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Adam Ramsahye

Comment j'ai vu ma mère se battre contre un cancer jusqu'à son décès

26 octobre 2026

«Avec le recul, je me réjouis d’avoir eu la chance d’accompagner celle qui nous a donné la vie jusqu’à la fin de sa vie», nous confie Adam Ramsahye en parlant de la bataille que sa mère a livrée contre la maladie.

«À un moment, elle m’a dit qu'elle voulait voir ma petite sœur. Elle lui a fait un câlin et lui a dit d’aller se coucher. Une heure après, ma mère a rendu son dernier souffle. Mon frère et moi lui tenions la main de chaque côté quand c’est arrivé...» En ce mois d’Octobre rose, qui est aussi une occasion de rappeler que la sensibilisation, la prévention, le diagnostic précoce et l’accompagnement doivent rester au cœur de la lutte contre toutes les formes de cancer, Adam Ramsahye nous raconte comment il a traversé l’épreuve de la maladie aux côtés de sa mère, jusqu’à ce qu’elle ferme à jamais les yeux...

Il suffit parfois d’un seul mot pour faire basculer toute une vie. «Cancer»... Six lettres qui résonnent comme un coup de tonnerre, qui figent les sourires et font vaciller les certitudes. Quand le diagnostic tombe, le monde semble soudain s’arrêter. Dans la tête, les questions se bousculent : pourquoi ? Comment ? Que va-t-il se passer ? Dans le cœur, la peur s’installe, les doutes grandissent et l’avenir devient flou. On cherche des réponses, on s’accroche à l’espoir, on tente de rester fort alors qu’au fond, tout tremble. Surtout quand certains choisissent d'affronter le mal en silence pour ne pas affoler leur entourage.

Mais face au cancer, il n’y a pas qu’une seule personne qui se bat. Puisque derrière le ou la malade, il y a souvent une famille inquiète, qui encaisse le choc, qui ravale ses larmes, qui s’interroge et qui cherche les bons mots. Il y a aussi ce besoin de rassurer, sans toujours savoir comment s’y prendre.Puis, il y a les rendez-vous médicaux, l’attente des résultats, les traitements et leurs effets secondaires qui deviennent le quotidien de tous. Chacun vit alors cette triste étape à sa manière, avec ses angoisses, ses silences et ses espoirs. Car le cancer ne bouleverse pas seulement un corps. Il bouscule les habitudes, fragilise les repères et éprouve les liens. Mais au milieu de la tempête, l’amour, la solidarité et la présence de l’entourage peuvent devenir de précieux remparts. Car personne ne devrait avoir à traverser une épreuve seul.

Adam Ramsahye, l’aîné d’une famille de trois enfants, a vécu tout cela avec son frère Adil et sa soeur Sarah, après que la nouvelle de la maladie de sa mère, Marie Lynsie Françoise Caphane Ramsahye, est tombée, et cela jusqu’à son décès à l’âge de 49 ans. Ils se sont tous retrouvés dans la spirale du cancer. «Ma mère avait toujours eu une relation fusionnelle avec ses enfants. Elle avait su instaurer un lien de confiance et d’amour très fort avec nous, ce qui n’a jamais laissé place à la honte ou à la pitié dans nos relations. Il n’y a toujours eu que de la sincérité. Je me souviens encore de ces moments où elle me demandait de lui palper le ventre pour ressentir cette masse anormale au niveau de l’abdomen. C’était en 2012, et je ne connaissais rien aux tumeurs et aux cancers», nous confie Adam en revenant sur ces moments douloureux.

Force

Chaque détail et chaque étape sont ancrés dans sa mémoire : «Je la rassurais toujours en lui disant que c'était normal. Son sourire et sa joie habituelle ne laissaient pas présager que le pire cancer grandissait en elle. Puis, il y a eu ce dimanche après-midi quand elle a décidé d’aller à l’hôpital de Rose-Belle pour en savoir plus sur cette boule dure de 10 cm. On lui a alors annoncé qu’une opération devait se faire au plus vite et qu’il pourrait s’agir d’un cancer.» Difficile pour Adam de retenir son émotion en revenant sur cette épreuve qui fera à jamais partie de lui : «Elle nous a informés de ce dont elle souffrait à travers un câlin. À cet instant, tout s’est effondré car pour nous, cancer rimait avec mort.»

