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Vols, agressions et meurtres

Le lourd passé criminel d’Aswind Aukhajah

20 juillet 2026

Il n'a fait qu'apporter du chagrin aux siens. Libéré après avoir battu à mort sa grand-mère alitée en 2015, Ashwin Aukhajah a de nouveau sévi au sein de sa famille ce lundi 13 juillet. Pour une banale histoire de bouteille de rhum, ce multirécidiviste, également connu pour des affaires de vols et d’agressions, a mortellement agressé son frère Sachin avec un morceau de bois, plongeant ses proches dans un deuil infini. Ils nous dressent le portrait de cet homme qui leur a fait vivre l’enfer pendant des années.

A Mahébourg, chez les membres de cette famille, le malheur ne s’arrête jamais, mais il porte invariablement le même nom : Aswind Aukhajah, le bourreau attitré de sa propre lignée. À chaque fois que le sang a coulé au cœur de ce foyer au cours de ces dernières années, c’est toujours sa main destructrice qui tenait l’arme. En février 2015, il avait été appréhendé après avoir tabassé à mort sa grand-mère Batassiah Gopaul, âgée de 89 ans, qui était alitée. Loin d’avoir cherché la rédemption après avoir purgé sa peine, il a replongé son entourage dans un enfer après sa libération huit ans plus tard, alternant entre vols domestiques et agressions sur ses proches au quotidien ; une violence gratuite qui annonçait déjà le terrible bain de sang à venir.

Le lundi 13 juillet, emporté par la même fureur destructrice, il s’en est pris à son frère Sachin, âgé de 47 ans. Après qu’une dispute a éclaté parce qu’ils se seraient retrouvés à court de boissons alcoolisées, il l’aurait frappé à plusieurs reprises, puis se serait saisi d’un morceau de bois pour poursuivre l’agression. Ce dernier, qui souffrait d’un handicap depuis un accident de la route, n’a pas survécu aux coups qui lui ont été infligés ; un énième crime qui vient porter le coup de grâce à une famille déjà profondément meurtrie.

Après son premier crime, les langues se déliaient déjà au sein de sa famille pour raconter qu’Ashwind Aukhajah n’avait jamais été un enfant de chœur. Depuis son plus jeune âge, son comportement violent et ses dérives laissaient déjà présager le pire. La première fois que nous avions rencontré son frère Sanjeev, celui-ci nous relatait que ses frasques avaient commencé dès l’âge de 10 ans. «Il a commencé à avoir des ennuis avec des enfants de la localité très jeune. À l’école, il n’était pas un brillant élève non plus. Après avoir échoué aux examens du CPE, il est resté sans rien faire à la maison avant de trouver des petits boulots pour se faire un peu de sous.» Ses parents auraient fait au mieux pour l’encadrer, lui transmettre des valeurs, mais «il n’en faisait qu’à sa tête et faisait tout pour les provoquer», nous disait Sanjeev. Cadet d’une fratrie de cinq enfants, il a grandi avec une jalousie toxique qui lui rongeait le cœur. Il ne supportait pas l’attention particulière que Batassiah Gopaul accordait à l’un de ses frères, qui était souvent malade. «Il frappait tout le monde, y compris sa grand-mère. Il disait à tout le monde qu’il ne l’aimait pas parce qu’il n’était pas son préféré.» Son séjour dans un Correctional Youth Centre n’aura rien changé à sa profonde nature.

Colère noire

Des années plus tard, l’attitude d’Aswind Aukhajah a continué d’impacter sa famille. Renvoyé à ses propres démons, il s’était progressivement coupé de ceux qui l’entouraient et avait trouvé dans l’alcool un dangereux refuge, qui n’avait fait qu’alimenter sa violence. En 2015, Sanjeev nous avait confié : «J’avais temporairement perdu la garde de mes six enfants à cause de lui. Il les frappait durant mon absence et lorsque je rentrais du travail, ils me racontaient leur calvaire. La Child Development Unit avait fait une enquête et pris mes enfants pendant six mois». Ils n’avaient pas été les seuls à subir les foudres d'Aswind Aukhajah puisque Batassiah Gopaul avait également continué d’être son souffre-douleur. «Elle avait été si souvent battue qu’elle n’était plus en mesure de se déplacer.» Une énième agression sur sa personne avait conduit Aswind Aukhajah à purger une peine d’emprisonnement de sept mois. Et en novembre 2014, Batassiah Gopaul n’avait eu autre choix que d’entamer des démarches pour un Protection Order ; une procédure qui ne lui a pas sauvé la vie pour autant puisqu’elle a été battue à mort en février 2015.

