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Par Yvonne Stephen
1 avril 2025 08:25
Ils.elles vibrent. Au creux de leur corps, les émotions et les désirs se mêlent pour s’offrir la route du hmmmmmm ! «La sexualité est une dimension fondamentale de l’être humain. Elle englobe l’intimité physique, les relations affectives, l’identité personnelle et les interactions sociales», explicite Dr Ameegah Paul. Secrétaire, Event Coordinator et National Empowerment Coordinator de l’Association Pour La Protection Des Droits Des Handicapés (APDH), elle estime que le sujet kramkram, la sexualité des personnes en situation de handicap, est essentiel et qu’il faut en parler : «Pourtant, lorsqu’il s’agit des personnes en situation de handicap, la société entretient encore de nombreux préjugés et tabous. Elles sont souvent perçues comme asexuées ou incapables d’entretenir des relations amoureuses épanouissantes. Cette vision erronée les prive d’un droit fondamental : celui d’aimer, d’être aimé et de vivre leur sexualité pleinement et dignement.»
C’est pour cela qu’elle souhaite en parler pour dissiper l’aura de non-dits qui entoure cette sphère de la vie de ceux.celles qui sont concernés.es : «À Maurice, la question de la sexualité des personnes en situation de handicap est rarement abordée. Ces individus se heurtent à de nombreux obstacles – physiques, sociaux, culturels et même juridiques – qui entravent leur épanouissement affectif et sexuel. Il est temps de déconstruire ces préjugés, de sensibiliser la société et de garantir une véritable inclusion où chaque personne, quelle que soit sa situation, puisse jouir de ses droits sexuels sans honte ni restriction.» Le droit de jouir devrait être universel ; c’est une necesexité ! Ameegah Paul en parle.
Les droits sexuels ; une réalité. «Les droits sexuels sont des droits humains. La Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées (CDPH) reconnaît explicitement le droit des personnes en situation de handicap à participer pleinement à la vie affective et sexuelle. Ces droits incluent : le droit à l’expression de la sexualité et à l’intimité( chaque individu a le droit d’explorer et de vivre sa sexualité librement, selon ses propres désirs et besoins) ; le droit au mariage et à la vie familiale (il ne devrait y avoir aucune interdiction ou restriction pour une personne en situation de handicap à se marier, fonder une famille et élever des enfants); le droit à l’éducation sexuelle (l’accès à une éducation adaptée sur la sexualité et la santé reproductive est crucial pour permettre une sexualité responsable et épanouie) ; le droit au consentement et à la protection contre les abus (comme tout individu, les personnes handicapées doivent être protégées contre l’exploitation sexuelle et avoir la capacité de consentir en toute connaissance de cause).»
Quels sont les obstacles à une vie sexuelle épanouie ? Le badaboumboum, c’est naturel et ça fait partie de la vie (à l’âge légal et dans des situations où le consentement est donné). Mais pourquoi c’est si dur (et pas dans le bon sens du terme wink) pour les personnes en situation de handicap ? Ameegah Paul parle des couilles que ces derniers.es peuvent trouver sur leur cheminement miam-miam : «Malgré ces droits, de nombreuses barrières empêchent les personnes en situation de handicap de vivre pleinement leur sexualité.»
Les stéréotypes et le regard de la société. «La société tend à infantiliser les personnes en situation de handicap, les considérant comme «trop vulnérables» pour entretenir des relations sexuelles ou amoureuses. D’autres pensent que la sexualité leur est inutile ou inappropriée, ce qui conduit souvent à une forme d’invisibilisation de leurs besoins affectifs.»
L’absence d’éducation adaptée. «Les personnes en situation de handicap, notamment celles ayant une déficience intellectuelle, ont rarement accès à une éducation sexuelle complète et adaptée. Cela les expose davantage aux abus et limite leur autonomie dans la gestion de leur sexualité.»
Les barrières physiques et institutionnelles. «Les établissements de soins, les foyers spécialisés et certaines familles imposent des règles strictes qui interdisent ou restreignent les relations intimes entre personnes handicapées. De plus, l’accessibilité aux lieux de rencontre, aux services médicaux spécialisés ou aux dispositifs de santé sexuelle (contraception, dépistage) reste insuffisante.»
Le tabou autour de l’assistance sexuelle. «Dans plusieurs pays, des débats ont émergé sur l’importance de l’assistance sexuelle pour les personnes en situation de handicap. Il s’agit d’un accompagnement permettant à ces individus d’accéder à une vie sexuelle dans un cadre sécurisé et éthique. À Maurice, ce sujet reste encore largement tabou et non réglementé…»
Comment construire une société inclusive et respectueuse ? «Pour que les personnes en situation de handicap puissent jouir de leurs droits sexuels et affectifs, plusieurs actions doivent être mises en place :
Sensibiliser la population pour changer le regard porté sur la sexualité et le handicap.
Offrir une éducation sexuelle adaptée aux jeunes en situation de handicap, dans un cadre respectueux et sécurisé.
Former les professionnels de la santé et du social afin qu’ils puissent mieux accompagner et conseiller ces personnes.
Améliorer l’accessibilité aux services de santé sexuelle et aux infrastructures adaptées aux couples en situation de handicap.
Encourager les discussions autour de l’assistance sexuelle, en s’inspirant des modèles existant dans d’autres pays.»
De l’importance d’en parler. «Briser le silence sur la sexualité des personnes en situation de handicap est une nécessité. Tant que les tabous persistent, ces personnes resteront privées d’un droit fondamental : celui d’aimer et d’être aimées, dans le respect de leur individualité. Nous devons collectivement œuvrer pour une société où l’inclusion ne se limite pas à l’accès à l’éducation et à l’emploi, mais englobe aussi la reconnaissance des droits sexuels et affectifs. Il est temps d’ouvrir le dialogue et de faire évoluer les mentalités, afin que chaque individu puisse s’épanouir pleinement, sans restriction ni discrimination.»
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