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Documentaire présenté en avant-première

«Chagos-La Haye : L’Odyssée d’un peuple» : Selven Naidu nous plonge au cœur du combat chagossien

7 août 2026

Le MCine du Tribeca Shopping Mall était rempli d’émotions. C'était le mardi 28 juillet, lors de la projection en avant-première du documentaire Chagos-La Haye : L’Odyssée d’un peuple, réalisation de Selven Naidu, ancien directeur de la Mauritius Film Development Corporation, qui nous a aussi offert le documentaire Février Noir, Vingt ans après sur Kaya, en 2019. L'événement était organisé par La Sentinelle Ltée.

Chagos – La Haye : L’Odyssée d’un peuple nous parle du combat des Chagossiens, notamment du Groupe Réfugiés Chagos et de son leader Olivier Bancoult, depuis leur déportation jusqu’au combat judiciaire en Angleterre et à la Cour internationale de Justice pour leur retour sur leur archipel. Un document avec moult témoignages poignants de plusieurs Chagossiens déportés et des analyses de ceux qui connaissent bien ce dossier, comme les écrivains Jean-Claude de l’Estrac et Lindsey Collen et plusieurs hommes de loi de Maurice et d'Angleterre. Un gros boulot pour le réalisateur qui a passé trois ans aux côtés des Chagossiens, les a accompagnés jusqu’en Angleterre, pour accoucher de ce documentaire qui montre aussi des images d’archives et des reconstitutions de scènes grâce à l’IA. Un film qui sera bientôt diffusé sur TV5 Monde, pour faire découvrir la lutte chagossienne à un plus large public. En attendant, le réalisateur nous ouvre les coulisses de son film.

Parlez-nous des débuts de ce projet...

En plein confinement, je décide de lire les livres que je n’ai pas eu le temps de lire. Le premier qui me tombe sous la main est celui de Jean-Claude de l’Estrac, L’an prochain à Diego Garcia (2011). J’avais une dizaine de livres sur le sujet, je les ai tous lus l’un après l’autre. Je me suis mis à écrire un traitement de documentaire de 200 pages. À la fin du confinement, ayant repris mes activités de tournage d’une série de documentaires en Afrique de l’Ouest, le traitement est parti dans un tiroir.

Pour la commémoration du 50e anniversaire de la déportation des Chagossiens, le Groupe Réfugiés Chagos organise une série d’activités dont une exposition photos. Je suis intrigué par une photo : une manifestation au Jardin de la Compagnie... Il n’y a que des femmes qui manifestent – aucun homme n’est présent. Je découvre un visage qui me rappelle mon enfance à la rue Odette Ernest à Port-Louis. Cette dame passait devant ma porte tous les matins et j’ignorais qu’elle était chagossienne.

Je décide de sortir mon traitement du tiroir et, par le biais d’une amie, Pouba Essoo, je fais la rencontre d’Olivier Bancoult. Et c’est parti de là. J’ai passé trois années à ses côtés et aux côtés d’autres amis chagossiens également. Et aujourd’hui, je fais partie de la famille chagossienne.

Qu’est-ce qui vous a particulièrement touché dans l’histoire chagossienne ?

La résilience de ce peuple. Être jetés hors de votre propre terre contre votre volonté par de minables Occidentaux, la traversée pendant quatre/cinq jours dans des conditions inhumaines pour se retrouver terrassés par la misère sur une terre inconnue et hostile, des années de mépris dans la pauvreté la plus abjecte (dixit Cassam Uteem). Certains sont décédés, terrassés par le chagrin, d’autres ont sombré dans l’alcoolisme et la prostitution. Je ne connaissais absolument pas cette histoire.

Ce qui est aussi remarquable dans cette histoire, c’est l’humanisme et l’empathie de deux capitaines des bateaux qui ont transporté les Chagossiens. Un enfant meurt durant la traversée et la décision est prise de jeter son corps à la mer parce qu’il n’y a pas d’autre solution. Mais le capitaine bifurque le bateau vers Rodrigues afin d’enterrer cet enfant dans des conditions humaines.

Il y a aussi eu le capitaine du Nordvaer. À l'arrivée des Chagossiens à Maurice, le gouvernement mauricien de l’époque se fichait éperdument de leur sort, rien n’avait été prévu, ils se retrouvaient sur le quai à attendre... Mais attendre qui ou quoi ? Le capitaine avait pris la décision de maintenir son bateau dans la rade de Port-Louis pour que les Chagossiens puissent avoir un abri, allant à l’encontre du capitaine du port qui lui ordonnait de partir. Le capitaine avait dit aux Chagossiens de ne pas bouger du bateau avant que le gouvernement mauricien leur trouve une habitation. Malheureusement, je n’ai pas pu avoir les témoignages de ces deux personnages extraordinaires : ils sont décédés. Mais dans le film, les Chagossiens en parlent.

