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Enfants face aux images de guerre : comment gérer ?

11 mars 2026

Bombardements, crises humanitaires, violences : l’actualité internationale s’impose partout, y compris dans l’univers des plus jeunes. Un journal laissé sur la table, une notification surgie sur un écran, une discussion entendue dans la cour de l’école… Les enfants ne vivent pas hors du monde. Alors faut-il les couper de tout pour les protéger ? Meenakshi nous écrit et se demande comment ne pas traumatiser ses deux enfants. Elle l’a été, raconte-t-elle, dans les années 90 avec la guerre du Golfe (voir son témoignage plus bas) et elle souhaite ne pas faire revivre la même chose à ses garçons. Interrogée par le magazine Psychologies, la psychopédagogue Brigitte Prot répond sans détour : le silence n’est pas la solution. «Les couper du monde ne serait donc pas la réponse», explique-t-elle. À ses yeux, tenter d’effacer l’actualité peut même rendre l’angoisse plus lourde encore. Le non-dit devient assourdissant. L’enjeu consiste plutôt à accompagner, à expliquer, à mettre du sens avec douceur et sincérité. Elle l’explique plus bas.

«Beaucoup d’anxiété». Meenakshi, maman de deux garçons s’interrogent sur la façon de faire : «Au début des années 90, j’étais encore une enfant. Mais je me souviens encore des images de la guerre du Golfe à la télé. Cela m’a profondément et durablement marqué. J’en ai fait des cauchemars et je réalise, avec l’âge et la maturité, que tout cela m’a causé beaucoup d’anxiété. Aujourd’hui, je suis maman de deux enfants, âgés de moins de 10 ans, et je me demande comment je dois gérer la situation. Ils n’ont pas accès à des téléphones mais ils regardent la télé, alors c’est bien possible qu’ils voient des images de guerre. De toute façon, je ne peux pas les empêcher de découvrir ce qui se passe ; ils vont à l’école, ont des activités sociales. Comment pourrais-je les protéger ?»

Irruption du numérique. Brigitte Prot rappelle qu’«il fut un temps où les enfants étaient protégés des images qui pouvaient les choquer. Époque révolue». Avec l’irruption du numérique et des réseaux sociaux, les contenus violents arrivent «sur un effleurement d’écran». Parents et enseignants ont été pris de court. Résultat : aucune véritable éducation aux images n’a pu être anticipée. Or, ces images, martelées en boucle, «s’impriment et créent des traumas indirects, mais bien réels».

Que faire ? Comment agir concrètement ? Dans Psychologies, Brigitte Prot propose trois pistes. D’abord, en parler pour créer une distance protectrice face aux images choc – sans en faire une obsession. Ensuite, partir de la parole de l’enfant. «Ne pas les obliger à dire», précise-t-elle, mais se rendre disponible : certains.es auront besoin de mots, d’autres de dessins ou de silence. Enfin, continuer à partager du vivant : parler d’autre chose, proposer des projets, maintenir des espaces de légèreté. Protéger ne signifie pas nier. Il s’agit aussi d’encadrer l’accès aux contenus : paramétrer le contrôle parental, limiter les écrans, voire «éteindre les smartphones et la télévision pour un temps». Attention également aux mots trop crus qui fabriquent des images mentales parfois aussi violentes que les vidéos.

Pour Brigitte Prot, «il s’agit de protéger les enfants et les adolescents des images et des sons relatifs aux drames actuels», tout en développant une éducation qui responsabilise. Donner confiance, faire confiance, cultiver des attitudes tournées vers la vie : c’est ainsi que l’on ouvre la voie à la résilience, explique-t-elle. Face au tumulte du monde, les enfants ont besoin d’adultes solides, capables d’accueillir leurs peurs sans les amplifier et de leur rappeler que, malgré tout, la vie continue.

Prenez soin de vous

Le climat anxiogène s’invite dans votre intimité, au détour d’une notification ou d’un bandeau d’alerte. Mais comment éviter que cette inquiétude ne s’installe durablement ? Interrogée par le magazine Psychologies, la psychiatre Marine Colombel appelle d’abord à l’écoute de soi : «Il est impératif de prendre le temps de s’écouter.» Tachycardie, tensions musculaires, troubles digestifs : le stress chronique laisse des traces physiques bien réelles. Les images qui tournent en boucle, les cauchemars ou l’impression d’être happé par son téléphone sont autant de signaux d’alerte.

Pour éviter que l’angoisse ne se transforme en anxiété, «le premier réflexe, c’est d’en parler avec des amis ou avec de la famille», conseille la psychiatre. Mettre des mots sur ses peurs permet de ne pas «s’enfermer dedans» et de se libérer d’une charge émotionnelle envahissante. Enfin, Marine Colombel insiste sur la nécessité de limiter l’exposition aux flux d’informations. «L’actualité ne se fait pas toutes les cinq minutes», rappelle-t-elle. S’informer une à deux fois par jour suffit, conclut-elle, invitant chacun à reprendre une distance salutaire face au tumulte du monde.

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