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Par Qadeer Hoybun
9 mars 2026 10:25
Véritable pionnière, l’Académie Jaunbocus Tawfiq (AJT) a été le point de départ du jiu-jitsu brésilien à Maurice. Fondée à Médine Camp de Masque en 2005, elle a vu la discipline grandir, se structurer et conquérir le paysage sportif national. Deux décennies plus tard, sous l’impulsion de Tawfiq Jaunbocus, la salle continue d’attirer des passionnés de toute l’île.
Un lieu chargé d’histoire. La salle destinée à la pratique du jiu-jitsu brésilien et des arts martiaux mixtes à Médine Camp de Masque n’est pas qu’une simple salle de sport. C’est en cet endroit que le jiu-jitsu brésilien a vu le jour à Maurice. Une petite visite était indispensable pour s’imprégner de l’histoire de ce sport de combat à Maurice.
Il est 19 heures ce jeudi soir dans le village de Médine Camp de Masque. L’atmosphère est paisible et chacun vaqua à ses occupations, sauf à l’avenue Échassiers où nous assistons à un ballet de voitures. En même temps nous remarquons des jeunes en kimonos se hâter dans la même direction que les automobiles qui s’arrêtent devant un bâtiment. C’est l’Académie Jaunbocus Tawfiq ou l’AJT Jiu-jitsu brésilien & MMA.

À première vue, rien d’impressionnant. Des parents sont assis devant une salle annexée à une maison. À l’intérieur, des jeunes sont à l’œuvre sur le tatami. C’est la séance d’entraînement de 18 heures destinée aux tout-petits qui tire à sa fin. Sur le tapis, une dizaine de binômes s’emploient à exécuter les directives du coach, Tawfiq Jaunbocus, qui supervise d’un œil attentif chaque mouvement de ses poulains.
Tantôt il corrige et tantôt il les encourage. Aux abords du tapis, un deuxième groupe de jiujiteiros, plus âgé, se prépare pour la deuxième session d’entrainement qui va bientôt commencer. Tel est le spectacle qui s’offre à nous à notre arrivée à l’AJT.

Le jiu-jitsu brésilien a pris son envol à Maurice dans les années 2004-2005. Un groupe composé de Tawfiq Jaunbocus, Kailash Patan et Farook Pirbacosse, entre autres, décide de faire scission avec le ju-jitsu traditionnel pour se consacrer à l’art brésilien.
«J’ai toujours été un peu bagarreur et c’est cet état d’esprit qui m’a donné l’envie de réussir dans la vie à travers un sport de combat. J’ai commencé par le ju-jitsu avec Sad Doolooa à Flacq et, tout en progressant dans ma carrière, j’ai fait partie des personnes qui ont œuvré à la création d’une fédération de ju-jitsu à Maurice. J’ai aussi pratiqué le kick-boxing jusqu’à ma suspension, suite à un tragique incident lors d’une compétition à Curepipe. Dégoûté par tout ce qui s’est passé et après les divergences survenues au sein du ju-jitsu traditionnel, je me suis tourné vers le jiu-jitsu brésilien», relate Tawfiq Jaunbocus, aujourd’hui détenteur d’une ceinture noire de premier degré. Il existe cinq grades pour la ceinture noire en jiu-jitsu brésilien.

Cette décision, notre interlocuteur la doit à son ami Pascal Pariné de La Réunion. C’est par l’entremise de ce dernier que Tawfiq Jaunbocus fait la découverte de cet art martial et s’y intéresse à tel point qu’il décide de partir au Brésil pour se former dans les prestigieuses écoles de Gracie Barra et De La Riva afin de transmettre ce savoir à d’autres Mauriciens.
Parallèlement, le Mauricien, épaulé par les membres des sept clubs, s’attelle à la création de la Mauritius Brazilian Jiu-Jitsu Federation (MBJJF). Celle-ci voit le jour en 2005. «Tout a commencé ici même à Médine Camp de Masque. Je me suis formé à l’art de cette discipline et je l’ai transmis aux autres adhérents. Tous nos champions, nos coaches ont été formés ici même. L’AJT de Médine Camp de Masque est le berceau de la discipline à Maurice. Athlètes et entraîneurs viennent des quatre coins du pays pour se perfectionner ici. Tous nos champions ont foulé ce tapis», souligne Tawfiq Jaunbocus.

Le centre de Médine Camp de Masque a une histoire particulière. Ce bâtiment a été construit par les athlètes, les membres ainsi que de nombreux volontaires. La construction a eu lieu de 2003 à 2005 sur une superficie d’environ 170 m², où sont aménagés, sur deux niveaux : une salle d’entraînement, des vestiaires, les bureaux de la MBJJF, une boutique spécialisée et une salle de conférence. Le site est équipé d’installations sportives et d’une cage de combat pour la pratique des arts martiaux mixtes.
Résilience et passion au cœur de la MBJJF
«Nous avions beaucoup de difficultés à l’époque pour trouver un endroit pour nous entraîner, alors nous avons décidé de contourner le problème en prenant les choses en main et en bâtissant notre propre salle d’entraînement. Cela reflète le parcours et l’image de la discipline car, malgré les contraintes sur notre chemin, nous avons continué à avancer en trouvant des solutions, dans la solidarité et en sortant beaucoup plus aguerris», révèle celui qui est employé comme training instructor dans la force policière.

Le centre compte une cinquantaine d’élèves âgés de 4 à 65 ans. On y enseigne le jiu-jitsu brésilien, les arts martiaux mixtes et la boxe thaïe selon un planning bien établi du lundi au dimanche.
En 21 ans, ce sport a beaucoup évolué. Passant d’une discipline méconnue – beaucoup considéraient la MBJJF comme une petite fédération –, il a su, avec le temps, s’enraciner profondément dans le paysage sportif du pays, avec plus de 3000 membres dont 200 éléments féminins répartis dans une quarantaine de clubs à Maurice et à Rodrigues.

Le tout sans grand soutien de l’État. La MBJJF, après avoir été reconnue par l’État mauricien en 2014, perd sa reconnaissance deux ans plus tard avec l’introduction du Sports Act de 2016. Le jiu-jitsu brésilien n’étant pas une discipline olympique et n’étant pas non plus reconnu à travers le Sport Accord, ne bénéficie pas des mêmes privilèges et soutiens financiers que d’autres instances sportives nationales.
En dépit de ce manque, la famille du jiu-jitsu brésilien local se serre les coudes et, avec l’aide de ses collaborateurs, continue à s’épanouir à travers le pays. Les contraintes financières n’ont pas empêché la discipline de voir émerger des champions du monde de la trempe de Tawfiq Jaunbocus (2017) et Kailash Patan (2017 et 2022), ainsi que d’autres jeunes issus de ses rangs.

La preuve que face à l’adversité, il ne faut jamais abandonner. Le mental de fer des membres de la MBJJF leur permet de réussir là où beaucoup auraient sans doute renoncé. La route est encore longue, mais rien n’est impossible si l’on a la volonté d’avancer.
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