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Il a contribué au développement de la filière porcine locale

Jacques Leroux, Mauricien de cœur, raconté par sa fille Jenny

19 octobre 2026

Cette histoire parle d’amour et de transmission. De père et de perte aussi. C’est celle de Jacques Leroux et de sa fille Jenny Leroux-Corny. Pour rendre un hommage à son «papounet», son «héros», la jeune femme a souhaité parler de cet homme d’exception qui est décédé le 13 août 2026, emporté par un cancer du pancréas. De cette vie riche, il reste un héritage précieux : des souvenirs, de l’amour et un livre. «D’une île à l’autre, d’une vie à l’autre», écrit à quatre mains au fil d’après-midi partagés. Arrivé à Maurice en avril 1974 avec 2 000 francs en poche, le Breton Jacques Leroux y passera 13 ans, contribuera au développement de la filière porcine et de la charcuterie locale, et rencontrera Noëlla, l’amour de sa vie. Mauricien de cœur, il n’a jamais vraiment quitté l’île. Aujourd’hui, Jenny raconte son parcours et l’empreinte qu’il a laissée dans la vie des autres…

Amour de père. «Mon papounet, «mon père, ce héros !», comme j’aimais l’appeler ! C’était aussi le titre d’un film tourné à Maurice dans les années 90 que nous adorions tous les deux. Mon papa, c’était tout pour moi : un homme drôle, généreux, profondément humain, avec qui j’entretenais une relation fusionnelle. Malgré la distance entre Ajaccio, où je vis, la Bretagne et Maurice, nous avions notre rituel : tous les midis, je l’appelais, ainsi que maman. Et gare à moi si je manquais un appel ! Dès qu'il réussissait à m'avoir au téléphone, il me lançait en créole : «Pa'nn tann twa zordi !», avant de se plaindre à maman : «To tifi pa’nn telefone zordi !» C’était tout lui ! Puis, le 13 août 2026, mon cœur s’est brisé. Un simple mal de dos avait révélé un cancer du pancréas. En une dizaine de jours, papa nous a quittés. Tout semblait irréel. Mais au milieu de cette immense douleur, une chose m’apaise : il est parti entouré des siens. Maman, mon frère Erwann et ma sœur Virginie. Nous étions là, tous ensemble, jusqu’au bout.»

Un dernier séga. «Nous avons voulu lui offrir une cérémonie à son image : belle, digne, émouvante, mais aussi empreinte de cette joie de vivre qui le caractérisait tant. Dans son magnifique cercueil blanc, orné de l’hermine et du triskell bretons, papa a reçu un dernier hommage où la Bretagne a rencontré Maurice. Parmi les chansons choisies, son séga préféré, Dialsa Embas Filao. Au cimetière de Rosporden, maman s’est avancée et a dansé devant son cercueil. Un dernier séga pour l’homme de sa vie, après 44 ans de bonheur et 40 ans de mariage ! Je dansais derrière elle, les larmes aux yeux. Soudain, un rayon de soleil a percé la grisaille bretonne. J’ai eu le sentiment que papa dansait avec nous. Un instant magique. Nous avons aussi respecté les traditions mauriciennes avec un autel en sa mémoire et huit jours de prière. Grâce à WhatsApp et Facebook, famille et amis, de Maurice à l’Australie, ont pu se joindre à nous. Même après son départ, papa continuait de rassembler ceux qu’il aimait.»

Un livre, un héritage. «Papa a toujours aimé raconter ses aventures ! Et, croyez-moi, il en avait à raconter ! L’idée du livre a véritablement pris forme lorsque je lui ai expliqué que j’avais accompagné mon patron, Me Spadoni, un notaire connu et respecté en Corse, dans la réalisation de son propre ouvrage. Je lui ai montré le livre et là, sa réaction a été immédiate : «Moi aussi, je veux faire pareil !» Et voilà, l’aventure était lancée et c’était quelque chose ! Tout s’est goupillé pendant le séjour de mes parents en Corse, entre novembre 2025 et février 2026. Chaque après-midi, après le travail, je retrouvais papa. Il m’accueillait avec son fameux : «Bon allez, on bosse now ?» Installés sur le canapé, lui avec ses carnets, moi devant l’ordinateur, nous donnions forme à ses souvenirs. Nous corrigions, reformulions parfois, avec un peu d’aide de l’intelligence artificielle, mais toujours en préservant ses mots, son humour et sa personnalité. En recueillant ses souvenirs, j’ai mesuré à quel point papa avait marqué la vie de ceux qu’il avait croisés. Il tenait à former ses équipes mauriciennes, à transmettre son savoir-faire et à aider ses employés, y compris dans leurs difficultés personnelles. Les témoignages d’affection, comme cette maquette de bateau offerte par ses employés à son départ, en disent long. Aujourd’hui encore, des inconnus me disent : «Votre père était un homme irréprochable.» Ces mots me bouleversent. Ce livre m’a permis de mesurer davantage la grandeur de cœur de celui que j’ai toujours connu. Aujourd’hui, cet ouvrage représente bien plus qu’une biographie. C’est sa voix, ses aventures, son humour, mais aussi le souvenir précieux de nos après-midi ensemble. Je pensais aider mon père à raconter sa vie. Je ne savais pas que nous étions en train d’écrire l’un des plus beaux souvenirs de la mienne.»

