoué à ses enfants, et une fille joyeuse, pleine de vie. «Anshika enn tifi tre zovial. Li kontan danse kan ena bann gran lapriyer. Li kontan zwe football. Li kontan koze riye ek tou dimounn. Li bien popiler», souligne sa sœur.
Le conducteur impliqué dans l’accident, Gino Meetun, a pour sa part, été arrêté et interrogé par la police. Il aurait déclaré avoir perdu le contrôle de son véhicule, évoquant un possible éclatement de pneu. Ses tests d’alcoolémie et de drogue se sont révélés négatifs. Une reconstitution des faits a eu lieu le 22 mai sur les lieux du drame, en présence des enquêteurs, afin de retracer les circonstances exactes de l’impact. Gino Meetun est ensuite retouné en cellule policière, tandis que la police poursuit les investigations pour établir les responsabilités exactes dans ce drame.

Cet habitant de Résidence Richelieu, à Petite-Rivière, est déjà connu des services de police. Il avait été arrêté en février dernier dans le cadre d'une enquête menée par la Financial Crimes Commission concernant des allégations de blanchiment d’argent liées à des activités de trafic de stupéfiants. Des opérations avaient été menées à son domicile, avec l’appui de différentes unités spécialisées de la force policière. Les autorités avaient alors procédé à la saisie de plusieurs véhicules de luxe, d’environ Rs 1,2 million en espèces, ainsi que de bijoux estimés à plusieurs centaines de milliers de roupies.
Des vérifications ont également été engagées concernant ses biens immobiliers et ses activités commerciales. Les enquêteurs cherchent à établir l’origine des avoirs en question et à déterminer s’ils proviennent d’activités légales ou de revenus potentiellement liés à des infractions financières.
À Ste-Croix, les proches de Manoj et d’Anshika se sont mobilisés pour rendre hommage à la victime, notamment à travers un dépôt de gerbe sur les lieux de l’accident. Des proches ont également assisté à l’exercice de la reconstitution des faits de l’accident avec des pancartes en main réclamant justice pour Manoj et sa petite Anshika. Aujourd’hui, entre la perte d’un père et la lutte d’une enfant pour survivre, une famille entière reste suspendue à l'espoir d’un miracle.