Adam, alors âgé de 17 ans, ainsi que son frère et sa sœur voient alors leur quotidien être chamboulé : «L’opération de ma mère s’est tenue après trois semaines. La masse qui avait été extraite, selon ses dires, avait été envoyée en Afrique du Sud pour analyses. Je dis bien selon ses dires car il y a eu beaucoup d’anomalies dans ses affirmations. Elle nous affirmait alors que tout allait bien mais qu’elle devait entamer un long traitement afin d’éviter la réapparition de cette masse. Les rendez-vous se sont alors multipliés à l’hôpital de Rose-Belle.» Pour Adam, sa mère a affronté son face-à-face avec la maladie avec courage : «L’intelligence et la force de ma maman lui ont toujours permis de nous protéger en ne nous disant pas la vérité. Je pense qu’elle ne voulait pas qu’on ait pitié d’elle et que nos choix soient influencés par sa maladie. Elle nous rassurait constamment après chaque rendez-vous.»

C’est donc en préservant ses enfants que Lynsie a mené sa bataille. «Quand elle devait poursuivre son traitement, ma mère nous affirmait que c’était pour l’amélioration de son état de santé, sauf que c’était tout le contraire. Elle commençait la radiothérapie et la chimiothérapie. Essayez d’imaginer cette force mentale d’encaisser tout ça seule et d’être toujours souriante afin de ne pas nous inquiéter. Les jours passaient et on ne voyait pas son état se détériorer car elle nous affirmait toujours que tout allait bien. Nous étions innocents face à sa maladie et elle avait tout planifié pour que nous puissions passer le maximum de temps ensemble sans que le sentiment de pitié ne s’installe. Je peux dire que nous étions heureux d’être avec elle et cela l’aidait beaucoup à se battre», raconte Adam.

Un cauchemar

Tout ce qu’il a vécu aux côtés de sa mère malade l’a forgé : «Les difficultés étaient nombreuses car ma sœur n’avait que 6 ans au moment du décès. Mon frère avait, lui, 15 ans. C’est une période où ils avaient le plus besoin de notre maman. Une autre triste réalité fracassante était les conditions et l’accompagnement des personnes cancéreuses en soins palliatifs. Je comprends que le service puisse être saturé mais ces personnes méritent des conditions très favorables pour être soignées, ce qui n’est pas du tout le cas.»

Il se souvient notamment d’un épisode qui l’a bien marqué : «J’ai le souvenir d’un médecin, un responsable de service à l’époque, à qui j’avais adressé quelques mots un mois avant la fin de vie de ma mère pour en savoir plus sur son état. Il m'avait alors demandé de venir dans son cabinet privé dans une clinique où nous avions dû payer Rs 2 000 pour la consultation. Et là, il nous avait dit exactement ces mots : “Patient Ramsahye, be sa res zis de semen pou viv sa ! Nepli ena nanye pou fer ankor.” Imaginez cette violence. Ma mère nous disait qu’elle souffrait car la maladie quittait son corps et ce médecin, lui, nous a balancé cette vérité de manière si cruelle. La violence de ces propos, c’est un cauchemar atroce et y penser fait encore très mal.»

Quand il repense à cette période, Adam se souvient aussi de tout ce qu’il y avait autour des traitements de sa mère : «Dans les derniers jours, dans la salle des soins palliatifs, j’ai encore le souvenir des lits alignés. Ma maman était tout au fond à côté de la fenêtre et les heures de visite étaient de 6 heures à 7 heures puis de 15 heures à 17h30 tous les jours. Ayant une grande sensibilité humaine, je passais du temps avec toutes les femmes dans cette salle afin de leur apporter un peu de joie, et à la fin de la visite, je marchais en reculant afin de ne pas perdre ma mère de vue. Le lendemain, des lits étaient vides puis je voyais de nouvelles patientes. J’avais vite compris que je n’allais plus voir ces sourires et que le tour de ma maman allait venir, mais encore une fois, on ne peut l’imaginer car on pense que maman et papa sont les plus forts...»

