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Lizie dan la main : L’appel de la solidarité

Enseignement du braille, thérapie d’orientation, activités en tous genres, l’association est présente depuis 40 ans pour les non-voyants et malvoyants.

Les jours de l’association sont-ils comptés ? L’incertitude et l’inquiétude règnent parmi l’équipe de Lizie dan la main. Alors que les autorités affirment qu’une solution a été trouvée, Reynolds Permal assure que tel n’est pas le cas. 

Les rires et les cris insouciants des élèves ne retentissent plus autant dans les couloirs du centre Lizie dan la main à Curepipe. Ces derniers mois, l’ambiance y est beaucoup plus morose que joyeuse. Sur les visages, la sérénité a laissé place à l’inquiétude. L’avenir incertain dû aux problèmes financiers que rencontre  cette association vieille de 40 ans est dans la tête de tous.

 

Depuis que Reynolds Permal, fondateur et directeur de Lizie dan la main, a réuni les membres de l’équipe pour leur faire part d’une probable fermeture, tout le monde a le moral en berne. Les 25 employés du centre n’ont toujours pas reçu de salaire pour le mois de septembre. Une situation difficile et compliquée qui joue sur le moral de tout le monde. Cependant, malgré l’épée de Damoclès qui pèse au-dessus de leur tête, tout le monde y met du sien et donne son maximum.

 

Lizie dan la main, confie Reynolds Permal, c’est beaucoup plus qu’une école, qu’un centre spécialisé. Tout le monde a un attachement particulier pour le centre si emblématique pour ceux qui vivent avec un handicap visuel. «Ici, nous vivons comme une famille.» Alors, quand ça ne va pas, tout le monde se serre les coudes. Pamela Permal, secrétaire financière, a tout le temps le nez dans les comptes. Elle assiste aux réunions avec les autorités et essaie des alternatives. «Ce n’est pas évident. Nous avons besoin d’argent pour les activités quotidiennes du centre et de nos deux écoles. Il y a les factures d’eau et d’électricité à payer, le nettoyage à assurer, l’essence pour nos vans qui vont chercher nos bénéficiaires, les équipements et le salaire de nos 25 employés.» Face à un avenir incertain, la solidarité s’est révélée essentielle.

 

Mettre la main à la pâte

 

Alors, en attendant de trouver une solution, on se serre les coudes. L’école, qui se spécialise dans l’enseignement du braille, de l’orientation et de la mobilité pour ceux qui sont atteints d’un handicap visuel, doit tourner et les élèves doivent continuer à recevoir les cours. Ils le savent. Habiliter au mieux les non-voyants et les malvoyants à travers l’éducation et la canne blanche, c’est l’essence même, la mission fondamentale de Lizie dan la main.

 

En 40 ans d’histoire, des centaines d’enfants sont passés par l’association. Beaucoup ont grandi avec elle. C’est le cas de Maya Cally, Mobility Assistant Teacher, qui connaît le centre depuis plus de 25 ans. Chaque personne, ici, confie-t-elle, a un attachement particulier avec l’association. Comme plusieurs membres de l’équipe, elle y a d’abord été élève avant d’intégrer l’école comme encadrante. «Je suis arrivée ici en tant que malvoyante. Après y avoir étudié, je suis restée et j’ai intégré l’école comme encadrante. Pour moi, c’est comme un deuxième chez-moi.» Alors, poursuit-elle, lorsqu’on entend une telle nouvelle, ça fait mal et ça chamboule. «Ça vous touche profondément. On se demande tous ce qui va se passer.»

 

Toutefois, malgré l’appréhension et la crainte, pas question de baisser les bras. Le personnel de l’association ainsi que les parents des bénéficiaires ont décidé de se mobiliser. Le vendredi 4 octobre, une levée de fonds a été organisée pour donner à l’ONG un petit coup de pouce. «Tout le monde a mis la main à la pâte. Nous avons préparé des gâteaux ou des plats que nous avons mis en vente ici. Cette somme, même si elle n’est pas conséquente, pourra aider d’une manière ou d’une autre», lance Maya.

 

Sheila Seetaram y enseigne le braille depuis 27 ans. Chaque jour, elle permet aux enfants et aux jeunes de mieux comprendre le monde qui les entoure. À travers l’enseignement, ils travaillent sur leur intégration au sein de la société pour qu’une fois adultes, ils puissent être des citoyens à part entière du pays. «Cette école spécialisée a fait ses preuves au fil des années. Sa présence est essentielle pour les jeunes de notre pays qui vivent avec ce handicap. Lizie dan la main leur permet de s’enrichir et de se former, de s’épanouir et de s’intégrer.» En effet, grâce au travail de Lizie dan la main, ils sont nombreux à mener, malgré leur handicap, une vie indépendante. Leur travail, assure Sheila Seetaram, doit continuer. «Nous sommes inquiets et tristes quand nous pensons à tous les efforts qui ont été faits pour arriver jusqu’ici. Nous avons lutté pour que les malvoyants et les non-voyants puissent trouver leur place dans notre société.» Leur histoire, dit-elle, ne peut pas s’arrêter là.

 


 

Reynolds Permal : «Aidez-nous à sauver l’association»

 

Chez tout le monde, la même question revient sans cesse : vont-ils survivre ? Reynolds Permal, fondateur et directeur de Lizie dan la main, veut y croire. Mais comment et pour combien de temps ? À ces questions, il n’a, pour le moment, pas de réponse. «Cette association, c’est mon bébé. Je ne vais pas laisser tomber. Nous allons nous battre pour que Lizie dan la main puisse continuer son parcours et venir en aide aux enfants et aux personnes malvoyantes.»

 

Cela fait un an environ, raconte-t-il, que les difficultés financières ont commencé. «Lorsque les lois autour du CSR ont changé, nous avons perdu deux gros sponsors. Nous avons alors écrit des projets à la National CSR Foundation, sans succès.» Si Reynolds Permal et son équipe ne tirent pas la sonnette d’alarme dans un premier temps, persuadés de trouver une solution, en juin, ils tombent tous des nues en découvrant que les comptes sont dans le rouge. «J’ai vu 40 ans de travail et de dévotion s’écrouler devant moi. C’est très dur.»

 

Aujourd’hui, ils sont dans l’attente du grant du NGO Trust Fund, une aide qu’ils reçoivent chaque année et qui n’est pas encore tombée. «Certaines personnes pensent que nous avons trouvé une solution et que tout est rentré dans l’ordre. Mais non, cette somme que nous allons recevoir fait déjà partie de notre budget. Nous recevons cette aide tous les ans et cela en deux tranches. Nous devrions recevoir environ Rs 797 000. Cependant, nous avons besoin de Rs 2 millions pour terminer l’année. Nous ne savons pas où nous allons trouver l’argent pour ça.»

 

Cette somme, assure Reynolds Permal, leur permettra d’assurer le fonctionnement des deux écoles et des activités de l’association jusqu’à la fin de l’année. Menacée de fermeture, Lizie dan la main multiplie depuis les appels à l’aide. «Nous avons écrit 17 lettres à des entreprises ou à des organisations pour demander de l’aide. Au jour d’aujourd’hui, nous n’avons reçu aucune réponse. Nous lançons un appel aux Mauriciens : aidez-nous à sauver l’association.»