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Sécurité routière

Entre fermeté nécessaire et craintes d’excès !

25 février 2026

Les accidents se multiplient, les contrôles s’intensifient et la tolérance semble avoir atteint ses limites. Avec près de 750 000 véhicules en circulation à Maurice et une hausse des cas d’alcool et de drogue au volant, le gouvernement envisage, outre le permis à points, d'autres sanctions sévères, incluant la possible saisie du véhicule et la suspension immédiate du permis. Une réponse ferme face à une situation jugée critique. Mesures nécessaires pour sauver des vies ou sanctions trop radicales ? Sur le terrain, automobilistes et motocyclistes réagissent. Entre volonté de responsabiliser les conducteurs et inquiétudes face à certaines incohérences légales, les avis restent partagés.

SADA MOOTHEN : «La loi doit être ferme, mais juste»

Pour Sada Moothen, la saisie du véhicule paraît excessive. «Certes, la loi doit être stricte, mais pour beaucoup, le véhicule n’est pas seulement un moyen de transport, c’est aussi un outil de travail.» Il estime qu’avant de durcir les sanctions, il faudrait mieux encadrer les jeunes conducteurs. Selon lui, l’obtention du permis à 18 ans représente une transition délicate. «Il faudrait instaurer une période de mise à l’épreuve de trois mois. Beaucoup ne sont pas pleinement conscients des dangers de la route. La responsabilité s’apprend.»

OUMESH RAMPHUL : «Il ne faut pas tout mettre dans le même panier»

Oumesh Ramphul se dit favorable à certaines mesures, mais appelle à plus de cohérence. «Il y a des lois nécessaires, comme celles contre l’alcool au volant ou l’usage du téléphone portable. Là, il n’y a pas de débat.» Toutefois, il déplore certaines amendes qu’il juge disproportionnées. «Il faut revoir certaines sanctions et recentrer le débat sur la réduction réelle des accidents.» Il soutient cependant le permis à points, qu’il considère comme un outil efficace pour changer les mentalités. «Li sanz mindset bann otomobilis, zot pou fer plis atansion !»

VISHNU GORAYAH: «La fermeté oui, mais pas pour remplir la caisse de l’État»

À l’âge de 16 ans, il avait déjà son permis de moto. Vishnu Gorayah observe une évolution préoccupante. «Lontan pa ti ena aksidan koumsa. Pa ti ena sa kantite masinn-la lor sime ousi !» Selon lui, l’augmentation du nombre de véhicules rend les accidents presque inévitables. Il reste sceptique quant à l’efficacité du permis à points. «Mettre ou ne pas mettre, pou toultan ena aksidan. J’ai parfois l’impression que certaines mesures servent davantage à remplir la caisse de l’État qu’à régler le vrai problème.» S’il se montre catégorique sur l’alcool et la drogue au volant – «là, il faut être sévère, il n’y a pas à discuter» –, il s’interroge sur des amendes pouvant atteindre Rs 200 000. «Kouma sa ti dimounn-la pou pey sa ?» Il pointe également la prolifération des scooters électriques chez les mineurs, souvent sans casque ni protection. «Aster kan amenn kitsoz pou vann Moris, bizin get bien !» Il appelle à une meilleure régulation des véhicules et à des contrôles renforcés, notamment pour les chauffeurs d’autobus. «Chaque matin, bizin ena kontrol avan zot pran sime. C’est la vie de centaines de passagers qui est en jeu.»

SANJIV BEEJADARSING : «Mo bizin kondwir koumadir dan gardri»

Habitant de Quatre-Bornes, Sanjiv Beejadarsing manie le volant depuis l’âge de 18 ans et en a fait son métier pendant plus de 30 ans. Pour lui, la nouvelle loi ne change pas son travail. «Cette loi, c’est un peu comme si un non-fumeur voyait le prix des cigarettes augmenter. Ça n’influence pas directement mon activité.» Mais il admet que son quotidien sur la route, lui, a changé. «J’ai l’impression que je dois être doublement vigilant à cause des autres conducteurs… Entre ceux qui sont stressés et ceux qui roulent sous l’influence de la drogue, avec les yeux à moitié fermés, la route est devenue dangereuse. Mo bizin kondwir koumadir dan gardri ! Mo plis per lezot sofer.» Selon lui, la tension actuelle et la hausse des accidents étaient prévisibles. «Avec la quantité de véhicules pour une petite île, li normal loto pou tap ar loto.» Il estime toutefois que les mesures drastiques ne traitent pas la racine du problème. «Comment des consommateurs de drogue se retrouvent-ils au volant ? Les drogues sont si accessibles que ça ?» Pour lui, sans une vrai solution, la polémique persistera.

RONAN BIENVENUE: «Quand on vient d’avoir son permis, on se croit tout permis»

À 22 ans, Ronan Bienvenue conduit depuis deux mois et demi avec son permis en poche. Jeune, certes, mais déterminé à bien faire les choses, il est conscient des risques que comporte la route. Il admet toutefois que la mentalité des usagers reste problématique. «Tout le monde est pressé, stressé, sans courtoisie.» Il estime que des mesures trop drastiques ne règlent pas le problème de fond. Il plaide pour une période d’adaptation pour les jeunes conducteurs, à l’image de l’île de La Réunion. «Il faut comprendre que quand on débute, on apprend encore.» Selon lui, l’adrénaline et l’envie de prouver quelque chose poussent certains jeunes à prendre des risques inutiles. «Je veux dire aux jeunes : respectez les autres automobilistes. Parce que quand on vient d’avoir son permis, on se croit tout permis. Or, il en va de votre vie !»

AMEEN FARALA: «Ena tro lalwa, me pena ase ledikasion»

Chef de gare à Cassis, Ameen Farala voit quotidiennement les dangers de la route. Il soutient la fermeté contre l’alcool et la drogue au volant, mais reste réservé sur le système des points. «Si enn dimounn fer enn ti erer, koup 3 pwin… Dimounn kapav perdi travay koumsa.» Pour lui, ces mesures relèvent davantage d’un effet dissuasif. «C’est pour faire peur.» Il estime que le problème dépasse la loi et touche à l’éducation. «Bann zenn ankor on fire. Pa ena sa disiplinn lontan-la !» Selon lui, la sécurité routière commence à la maison. «Ena tro lalwa, me si pena kad, pena severite dan ledikasion, nanye pa pou sanze.»

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