2 000 francs en poche. «Imaginez un peu : ce petit gars de Rosporden, au fin fond du Finistère, qui rêvait de devenir marin avant que son daltonisme ne l’oblige à renoncer à ce projet et à se tourner vers la charcuterie. Qui aurait imaginé qu’il parcourrait ensuite le monde et vivrait 13 années à Maurice ? Le 22 avril 1974, papa quitte la Bretagne avec 2 000 francs en poche et beaucoup d’enthousiasme. Il arrive comme coopérant français, avec pour mission de développer la filière porcine et la charcuterie locale. Mais première surprise : lorsqu’il demande où se trouve l’usine dans laquelle il doit travailler, on lui répond qu’elle n’existe pas encore ! Tout est à construire.

À Terre-Rouge, sur le site de Bois-Marchand (Salaison Coopérative de Terre-Rouge), il participe avec les équipes locales à la transformation d’anciennes bâtisses, que certains disaient hantées, en un premier laboratoire artisanal de charcuterie. Pas d’eau, pas d’électricité, presque pas de matériel… Il faut tout inventer, tout installer, parfois même fabriquer les équipements soi-même !

Mais papa était un homme de défis, ingénieux, déterminé et passionné par son métier. Peu à peu, la production démarre : jambons, bacon, pâtés, lard salé… L’objectif est ambitieux : remplacer les produits importés. L’activité se développe et aboutit à la création d’une véritable charcuterie au sein de la Mauritius Pig Marketing Cooperative Federation. Ce qui me touche particulièrement, c’est d’imaginer ce jeune Breton, arrivé presque sans rien connaître de Maurice, contribuer à développer une activité qui allait occuper 13 années de sa vie. Il était venu dans l’île pour exercer son métier. Il ne savait pas encore qu’il y rencontrerait Noëlla, l’amour de sa vie, et que Maurice deviendrait l’une de ses deux terres de cœur.»

Une histoire d’amour… «Papa était un grand romantique ! Son histoire avec maman ressemble à un conte de fées : un Breton débarqué à Maurice pour travailler, qui y rencontre la femme de sa vie. Séparés pendant ses vacances en France, il lui écrivait des lettres d’amour à n’en plus finir, parfois trois par jour ! Dans le livre de sa vie, il lui a dédié ces mots : «À toi mon amour qui me donne la lumière et l’amour depuis déjà 44 années de bonheur. Ton mari qui t’aime pour toujours. Jacques.»

... et de lien. «Maurice était bien plus qu’un lieu de rencontre : c’était devenu son île de cœur. Profondément Breton, papa était aussi, au fond, Breton-Mauricien, attaché à cette terre où il avait construit sa vie et fondé sa famille. Après 13 années de coopération, papa n’a jamais vraiment quitté Maurice. À la retraite, l’île est redevenue son petit paradis. Pendant plus de 20 ans, il a retrouvé ses habitudes à Flic-en-Flac, sur la plage devant Villa Caroline, où il installait presque religieusement son sac et sa serviette. La Bretagne lui avait donné ses racines, Maurice, l’amour et une famille. Il avait deux terres dans le cœur, et aucune n’a remplacé l’autre.»

«D’une île à l’autre, d’une vie à l’autre»

L’ouvrage, conçu comme un témoignage familial destiné à ses proches, n’est pas commercialisé. Toutefois, les Mauriciens qui ont connu Jacques Leroux et souhaitent en découvrir davantage sur sa vie peuvent contacter 5-Plus ; nous transmettrons leurs messages à sa fille. Avec sa maman, elle envisage de partager certains passages, notamment ceux consacrés aux 13 années de Jacques Leroux à Maurice.

Avec sa fille Jenny, son épouse Noëlla et en famille, tous ensemble lors du dernier Noël.

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