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Pointe-aux-Sables

Enn nouvo sant pou enn nouvo renesans !

25 avril 2026

On connaît le village. On connaît la brise salée, les pirogues qui dansent et les cargos qui imposent leur silhouette à l’horizon. Mais cette fois, on revient avec un regard neuf. Parce qu’un nouveau projet, c’est toujours une bonne excuse pour mesurer le temps. Et le temps, justement, a laissé quelques traces… mais aussi de belles surprises. Au Débarcadère, la métamorphose saute aux yeux. Parking aménagé, asphalte flambant neuf, bancs installés face à la mer, health track pour les marcheurs du soir. Le décor invite à la pause. On s’assoit, on regarde les bateaux glisser vers le quai de Port-Louis, et malgré les changements, l’authenticité du lieu reste intacte. Un peu plus loin, c’est un autre symbole qui attire notre attention. Un centre que les habitants ont longtemps connu comme lieu de vie, de distraction, parfois de refuge… Puis qui, pendant plusieurs années, est resté silencieux. Fermé. Presque oublié. Le voilà rebaptisé «Sant Renesans», inauguré le 10 février dernier après d’importants travaux de rénovation. Ce Multipurpose Recreational Centre & Learning Corner, propriété du ministère de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, sera désormais géré par la National Empowerment Foundation (NEF), en collaboration avec deux ONG : Caritas Île Maurice et l’Association des Frères Auxiliaires. Pensé comme un hub communautaire pour les habitants du Débarcadère et des environs, le centre ambitionne d’offrir soutien scolaire, formations, accompagnement social et activités destinées aux familles les plus vulnérables. Lorsque nous nous y rendons, les portes sont encore fermées. Pas encore opérationnel. Une personne venue ouvrir les lieux nous confie qu’il faudra patienter encore deux semaines, le temps pour les équipes de s’installer. Alors, faute d’entrer, on contourne. On observe. On discute. On écoute. Parce qu’au-delà des murs fraîchement repeints, ce sont surtout les attentes des habitants qui donnent le ton.

À la rue Floribunda, Joseline Antou nous accueille avec gentillesse. Quarante-cinq ans qu’elle vit ici. «Tou dimounn respekte tou dimounn.» Le centre, elle l’a connu sous un autre nom. «Ti Siro, nou ti apel li koumsa. Ti bien anime ek mo ti al fer Zumba laba.» Depuis près de trois ans, la cour du centre était laissée à l’abandon. Elle se réjouit de pouvoir y aller à nouveau. Mais elle a aussi des idées. «Ti bizin gard enn kwin ordinater pou bann zenn ki pena mwayin.» Elle rêve également d’un espace pour les aînés. Un lieu pour se retrouver, papoter, partager. «Pourquoi pas une petite salle polyvalente pour les anniversaires ? Beaucoup n’ont pas l’espace chez eux. Mo krwar bann ONG pou bien okip sant-la. Si li kapav ed bann dimounn ki pli defavorize, li pou bon pou landrwa. Car au-delà des murs repeints, c’est surtout une manière de réduire l’exclusion.»

Dans le jardin du Débarcadère, un éclat de rire nous guide vers un groupe de femmes installées à l’ombre. Elles profitent du soleil, alors que les enfants sont à l’école et discutent. «Nou landrwa mank lwazir !» lancent-elles en choeur. Les idées fusent pour Elodie Barbe, Samantha Marie, Josette Bazir et Sonia Bhoyroo : cours de cuisine, couture, ateliers artisanaux. Mais avant tout, un besoin revient : des toilettes publiques sur la plage de Débarcadère. «Tou lezot laplaz ena… isi pena.» Le jardin est entretenu, disent-elles, mais il manque un bon éclairage. À la tombée du jour, l’inquiétude s’installe pour se balader ou prendre l’air avec les enfants. Et derrière le centre, le terrain de basket est dans un état préoccupant. Elles ont hâte de revoir les activités reprendre. «Lontan kan fini kwi, ti enn distraksion kan al dan sant.» Elles suggèrent des horaires larges, de 9 heures à 21 heures, pour permettre à ceux qui travaillent en journée de profiter aussi du lieu. L’accompagnement scolaire serait une aide précieuse. «Sinon bizin pey Rs 1 300 pou leçon…» Sonia, rêve déjà de cours de pâtisserie. Élodie, elle, évoque le besoin d’une garderie sécurisée. «Azordi li difisil fer konfians ninport kisann-la pou kit ou zanfan.»

Sur la plage du Débarcadère, Gérald Marianne regarde la mer. Un moment de détente pour se vider la tête. «Li bon ki sant-la pa finn tom dan labandon.» Il aime son village. Il y fait bon vivre. Mais encore une fois, le manque de toilettes et de kiosques revient dans la conversation. «Le week-end, la plage ici est animée. J’espère que les retraités pourront aussi profiter du centre : carrom, dominos, petits jeux pour passer le temps. Pour les jeunes, l’espace football fait peur ! Avan ti ena gazon sintetik. Le manque d’entretien a fait que le terrain n’est pas en état. Aster bizin remet li korek pou bann zenn kontign krwar dan spor.»

Non loin du centre, le quartier semble presque trop calme. On se dit qu’on ne croisera personne. Et puis, derrière une grille entrouverte, Edwige Clerisseau accepte de nous parler. Revenue vivre dans la maison familiale après le décès de sa mère, elle redécouvre Débarcadère… 23 ans plus tard. «Kan mo'nn vini, mo pa'nn rekonet bann dimounn. Ena pli bokou zenn aster. Même les maisons ont changé.» Elle trouve le quartier paisible. Trop, parfois. Mais un point la tracasse : le transport. «Souvan bann bis la met "Garage" ek li pas drwat ar nou !» Le centre, elle l’a retrouvé fermé, laissé à l’abandon. «Mo ti trouv sa tris. Enn lespas koumsa dan enn tel leta…» Elle espère que les activités reviendront, que quelques emplois verront le jour. Elle imagine aussi un espace vivant en journée : pour les jeunes mamans, pour les femmes qui ont besoin de souffler… et pour les retraités comme elle. «Mo pe viv mo retret, tan ki mo de lipie ankor bon !» lance-t-elle en riant. Elle ne souhaite pas être prise en photo. Sa voisine Ivy Aubulaus non plus. Mais Ivy tient à ajouter son mot. Cela fait 42 ans qu’elle vit ici. «Ena bon vwazinaz isi. Wi, ena so bann move kitsoz osi… ladrog, par exanp. Mais nou kapav ankor marse dan lari.» Elle se souvient d’un centre animé : Zumba, karaté, judo. Les aînés répétaient même leurs danses. «Kan madam-la finn mor, pena personn kinn repran.» Elle espère que cette fois, la structure tiendra bon. Mais elle évoque aussi un autre problème : les inondations depuis la construction des nouveaux logements. «Lane dernier, de fwa dilo finn rant dan mo lakour. Ti bizin met rocksand devan laport. Chaque grosse pluie devient source d’angoisse, surtout pour mon frère handicapé qui vit seul quelques maisons plus loin.»

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