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Elle passe ses examens au lit cinq mois après l’accident ayant coûté la vie à son père

Shiksha Cheekhoory, 12 ans : «Mo pe fer sa lexame PSAC-la pou mo papa»

26 octobre 2026

Sa soeur (à g.) et elle sont côte à côte depuis ce terrible malheur. Photo publiée avec l’autorisation de la famille.

Cinq mois après le terrible accident qui a coûté la vie à son père et dans lequel elle a été grièvement blessée, Shiksha Cheekhoory tente de reprendre le fil de son enfance. Ce jeudi 22 octobre, elle a passé ses premiers examens du PSAC à domicile, sous surveillance policière. Entre douleurs physiques, souvenirs douloureux et espoir de poursuivre ses études, elle avance à son rythme. Avec une pensée qui ne la quitte pas : celle de son père.

Elle s’est installée à table, une feuille d’examen devant elle et un stylo à la main. Le premier papier du jour : le Français. Puis viendront les sciences. Dans cette maison où tout rappelle encore le terrible drame survenu en mai dernier, Shiksha Cheekhoory, 12 ans, s’efforce de se concentrer. Ce jeudi 22 octobre, elle passe ses premières épreuves du Primary School Achievement Certificate (PSAC) à domicile. À ses côtés, une surveillante veille au bon déroulement des épreuves. Une policière est également présente. Plus tard, deux représentantes du Mauritius Examinations Syndicate viendront récupérer ses copies sous scellées.

Mais pour Shiksha, ce n’est pas un examen comme les autres. C’est une épreuve supplémentaire après cinq mois d’une vie brutalement bouleversée. Le 19 mai dernier, elle revenait de l'école accompagnée de son père quand une voiture les a violemment percutés. Manoj Cheekhoory n'a pas survécu alors que sa fille a été grièvement blessée. Shiksha est restée un mois à l’hôpital Jeetoo, dont 11 jours en soins intensifs. Elle a ensuite séjourné une semaine dans une clinique privée pour des examens plus approfondis, financés par la maison de jeux Senator, où travaillait son père. Aujourd’hui encore, son quotidien est rythmé par les rendez-vous médicaux. Elle est suivie notamment par un pédiatre, un orthopédiste et un psychologue.

Son corps porte les traces profondes de cet accident. Sa main gauche a été opérée après la pose d’une tige métallique. Son pied gauche, grièvement atteint, a nécessité plusieurs points de suture. Sa rate et son bassin ont également été opérés en raison de lésions et de fractures. Pour se déplacer, Shiksha utilise toujours un déambulateur. Rester assise trop longtemps lui fait mal au bassin. Et lorsqu’elle n’en peut plus, elle doit s’allonger. C’est ce qui s’est produit pendant les épreuves d'examen de jeudi dernier. Shiksha a commencé à répondre aux questions à table, avant de regagner son lit pour poursuivre son travail. «So lame drwat finn koumans angordi. So lerin ti pe koumans fermal. Li'nn kontign so lexame lor lili apre lerla», raconte sa famille.

Malgré la douleur, elle a tenu à aller jusqu’au bout. «Mo santi mwa inpe korek aster. Ena kitsoz mo pa'nn kone akoz mo pa'nn al lekol mem. Mo basin res fermal kan mo tro asiz an pik. Mo bizin alonze lerla», confie-t-elle par la suite avec simplicité. Ces mots disent aussi les difficultés d’une enfant privée de cinq mois de scolarité.

«Fer seki mo kapav»

Depuis l’accident, elle n’a pu suivre que des leçons particulières en ligne. Elle n’a pas retrouvé le rythme d’une classe, les échanges avec ses camarades ni les habitudes qui faisaient jusque-là partie de son quotidien. «Mo pann kapav mem travay zordi. Mo'nn fer seki mo kapav. Papye science-la ti inpe difisil pou mwa», reconnaît-elle. Il y a une douleur pourtant bien plus profonde que celles qu’elle ressent dans son corps. Celle de l’absence de son père, Manoj, mort sur le coup dans l’accident.