Pour Adam, il y a tellement de choses à faire pour améliorer certains services : «Je trouve cela tellement triste que des personnes en fin de vie ne soient pas dignement accompagnées et qu’une organisation ne soit pas mise en place pour que les familles puissent passer plus de temps avec leurs proches. C’est tellement contradictoire d’affirmer qu’il ne reste à une personne que deux semaines à vivre et de laisser les gens seuls dans la salle des soins palliatifs sans musique, sans animation adaptée. Quand on parle de couloir de la mort, c’est exactement la même représentation. Aux derniers instants, ma mère ne pouvait plus boire ni manger et nous devions lui poser un glaçon au niveau de la bouche pour la rafraîchir. Ce sont des images qui ne disparaissent jamais de la mémoire.»

Et il y a aussi et surtout cet instant, quand sa mère a fermé à jamais les yeux, qu’il n’oubliera jamais : «Face à la souffrance de ma maman, ma grand-mère a dû prendre la décision de la ramener à la maison. C’était un mardi après-midi. J’étais heureux et je me disais que tout irait bien loin d’une ambiance nécrosée et dans sa maison auprès de ses proches. Les infirmières lui avaient donné deux pilules de morphine et je leur avais demandé une tablette entière car je voyais ma mère vivre encore longtemps. Hélas, durant la nuit du 18 mai 2015, elle s’en est allée, entourée de ses proches et de ses enfants. À un moment, elle m’a dit qu'elle voulait voir ma petite sœur. Elle lui a fait un câlin et lui a dit d’aller se coucher. Une heure après, ma mère a rendu son dernier souffle. Mon frère et moi nous lui tenions la main de chaque côté quand c’est arrivé... »

«Chaque jour est un cadeau»

C’est ce jour-là, poursuit Adam, qu’une nouvelle vie sans la présence physique de sa mère a commencé : «À partir de cet instant, j’ai découvert une facette de notre mère car elle avait déjà préparé son départ avec tous les dossiers. Elle avait fait un fichier contenant toutes les factures et autres, et elle avait écrit en gros dessus "Dossier décès Lynsie". Étant de foi chrétienne, elle avait pris son dernier sacrement au mois de février mais nous répétait sans cesse que tout allait bien.»

Tout ce qu’il a vécu lui a appris, dit-il, beaucoup de choses : «J’ai appris à aimer sincèrement, à prendre des décisions rapidement et à ne pas stagner sur des futilités. J’ai appris à profiter pleinement et en toute sincérité de chaque instant de la vie, d’être conscient que chaque jour est un cadeau et que nous ne devons jamais laisser passer une occasion de manifester notre amour afin de ne pas avoir de regrets. C’est le cas avec ma maman. Nous avons beaucoup de chagrin mais absolument pas de regrets. J’ai appris la fragilité d’une vie et cela a forgé en moi une attitude plus minimaliste...»

Sa mère reste, bien évidemment, un modèle de courage pour lui : «Aujourd’hui, après 11 ans, la douleur est intacte mais on est bien plus forts ; de vraies machines ! Son amour aura été la plus belle arme pour affronter le monde et sur cette fondation, nous avons bâti nos vies et on ne s’en sort pas si mal. C’est d’ailleurs le plus bel hommage que nous puissions lui rendre, continuer à célébrer la vie telle qu’elle nous l’a appris. Je me suis dit que de là où elle se trouve, elle préfère forcément nous voir heureux que d’être toujours tristes, même si ce n’est pas toujours facile à appliquer.»

Des moments difficiles qu’il a traversés, Adam dit avoir appris de belles leçons. «Avec le recul, je me réjouis d’avoir eu la chance d’accompagner celle qui nous a donné la vie jusqu’à la fin de sa vie. C’est finalement un beau cadeau, la maladie offre cet espace entre guillemets pour préparer un départ. Quand les dés sont jetés, on ne peut qu’accepter le destin et mettre de notre côté tous les éléments qui peuvent nous consoler et notre mère nous l’a bien appris», souligne Adam en pensant à tous les malades et à toutes les familles qui traversent l’épreuve du cancer en ce moment.

«La vie est belle. C’est un cadeau que nous devons savourer pleinement et on ne choisit pas d’être une victime du cancer ou d’une autre maladie. Jusqu’à présent, il est malheureusement inévitable d’être une victime. Cela peut arriver à tout le monde mais s’il y a bien une chose qui est en notre pouvoir, c’est justement de faire un contrôle régulier à travers un check-up général chaque année. Il ne faut pas minimiser les signes», conclut Adam en pensant très fort à sa courageuse mère...

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