La victime a été retrouvée sans vie dans son lit après que son frère Aswind l'a tabassée à mort.

Jugé coupable de coups et blessures ayant entraîné mort d’homme sans intention de tuer à l'issue de son procès en Cour intermédiaire en 2018, Aswind Aukhajah a été condamné à 12 années d’emprisonnement. Il avait raconté que le jour du drame, il était rentré chez lui vers 14 heures après avoir consommé des boissons alcoolisées à la boutique du coin. Alors que l’octogénaire, alitée, regardait la télé, il aurait pris place sur un autre lit dans la même pièce. À un moment donné, Batassiah Gopaul aurait appelé sa fille pour lui demander de changer ses sous-vêtements trempés. L’accusé n’aurait pas supporté de l’entendre hurler. «Je lui ai dit de se taire, mais elle a continué», avait-il déclaré au tribunal. Il serait entré dans une colère noire, se serait levé pour lui infliger des coups, la giflant notamment au visage à plusieurs reprises, avant de s’en aller. Il n’aurait appris son décès que bien plus tard. L’autopsie pratiquée avait attribué sa mort à une hémorragie intracrânienne provoquée par des coups et blessures.

Tournure tragique

Bénéficiant d’une remise de peine, Aswind Aukhajah avait réintégré le domicile familial dès 2023 ; un retour qui n’avait provoqué aucun enthousiasme au sein de son foyer. Ses proches ont toutefois tenté, tant bien que mal, de composer avec sa présence. «Les premiers jours, il était tolérable. Li ti nepli ena lalkol-la dan so lekor. Li pann tro kre problem», relate Sanjeev. Mais ce calme précaire a rapidement volé en éclats. Bien vite, il s’est remis à consommer des boissons alcoolisées, et vu qu’il ne travaillait pas, il réclamait tout le temps de l’argent à son entourage. «Il vivait au-dessus de ses moyens. Toulezour li ti pe bizin aste enn boutey rom avek kas ki pa pou li. Lorsque notre mère refusait de lui remettre de l’argent, il la battait, la dépouillait.» Comme lui, son frère Sachin avait le même penchant destructeur pour la boisson. «Depuis son accident, il bénéficiait d’une pension car il ne pouvait pas travailler. Au début, c’est cet argent qui leur servait à s’acheter l’alcool qu’ils consommaient ensemble. Kan li'nn aret al so randevou, so kas inn koupe. Sak fwa ki Aswind ti pe bizin partaz so rom avek li, lager ti pe fini par leve. Li ti pe repros li ki li pann kontribye», avance Sanjeev.

Sanjeev espère que la justice ne fera pas preuve de clémence après l'agression mortelle de ses deux proches par son frère.

Ce serait justement une dispute autour de la consommation de rhum qui aurait pris une tournure tragique le lundi 13 juillet. Souffrant d’un handicap, Sachin n’aurait pas été en mesure de se défendre lorsque son frère lui a infligé de violents coups avec un morceau de bois. Après qu'il a été retrouvé mort dans son lit, une autopsie a attribué son décès à un choc hémorragique consécutif à de multiples fractures. Appréhendé par la brigade criminelle de Mahébourg, Aswind Aukhajah est passé aux aveux. Il a comparu devant le tribunal de Mahébourg sous une accusation provisoire de meurtre. Interrogé, il a raconté qu’après avoir terminé une bouteille de rhum, son frère l’aurait insulté parce qu’il n’avait plus d’argent pour en acheter une autre, provoquant l’altercation. Cependant, ses proches avancent une toute autre version. Selon eux, le meurtrier présumé s’en serait pris à son frère parce que ce dernier aurait refusé de lui remettre de l’argent pour acheter d’autres boissons. L’enquête suit son cours afin de faire la lumière sur les circonstances du drame.

Désormais derrière les barreaux, Aswind Aukhajah laisse derrière lui des proches soulagés, mais à jamais traumatisés. Après avoir vécu des années d’enfer, toute la famille s’accorde à dire qu’elle ne veut plus trembler. «Se enn boug danzere, violan. Li inkapab viv an sosiete», lâche Sanjeev, amer. Outre ces deux agressions mortelles, il reproche également à son frère d’être à l’origine de la mort de leur père, mort asphyxié dans un incendie il y a plusieurs années. Selon lui, c'est une cigarette qu’il aurait allumée qui aurait provoqué le sinistre, mais Aswind Aukhajah aurait quitté la scène en voyant les flammes, sans se soucier de ceux restés prisonniers. La famille Aukhajah ne peut qu'espérer, aujourd'hui, que leur bourreau ne bénéficiera d’aucune clémence.

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