Il est souvent décrit comme un mirage devenu réalité... Comme une ville sortie du désert et qui, en quelques décennies à peine, est devenue la métropole des Émirats arabes unis, s'imposant comme l’un des symboles les plus éclatants de la modernité mondiale. Puis, il y a cette fascination planétaire où la démesure est reine. Car à Dubaï, tout semble repousser les limites : gratte-ciel vertigineux, îles artificielles dessinant des formes audacieuses, centres commerciaux gigantesques où se côtoient luxe et divertissement avec une volonté d’aller toujours plus haut, plus grand, plus spectaculaire, attirant les regards et nourrissant les rêves.
Mais Dubaï n’est pas qu’extravagance. Derrière les façades de verre et d’acier se cache aussi et surtout une destination profondément cosmopolite. Des millions d’expatriés venus des quatre coins du monde y vivent et y travaillent, donnant naissance à une mosaïque culturelle unique. Cette diversité se retrouve aussi dans la gastronomie, les arts et le quotidien d’une ville en perpétuel mouvement.
Et il y a aussi Dubaï et ses contrastes. Car à quelques kilomètres des plages immaculées bordées d’eaux turquoise, le désert déploie ses dunes dorées à perte de vue. Mais Dubaï est aussi connu pour être une ville où la sécurité a une place importante et est souvent décrit sur des sites spécialisés ou par les agences de voyage comme une parenthèse inattendue :celle d’un havre de paix où se rencontrent sérénité et modernité avec une qualité de vie qui séduit des expatriés venus des quatre coins du globe. La stabilité, précieuse dans un monde en mutation, constitue ainsi l’un des piliers de son attractivité sans oublier son rythme de vie équilibré, où travail et loisirs cohabitent harmonieusement, entre plages baignées de soleil, espaces verts soignés et infrastructures modernes qui offrent un cadre de vie où d’aucuns peuvent construire, s’épanouir et respirer.
Mais voilà que la guerre au Moyen-Orient est venue mettre son grain de sel et jouer les trouble-fête. Longtemps perçue comme une bulle de stabilité au cœur d’une région tourmentée, Dubaï observe aujourd’hui, avec une attention accrue, les secousses géopolitiques qui traversent le Moyen-Orient. Si la ville n’est pas directement touchée par les conflits, leur écho s’y fait pourtant sentir. En effet, les attaques de drones observées dans certaines zones du Golfe ces dernières années, souvent interceptées par des systèmes de défense sophistiqués, ont rappelé la vulnérabilité potentielle des grandes métropoles ; ces incidents nourrissant une vigilance nouvelle. Ces derniers temps, le quotidien y a évolué par petites touches. Les contrôles de sécurité se sont renforcés dans certains lieux stratégiques, tandis que les autorités communiquent davantage sur les dispositifs de prévention.
«Un moment surréaliste»
Le lundi 16 mars, par exemple, un drone iranien s’est écrasé sur un réservoir de carburant près des pistes de l’aéroport de Dubaï. Les autorités ont alors immédiatement suspendu les vols qui étaient prévus. Il y a quelques jours aussi, un drone avait fait des dégâts à l’hôtel Address Creek Harbour. Le train de vie est ainsi troublé depuis le 28 février quand la guerre a été déclarée. À titre d’exemple encore, une banque et plusieurs centres de conseils internationaux avaient été évacués ou fermés à Dubaï il y a quelques jours, soit le mercredi 11 mars, en réaction à la menace iranienne de frapper «les centres économiques et les banques» dans la région.
Notre compatriote Bernard Charles, installé là-bas, dit suivre de près cette chaude actualité qui concerne beaucoup son pays d’adoption. Avec son épouse Yvelines, ils n’auraient jamais cru vivre une telle expérience un jour. Bien évidemment, le premier jour de la guerre est un jour qui restera à jamais gravé en eux. «Le week-end avait commencé de façon particulière car ce samedi 28 février était le dernier jour de vacances de nos visiteurs norvégiens à Dubaï. Du coup, on avait prévu des sorties et même une virée dans le désert. On n'imaginait pas que nos visiteurs auraient alors une semaine supplémentaire de vacances forcées. Nous habitons un quartier sympathique pas loin de l’axe principal : le Sheikh Zayed Road. Il y a plein de gratte-ciels, agrémentés de promenades, de zones piétonnes et de jardins d’enfants. Il y a toujours des joggeurs, des gens qui promènent leurs chiens ou des enfants avec leurs trottinettes. Ce samedi après-midi n’était guère différent, lors des frappes et interceptions aériennes, un spectacle peu ordinaire nous attendait, tous avaient le regard rivé au ciel avec des expressions confuses sur le visage», nous raconte Bernard en revenant sur le jour où tout a commencé.
