Le mystère reste entier ! Plus de trois jours après le drame ayant coûté la vie à Norvic Salesse, 31 ans, Technology Manager chez Trident à Ébène, et sa collègue Mansha Buddhu, 24 ans, Compliance Officer au sein de la même entreprise, les nombreuses questions entourant leur décès tragique sont toujours sans réponses. Leurs corps sans vie ont été retrouvés dans une Chevrolet noire stationnée dans le garage de la future maison du jeune homme, dans la nuit du 28 au 29 mai. Les autopsies pratiquées par le Dr Sudesh Kumar Gungadin ont conclu à une intoxication au monoxyde de carbone dans les deux cas.
La cause du décès semble être la seule réponse disponible jusqu'ici dans cette affaire voilée d'un épais mystère. Mais que faisaient ces jeunes ensemble sur place et comment ont-ils été empoisonnés au monoxyde de carbone exactement ? Personne ne semble le savoir à ce stade et les enquêteurs travaillent d'arrache-pied pour faire la lumière sur cette tragédie. Les familles, elles, profondémment secouées, sont submergées par leurs nombreuses interrogations et une douleur que les mots ne peuvent décrire.
Pour Manoj Buddhu, père de Mansha et Acting Director of Youth Affairs au ministère de la Jeunesse et des Sports, le cauchemar a commencé jeudi soir lorsque sa fille n’est pas rentrée à la maison. Comme chaque matin, la jeune femme avait quitté le domicile familial, à Nouvelle-France, vers 7h30, pour se rendre au travail. Son fiancé, un habitant de Poudre-d’Or, sera la dernière personne à lui parler vers 16 heures.
«Mo tifi pa bien»
«Person pann gagn kontak ek li apre sa. Kan li ti pe fer overtime, li ti pe rant lakaz ver 20 er», raconte son père. Vers 21 heures, la famille commence à sérieusement s'inquiéter. «Nou ti fini koumans telefonn li ek avoy li mesaz me li pa ti pe reponn ditou. Monn al Ébène kot li travay me bann sekirite finn dir mwa li pala. So loto, enn Mazda 3, pa ti dan parking. Monn al lapolis Ébène pou fer enn depozision missing. Apre sa bann resers inn koumanse. Nou'nn rode partou», se souvient-il. Entre-temps, les membres de la famille continuent d'appeler la jeune femme. Vers 23h55, une personne répond au téléphone de Mansha. «Ti enn madam sa, linn dir mwa mo tifi pa bien ditou», raconte Manoj Buddhu.
La femme se trouvait à Petit-Verger mais n’était pas en mesure d’expliquer précisément où elle se trouvait. Accompagné de policiers, le père réussit à trouver l'endroit exact. Mais ce qu’il découvre alors dépasse l’entendement. «Le SAMU était déjà présent sur place. Ma fille gisait sur le siège avant d’une Chevrolet noire, inconsciente. Le personnel médical lui prodiguait les premiers soins. Le propriétaire de la voiture n’était pas là. Sa famille m’a dit qu'il avait déjà été transporté vers une clinique. Peu après, un membre du SAMU m’a dit qu’il était déjà trop tard pour ma fille», relate Manoj Buddhu, bouleversé.
Mansha était l’aînée de la famille. Diplômée en droit à Maurice, elle avait poursuivi ses études en Nouvelle-Zélande où elle avait obtenu un master avant de rentrer au pays il y a environ un an et demi. «Li'nn fer so degre dan lalwa dan Maurice mem. Apre li ti al fer so master Nouvelle-Zélande apre», confie son père avec émotion. La jeune femme venait également de se fiancer et préparait son mariage. «So fianse inkonsolab», souffle-t-il.
Se marier
Du côté de la famille Salesse, la douleur est tout aussi vive. Décrit par ses proches comme un jeune homme discret, travailleur et apprécié de tous, Norvic s’apprêtait lui aussi à franchir une nouvelle étape de sa vie. Il devait bientôt se marier et avait déjà entrepris la construction de sa maison à Petit-Verger. C’est précisément dans le garage de cette demeure inachevée que sa collègue et lui ont été retrouvés. À sa veillée mortuaire, les visages étaient marqués par le choc et l’incompréhension. «Nous ne pouvons rien dire. Nous n'étions pas là-bas. Mais nous sommes là pour soutenir sa famille dans cette horrible épreuve», confie un collègue.
Selon les premiers éléments de l’enquête policière, les proches de Norvic Salesse ont dû briser une vitre du garage pour y accéder avant d'y découvrir les deux jeunes inanimés. Les investigations se poursuivent afin de faire toute la lumière sur ce drame. Lors de l’inspection du véhicule, les policiers ont découvert plusieurs éléments susceptibles d’intéresser l’enquête, dont du papier aluminium, une paire de ciseaux, des mégots de cigarettes et des cigarettes roulées à la main renfermant une substance suspectée d’être illicite. Ces objets ont été transmis au Forensic Science Laboratory pour analyses. Les éléments du Scene Of Crime Office ont effectué plusieurs prélèvements à l’intérieur de la voiture dans l’espoir de recueillir des indices permettant de reconstituer les événements ayant conduit à la mort des deux jeunes. La voiture de Mansha Buddhu a, elle, été retrouvée à Helvetia dans la soirée du 29 mai.
Aujourd’hui, deux familles pleurent leurs enfants. Deux projets de mariage se sont brutalement arrêtés. Deux avenirs se sont éteints dans des circonstances qui demeurent entourées de zones d’ombre. Et des questions continuent de résonner dans les esprit. Que faisaient-ils ensemble à Petit-Verger ce soir-là et comment ont-ils été empoisonnés exactement ? «Lapolis bizin kapav eklersi sa mister-la», insiste le père de Mansha Buddhu. Une attente partagée par les proches des deux victimes, suspendus aux conclusions de l’enquête pour tenter de comprendre ce qui s’est réellement passé dans ce garage devenu le théâtre d’un drame aussi tragique qu’énigmatique.