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Hidden Disabilities Sunflower Mauritius

Briser les tabous autour de la bipolarité

28 mars 2026

Nadjah Abbasakoor nous parle des actions de l'association dans le cadre de la Journée mondiale de la bipolarité.

En parler pour démystifier et briser les barrières. À l’occasion de la Journée mondiale des troubles bipolaires, le 30 mars, l’association Hidden Disabilities Sunflower Mauritius sensibilise le public et propose des ressources concrètes pour accompagner les personnes concernées et lutter contre l’isolement.

À Maurice, la santé mentale reste un sujet souvent entouré de silence et de malentendus. Notamment les troubles bipolaires. Ceux-ci, caractérisés par des variations extrêmes de l’humeur se présentant sous forme de périodes d’euphorie suivies d'épisodes de dépression, demeurent encore aujourd’hui fortement stigmatisés, ce qui fait que beaucoup hésitent à en parler par peur du jugement ou d’être mal compris.

Pourtant, en parler est un premier pas essentiel pour briser les tabous et offrir du soutien à ceux qui en souffrent tout en ouvrant la porte à une meilleure compréhension et une meilleure acceptation de ce trouble dont sont atteintes plusieurs personnes. Face à ce constat, l’association Hidden Disabilities Sunflower Mauritius a choisi de marquer la Journée mondiale de la bipolarité, observée le 30 mars, afin de sensibiliser le public et offrir des ressources concrètes à ceux qui vivent avec cette maladie.

Un choix motivé par la volonté de briser les barrières autour des maladies mentales, explique Nadjah Abbasakoor, fondatrice de The Sunflower Charitable Foundation, orthophoniste et directrice de The Inclusion Station. «Plus exactement cette date marque la Journée mondiale des troubles bipolaires au pluriel. C’est une pathologie psychiatrique complexe et chaque patient est différent. C’est primordial de marquer cette journée pour faire avancer l’information, la sensibilisation des proches, du grand public, des entreprises et, donc, faire reculer les stigmatisations et les cas de discriminations envers les patients souffrant de troubles psychiatriques», dit-elle.

C’est dans cette optique qu'Hidden Disabilities Sunflower Mauritius lancera, ce jour-là, une brochure informative destinée au public mauricien, qui pourra y trouver des informations pratiques sur la pathologie, les signes d’alerte, ainsi que les coordonnées de l’association pour obtenir des renseignements ou s’inscrire aux groupes de soutien destinés aux patients. Ce projet de groupes de soutien est né après la rencontre avec l’artiste Pascal Lagesse, lui-même atteint de troubles bipolaires et devenu ambassadeur de l’ONG depuis. «Au-delà de promouvoir l’employabilité et l’inclusion sociale, nous souhaitons apporter une aide concrète aux patients pour mieux gérer leur vie quotidienne et leurs relations interpersonnelles, en connaissant mieux leur pathologie et les déclencheurs potentiels des cycles qui diffèrent pour chacun. Le but est d’offrir un soutien sous forme de psychoéducation, complété par la créativité, notamment le journal créatif et la pratique artistique. Le projet pilote se déroule actuellement à la clinique Artemis de Curepipe, avec un programme gratuit pour les patients, sponsorisé par différents partenaires tels que Mauritius Telecom, Aspen, Small Step Matters et Noveprim», indique notre interlocutrice.

Tabous

Au-delà de l’accompagnement des patients, Hidden Disabilities Sunflower Mauritius s’inscrit dans un réseau mondial : «Notre mission est large, puisque nous sommes membres du réseau international Hidden Disabilities Sunflower soutenant des citoyens vivant avec 900 pathologies invisibles différentes comme l’asthme, l’endométriose ou encore le lupus, entre autres. Un des enjeux de notre action est la promotion de l’employabilité.»

Si les choses évoluent avec le temps, il reste néanmoins encore du chemin à parcourir, notamment en ce qu’il s’agit de troubles mentaux comme la bipolarité. «Du côté de certains employeurs, il y a une volonté de faire mieux pour faciliter la vie professionnelle de leurs employés ou la prise en compte des besoins de leurs clients affectés par un trouble psychiatrique. Mais en général, beaucoup de tabous subsistent dans la société d’aujourd’hui. D’où le silence et l’isolement des patients qui peuvent conduire au suicide. La gravité de la maladie ne doit pas être ignorée ou sous-estimée.»

Ce qu’il faut savoir, c’est que la bipolarité peut toucher n’importe qui. D’ailleurs, souligne Nadjah Abbasakoor, le groupe de soutien mis en place par l’association regroupe des profils lambda. «La plupart des membres de notre groupe support pilote sont des parents, des employés, des professionnels travaillant en freelance, des citoyens “productifs”. Ils mènent une vie équilibrée, compatible avec une vie de famille, de parent responsable, et aussi une vie professionnelle. Bien entendu, la vie d’une personne bipolaire peut aussi être faite de challenges, de périodes sans activités et de rechutes. Si c’est une pathologie dont on ne peut pas guérir, c’est au moins une maladie que l’on peut stabiliser en combinant traitement, suivi psychologique, groupe support, soutien et compréhension des proches, et une hygiène de vie bien encadrée.»

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la bipolarité peut toucher n’importe qui. Les personnes concernées connaissent des variations extrêmes de l’humeur, avec des périodes d’euphorie ou d’énergie intense suivies de phases de tristesse, de fatigue ou de retrait social. Ces signes peuvent varier d’une personne à l’autre et ne se manifestent pas toujours de manière visible pour l’entourage. «La phase d’hypomanie ou de manie peut passer inaperçue : agitation, hyperactivité, shopping compulsif, logorrhée, sentiment de puissance ou comportements à risque. La personne se sent “bien” et ne consulte pas, elle est parfois même félicitée pour sa productivité. Mais cette phase peut provoquer une déconnexion avec la réalité et un épuisement prolongé. La phase dépressive est plus visible, mais si le patient ne consulte qu’à ce moment-là, le diagnostic de bipolarité peut être retardé de cinq à dix ans. Stabiliser la maladie demande patience, traitement adapté et soutien des proches. La peur, la honte et la stigmatisation empêchent souvent les patients d’en parler librement et de recevoir l’aide dont ils ont besoin.»

En parler et ne pas rester seul face à la maladie, souligne la responsable de l’ONG, permet de briser l’isolement, de recevoir un soutien adapté et de mieux gérer ses symptômes. «Notre souhait est de rapprocher les cœurs et les esprits en mettant en place des programmes répondant aux besoins des patients. Des personnes connues, comme l’autrice Virginia Woolf ont énormément souffert à une époque où les traitements n’existaient plus. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Des traitements existent, des groupes supports se mettent en place, il y a de la lumière au bout du tunnel.» Un véritable message d’espoir pour tous ceux qui vivent avec la bipolarité.

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