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Abus allégués à la Loreto Junior School

Deux plaintes, une école sous pression, des parents insatisfaits

21 février 2026

Photo d'illustration

Cet établissement privé se retrouve au cœur d’un scandale. Ses responsables se sont rendues à la Family Support Services en fin de semaine. Une mesure jugée insuffisante et tardive par le représentant de la PTA.

Une hésitation. De nombreuses interrogations. Le cœur, la raison et la peur. Mélanie (prénom modifié) sait qu’elle va le faire : porter plainte à la police contre cet enseignant de musique. Celui dont le nom est tu pour l’instant, mais contre qui la Loreto Junior School a porté plainte au Family Support Service (FSS) de Phoenix, ce vendredi 20 février, pour «alledged attempt on chastity» sur deux élèves qui étaient en Grade 6 en 2025. Mélanie pense que sa fille est une de celles dont l’établissement privé parle. Alors, elle attend : «Je n’ai pas de contact avec l’école ou avec les autres parents.» La semaine dernière, après que cette affaire avait éclaté, cette mère de famille nous confiait ce qu’avait vécu son enfant (voir ci-contre). Le plus important pour elle, désormais, est de protéger sa fille qui vient de commencer le collège : «Je ne veux pas la brusquer.»

L’enseignant concerné, lui, n’a pas souhaité réagir à la plainte de l’école et aux nouvelles allégations formulées à son encontre. Contacté au téléphone, il a déclaré : «Je ne peux rien dire.» La direction de l'établissement scolaire renvoie, elle, au communiqué publié cette semaine (voir ci-contre). Elle a eu fort à faire face aux parents lors de réunions explicatives qui se sont tenues à l’école, le jeudi 19 février. Les responsables de l'école ont dû faire face aux nombreuses questions, notamment concernant le manque de communication, la lenteur décisionnelle et l’absence de structure de soutien (service d’écoute et d’accompagnement pour les élèves).

La décision de l’institution privée de porter plainte au FSS, en fin de semaine, ne convainc pas. Le président de la PTA de l’école, Jean-Luc Rancier, le dit : «Il a fallu la pression des parents pour que l’école bouge. Ce n’est pas normal d’avoir tant attendu.» Il s’étonne que la Loreto Junior School n’ait pas suivi l’article 34 du Children’s Act (voir hors-texte). Certains parents envisagent désormais des actions légales, dénonçant une politique du silence qui aurait duré plusieurs années. D'autant qu’une plainte au FSS n’est pas une plainte à la police.

Aucune n’a été enregistrée à l’heure où nous mettions sous presse. Même si selon une source proche du dossier, normalement, c’est une déposition à la police qui mène au FSS ; cela n’a pas été le cas ce vendredi. Nous apprenons que la Brigade de protection des familles a été officieusement informée. Le FSS, lui, se doit de suivre des procédures avant une communication officielle à la police. D’ici ce lundi 23 février, une date pour l’audition des deux victimes présumées par un.e psychologue sera décidée. Ce ne sera qu’après les avoir entendues, entre autres étapes de vérification, qu’un rapport sera émis et que le FSS pourra officiellement alerter la brigade.

Sur les réseaux sociaux, l’affaire est largement commentée, on retrouve des messages de soutien en faveur du professeur incriminé, mais aussi de nouvelles dénonciations qui émaneraient d’élèves d’autres institutions. Au Conservatoire de Musique François Mitterrand, où il a travaillé, une enquête interne aurait également été instituée. D’autres développements sont donc à prévoir dans les jours à venir.

Pour situer

15-16 juillet 2025. C’est le spectacle de l’école. Un rendez-vous incontournable du calendrier scolaire. Une enseignante de la Loreto Junior School, que nous prénommerons Samantha, publie une photo à la fin des représentations. Le prof de musique y apparaît. Une ancienne élève, en commentaires, le traite de «prédateur sexuel». L’enseignante contacte la jeune femme. Cette dernière lui fait des révélations. Samantha la renvoie vers l’école et parle de la situation à l’assistante directrice.

Août 2025. Celle qui a commenté le post signe une lettre avec sa meilleure amie, qui se présente comme une victime de l’enseignant de musique. «Objet : Plainte pour abus de pouvoir, harcèlement sexuel et relation inappropriée avec une élève mineure par un membre du personnel enseignant.» Cette correspondance détaille des événements qui ont eu lieu sur 11 ans. Une enquête interne est instituée. Le prof de musique est suspendu. Octobre 2025. À la veille des examens de PSAC, deux élèves vont voir l’enseignante Samantha. Elles lui font part de comportements inappropriés du prof suspendu.

Janvier 2026. Le mardi 27 janvier, l’enseignant concerné doit s’expliquer lors d’un comité disciplinaire. Deux semaines plus tard le personnel enseignant apprend qu’il ne fait plus partie du staff.

Jeudi 13 février. Une vidéo est publiée sur TikTok. L’auteur.trice présente des informations sur le déroulé de l’affaire et promet d’autres révélations.

«Des messages inappropriés sur le téléphone de ma fille…»

D’abord, Alice s’est confiée à son enseignante Samantha (les prénoms ont été modifiés). Elle était en Grade 6 à la Loreto Junior School. Quelque temps auparavant, sa maman était tombée sur des messages de l’enseignant : «J’ai vu des messages sur WhatsApp, il lui disait qu’elle était jolie, de lui envoyer des photos qu’elle avait prises en classe… Sur le coup, ça m’a interpellée qu’un prof parle ainsi à une enfant. J’ai posé des questions sur les photos… Puis, j’ai confisqué le téléphone, écrasé la SIM. Je dois avouer que je suis passée à autre chose.» Ce n’est que plus tard, lorsque l’école la contacte pour que sa fille parle avec un avocat qu’elle comprend l’ampleur de ce qui se serait passé. On lui parle de messages qui auraient été échangés sur TikTok (Alice les avait effacés). Mais aussi de choses plus graves qui se seraient passées. Cette mère de famille raconte ce que lui a confié sa fille : «Je l’ai pressée de questions. Elle m’a avoué que son prof lui avait caressé la jambe, qu’il faisait des petits attouchements et qu’il lui avait demandé de l’appeler "papa".»

Arianne Navarre-Marie : «L’importance de briser le silence»

La ministre de l’Égalité des Genres et du Bien-Être de la famille s’est exprimée sur cette affaire. Ce samedi 21 février, elle s’est exprimée lors du tournage du projet audiovisuel «De femme à femmes : Échos de Vie», organisé dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes. Elle a confié que depuis le vendredi 20 février, le ministère de la Famille était en présence de deux plaintes. Elle a assuré son soutien total à ceux.celles qui en auraient besoin : «Nos services ont immédiatement déclenché toutes les procédures prévues par le protocole dans ce type de situation. Nous avons proposé une cellule d’écoute et d’accompagnement pour soutenir les victimes et les guider dans les démarches, y compris judiciaires. Le ministère rappelle l’importance de briser le silence et invite toute personne concernée à se manifester, qu’il s’agisse d’enfants, de parents ou d’adultes : contacter le 113 ou le 139 permettra d’être écouté, orienté et accompagné vers les autorités compétentes.»

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