Quels ont été les grands défis dans la réalisation d'un tel projet ?

Le manque cruel d’images d’archives. Les Anglais et les Américains ne se sont pas pointés avec Hollywood pour garder une trace de leur injustice, de leurs mensonges. Ils étaient les pires minables, je le dis plusieurs fois. À l'arrivée des Chagossiens à Maurice, le gouvernement de l’époque n’allait pas envoyer la MBC ou la caméra du ministère de l’Information pour filmer leur mépris de ces gens. Il fallait donc reconstituer des scènes fondamentales pour la compréhension des spectateurs, fondées sur le témoignage des Chagossiens.

On voit aussi un usage de vidéos IA pendant le film. Expliquez-nous ce choix...

Il n’y a pas un usage très prononcé de vidéos générées par l’intelligence artificielle. Beaucoup de scènes ont été tournées au port de Dakar et à Saint-Louis au Sénégal. Il était hors de question de tourner au port de Maurice, entre les autorisations, l’organisation logistique de 200 figurants et d’une cinquantaine de techniciens et assistants, un chapiteau pour abriter toute l’équipe et le service traiteur pour nourrir tout ce monde pendant 48 heures. Ça allait déjà être impossible d’avoir l’autorisation d’occuper le port pendant 48 heures, sans parler du coût prohibitif d’une telle décision. Au Sénégal, c’était beaucoup plus simple et surtout bien moins coûteux. Il est évident que si j’avais un budget de quelques millions d’euros, j’aurais loué deux bateaux, un pour les acteurs et l’autre pour l’équipe technique. Mais vous imaginez le coût d’une telle décision ?

Ensuite, allez demander la permission au roi d’Angleterre de filmer à Buckingham Palace pour une scène de reconstitution démontrant l’injustice de la reine d’Angleterre ? Donc, il fallait avoir recours à des moyens techniques d’aujourd’hui qui restent dans une enveloppe budgétaire en fonction du budget global du film. Je tiens à préciser qu’à chaque fois que j’ai eu recours à des reconstitutions, c’est clairement mentionné à l’écran.

Plusieurs ont fait ressortir que le documentaire ne fait pas mention des visites des Chagossiens sur l’archipel…

Il y a eu deux voyages et je ne mentionne aucun des deux dans le film, délibérément. Je ne mentionne pas non plus la fracture au sein de la communauté chagossienne. C’est hors sujet. Le film est déjà assez long. Par ailleurs, j’ai délibérément inclus des répétitions de certains propos par différents Chagossiens à chaque fois, afin de renforcer la notion collective plutôt qu’individuelle, et aussi parce que des détails importants doivent toujours être dits au moins trois fois pour que les spectateurs retiennent ces informations (dixit Alfred Hitchcock).

Un update au niveau de la date de diffusion du film sur TV5 Monde ?

Aucune idée à ce stade. TV5 Monde est particulièrement lente à réagir.

D’autres projets après celui-ci ?

Oui, beaucoup : Paul Bérenger, Winnie Mandela, une docu-fiction à Madagascar. Et je termine une série de documentaires pour une production étrangère.

Olivier Bancoult : «Une belle chance de conscientiser le plus grand nombre»

Après après visionné le documentaire, le mardi 28 juillet, le leader du Groupe Refugiés Chagos salue l'opportunité qui est offerte d’ouvrir de façon encore plus large la connaissance du combat des Chagossiens grâce à la diffusion du documentaire bientôt sur TV5 Monde. «D’abord, c’est un film qui j’apprécie parce qu’il montre toutes ces personnes à la tête de la lutte, tous les natifs qui ont mené le combat et qui ont connu la déportation. Avec tous ces témoignages très forts, je sentais, comme beaucoup je pense, l’émotion qui devenait très intense par moment. Le documentaire montre bien le calvaire, notre combat est très détaillé, et j’ai beaucoup aimé l'accent mis sur la lutte des femmes chagossiennes à l’époque. C’est donc un documentaire qui donne une excellente idée de la lutte chagossienne. Et je suis content aussi qu’il ait trouvé un tel diffuseur comme TV5 Monde, ce qui est une belle chance de conscientiser encore plus de monde sur notre combat. En un sens, cela me donne beaucoup d’espoir.» 

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