Shiksha explique avoir appris son décès juste avant que le personnel soignant l’autorise à rentrer à la maison. Jusque-là, elle pensait qu’il se trouvait toujours aux soins intensifs. «Ti enn sok terib pou mwa. Tou sa letan-la mo ti panse li dan ICU. Sa aksidan-la pa ti pou arive si sofer loto-la pa ti pe roul vit. Li'nn tap ek nou anplin. Mo ti perdi konesans dan lanbilans sa zour-la. Bann dokter ti pran mwa avan. Se apre ki mo'nn al kone ki mo papa finn mor anplas. Mo pe fer sa lexame PSAC-la pou mo papa», avoue-t-elle, la voix tremblante d'émotion.

Derrière cette dernière phrase se trouve toute sa détermination. Passer ces examens, malgré les douleurs et les difficultés accumulées, c’est aussi honorer le souvenir et la mémoire d’un père qui, selon ses proches, accordait une grande importance aux études de ses deux filles. L'aînée, Bimesha, est, elle, âgée de 17 ans. Les parents des deux soeurs sont séparés depuis longtemps et c'est leur père qui avait leur garde. À la maison, elles sont maintenant entourées de leur famille paternelle. Le salon a été transformé en chambre à coucher, avec un lit permettant aux deux filles de dormir ensemble. Les tantes se relaient pour veiller sur elles, les accompagner à leurs rendez-vous et répondre à leurs besoins.

«Nou mem ki get nou de nies aster kouma nou prop zanfan. Nou tou korpere ansam», confie Aartee, 53 ans, l’une des tantes paternelles, qui peut compter sur le soutien d’une autre sœur et de ses trois frères. Radha, 65 ans, la sœur aînée de Manoj, explique que la famille doit désormais composer avec les besoins particuliers de Shiksha. Il faut notamment l’aider à se déplacer, à prendre sa douche et à se rendre aux toilettes. «Bizin trap li pou li kapav marse pou al pran so bin ek al twalet.»

Les proches tiennent également à remercier ceux qui les ont soutenus depuis le drame. La maison de jeux Senator continue notamment d’apporter son aide à la famille en facilitant les déplacements de Shiksha pour ses consultations médicales. «Nou remersie zot boukou pou tou seki zot pe fer pou nou. Sak fwa mo ser ena randevou, zot avoy transpor pou li. Nou remersie bann dokter lopital ousi. Zot finn okip mo ser kouma zot prop zanfan», souligne Bimesha.

«Mari frazil»

La convalescence de Shiksha ne se limite pas aux fractures et aux opérations. Depuis l’accident, son rapport à la nourriture a aussi changé. Elle ne parvient plus à manger de riz le soir, explique Aartee. «Li toufe. So lestoma finn vinn extra frazil. Nou ti bizin amenn li lopital enn swar akoz sa. Depi sa nou prefer donn li manz dipin ek nou evit donn li bann manze lour aswar», précise-t-elle. Il y a aussi les moments où le chagrin prend toute la place. «Ena zour li pa oule manze ditou. Li pans so papa li res plore. Nou pa fors li. Nou ousi nou mari tris. Nou evit plore divan nou de nies selman», confie Radha. La famille tente en effet de rester forte devant les deux enfants, même si la douleur est partagée par tous. Bimesha a, elle aussi, été profondément marquée par les événements. L’adolescente a perdu son père et voit sa petite sœur poursuivre une longue convalescence. «Elle a bien maigri elle aussi», observe tristement Aartee.

Le 9 octobre, soit deux semaines avant les examens du PSAC, Shiksha a dû se rendre au poste de police, à la demande des enquêteurs, pour donner sa version des faits de l’accident. Une grosse épreuve pour elle. Elle a dû se déplacer en fauteuil roulant pour s'y rendre et sur place, elle a eu du mal à parler. «Elle n’a pu parler comme il le faut. Elle était en larmes. Néanmoins, elle a pu répondre à quelques questions, soulignant que le conducteur roulait très vite ce jour-là», rapporte Tarun, un cousin. Ces éléments restent à être examinés dans le cadre de l’enquête sur l’accident.