Difficile alors pour lui et son épouse de croire à ce qui se passait sous leurs yeux : «Honnêtement, pour nous aussi, c’était l’ahurissement entre les messages qui déferlaient dans nos messageries concernant les vols annulés et des questions de nos proches et amis nous demandant ce qui se passait à Dubaï. Le moment le plus surréel a sans conteste été ce même samedi soir, quand on a tous été réveillés par nos portables qui vrillaient à tour de rôle avec le message du ministère de la défense des Émirats nous conseillant de nous tenir éloignés des fenêtres et de nous mettre à l’abri car nous étions sous la menace imminente de frappes de drones et de missiles. Nous nous sommes tous réfugiés dans l’unique pièce sans fenêtres de la maison. Après un moment qui nous a paru interminable, nos portables ont de nouveau retenti avec cette fois un message de remerciement pour notre coopération et nous avertissant que les drones et missiles avaient été interceptés avec succès. On a passé une nuit blanche avec nos deux enfants et la famille en visite chez nous.»
Il a alors fallu s’adapter à la situation, raconte Bernard. «Après cette première expérience où l’angoisse nous a envahis, nous avons chacun préparé notre petit baluchon et l'avons laissé à l’entrée au cas où... Mais après réflexion et discussion, on s'est dit : partir pour aller où ? Les espaces aériens étant tous inaccessibles ! Les jours qui ont suivi se sont écoulés dans un drôle de climat ; pour la majeure partie de la population, c’était le télétravail à la maison et l’école en ligne pour les étudiants et les enseignants.»
Mais tout le monde n'était pas concerné par les mesures instaurées. «Chez nous, hélas, pas de télétravail pour Bernard, le chocolat ne se fait pas à la maison, et en période de Ramadan et de crise, les commandes n’arrêtent pas d’affluer. Ordinairement, en situation exceptionnelle, comme pour les cyclones à l’île Maurice, il y a des ruées vers les supermarchés et les produits de première nécessité disparaissent à vue d’œil, mais pas à Dubaï. En effet, nous n’avons vu ni supermarché pris d’assaut et encore moins de panic buying, et cela nous a fortement rassurés. Cela nous a quelque peu fait penser à la période de la Covid où, à une différence près, on n’est pas confinés, et les supermarchés et autres fonds de commerce étaient ouverts normalement et approvisionnés comme à l’accoutumée», souligne Yvelines Charles.
Depuis, la petite famille suit de près l’évolution de la situation. «Nous avons passé notre temps à vérifier si et quand les vols reprendront... Nous nous sommes aussi habitués au son des avions de chasse dans le ciel. Une des forces indéniables des Émirats arabes unis, c’est qu'ils sont prêts à toute éventualité et c’est comme cela qu’on vit les périodes de crise avec une dose de "normalité". En effet, la devise étant "business as usual" même après une alerte. Mine de rien, la première semaine a été vécue au rythme des sonneries des avertissement stridentes et de l’école en ligne. Nous avons essayé de rassurer nos proches et nos amis inquiets pour nous ; pas étonnant avec tout ce que déversent les médias et la télévision. L’incertitude et la frayeur sont présentes mais on peut compter sur la transparence des dirigeants des Émirats qui communiquent avec le peuple quotidiennement, ne serait-ce que pour nous donner les décomptes des drones et missiles interceptés», avancent Bernard et Yvelines qui se veulent rassurants.
Aujourd’hui, ils vivent au rythme de cette situation. «Les images en flamme du Fairmont sur l’île palmier et du Burj al Arab, l’icône de Dubaï, ou encore les images de l’aéroport nous ont aussi choqués mais, en contrepartie, l’image du Cheikh accompagné de son fils au Dubaï Mall est une autre façon de nous montrer que le "business as usual" est pour tous et que ce n’est pas qu’une devise... Malgré les incertitudes et la crise qui perdure, une chose nous rassure, Dubaï reste égale à elle-même, on tombe, on se relève et on recommence. La mobilisation du ministère de la Défense et des autres ministres nous conforte et nous rassure que tout est fait pour que notre protection soit assurée, en espérant que la paix et le calme reviennent au plus vite dans la région. Certes, nous n’avons aucune garantie de quoi demain sera fait mais vivre cette crise dans un endroit où l’on se sent protégé fait une grande différence sur la façon dont nous nous projetons dans l’avenir. Nous sommes très reconnaissants aux Émirats arabes unis pour la gérance de ce conflit et de nous protéger», confient nos compatriotes Bernard et Yvelines pour conclure leur récit de comment Dubaï, leur pays d’adoption fait face au conflit...