Au milieu de cette épreuve, une autre blessure est évoquée par Bimesha : l’absence de leur mère auprès des enfants depuis le drame. «Nou pena so nouvel ditou. Li pann mem vinn get mo ti ser lopital ni telefone pou pran so nouvel», regrette-t-elle.

Quoi qu'il en soit, ce jeudi-là – ainsi que le lendemain –, malgré sa main douloureuse, son bassin fragile et les mois de cours manqués, Shiksha a pris place devant sa feuille d’examen. Elle le fera encore ce lundi et ce mardi. Elle sait qu’elle ne maîtrise pas toutes les matières. Elle sait aussi que son corps ne lui permet pas encore de vivre comme les autres enfants de son âge. Mais elle a voulu tenter sa chance. Dans cette maison devenue à la fois un lieu de soins, de réconfort et maintenant une salle d’examen, ses proches veillent sur elle. Ils l’aident à se relever, l’accompagnent à ses rendez-vous et tentent de lui redonner un peu de stabilité après le drame.

Shiksha, elle, avance à petits pas. Avec son déambulateur, avec ses douleurs, avec ses larmes parfois. Et avec le souvenir de son père. Sur sa copie, les réponses ne sont peut-être pas toutes celles qu’elle aurait données si elle avait pu aller à l’école pendant ces cinq derniers mois. Mais, pour cette enfant qui a dû réapprendre à marcher tout en apprenant à vivre sans son papa, chaque question tentée est déjà un effort immense. «Mo pe fer sa lexame PSAC-la pou mo papa.» Une phrase courte, prononcée par une enfant de 12 ans. Et derrière ces quelques mots, toute la force d’une fille qui, malgré le drame, essaie de reprendre le chemin de son avenir malgré la douleur.

Le conducteur Gino Meetun accusé provisoirement d'homicide involontaire... et de blanchiment d'argent

Au moment de l'accident qui a coûté la vie à Manoj Cheekhoory et blessé grièvement sa fille Shiksha à Ste-Croix, le 19 mai dernier, le conducteur impliqué, Gino Meetun, était en liberté conditionnelle dans le cadre d’une enquête de la Financial Crimes Commission sur des soupçons de blanchiment d’argent. En février 2026, les enquêteurs avaient saisi plusieurs véhicules, environ Rs 1,2 million en espèces et des bijoux estimés à Rs 400 000 suivant son arrestation. Le jour de l’accident, cet habitant de Petite-Rivière conduisait une BMW M5 alors qu’il ne détient qu’un learner et qu'il n’était pas accompagné d’un titulaire d’un permis de conduire permanent. Il a déclaré à la police qu'il a percuté les deux personnes après avoir perdu le contrôle de son véhicule, évoquant notamment un possible éclatement de pneu. Les tests d’alcoolémie et de dépistage de drogue se sont révélés négatifs. Une accusation d'homicide involontaire pèse aussi maintenant sur lui.

PSAC 2026 : 16 264 candidats inscrits cette année

Des milliers d'élèves mauriciens et rodriguais participent aux examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC) actuellement, soit du jeudi 22 au mardi 27 octobre. Selon le Mauritius Examinations Syndicate, 15 967 des 16 264 candidats inscrits cette année proviennent des établissements scolaires, tandis que 297 se présentent en candidats privés. À Maurice, le nombre total de candidats s’élève à 15 290, dont 7 818 garçons et 7 472 filles. Parmi ces candidats, 15 003 sont inscrits par leurs écoles, tandis que 287 se présentent à titre privé. À Rodrigues, 974 élèves sont concernés par ces examens, dont 485 garçons et 489 filles. Le relevé fait état de 964 candidats inscrits par les établissements scolaires et de dix candidats privés. Les filles sont légèrement plus nombreuses que les garçons à Rodrigues, contrairement à Maurice.

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