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Ils recueillent le nourrisson qui avait été abandonné dans un sac de riz

Jean et Marie : «Solea, notre beau cadeau tombé du ciel»

31 août 2025

Avec Solea, Jean et Marie sont maintenant une famille de trois, et ils sont prêts à affronter tout ce que la vie leur réserve avec leur petit ange à leurs côtés.

Comme tous les couples, ils rêvaient de fonder une famille après leur mariage il y a 18 ans. Les mois sont passés, les années se sont écoulées, et le miracle tant attendu ne s’est pas produit… jusqu’à ce mardi 26 août. Grâce au service Foster Care du ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille, Jean et Marie sont devenus les heureux parents d’accueil d’une petite fille, celle-là même qui avait été découverte le 5 août, abandonnée dans un sac de riz. Ils nous racontent les premiers jours de leur bébé dans leur foyer et leur bonheur d’être aujourd’hui maman et papa...

Quand ils en parlent, l’émotion monte tout de suite. Et on devine tout aussi vite à quel point leur cœur est submergé d’amour. Car pour Jean, 45 ans, travaillant dans le secteur de l’alimentation, et Marie, 44 ans, femme au foyer (NdlR : des prénoms d’emprunt), devenir parents était un rêve qui, avec le temps, avait perdu son intensité, sa force et sa réalité. Après 18 ans de mariage, ce couple qui désirait tant avoir un enfant a tout tenté, en vain. Mais depuis ce mardi 26 août, la vie de Jean et de Marie a pris une nouvelle dimension lorsqu’ils ont accueilli une petite fille de 22 jours à peine, qu’on connaît aujourd’hui comme Solea – un prénom choisi par le couple –, celle-là même dont l’histoire occupe l’actualité depuis le 5 août. Ce jour-là, elle avait été découverte abandonnée – son cordon ombilical toujours rattaché à son petit nombril – dans un sac de riz accroché à un portail à Stanley, Rose-Hill. L’île Maurice entière découvrait alors la triste réalité de ce nourrisson livré à lui-même, sans parents, sans famille, sans rien...

Jean et Marie, qui avaient suivi cette actualité, étaient alors bien loin de se douter que leur destin allait être lié à ce petit être à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. Durant ces trois dernières semaines, la Fostering Unit du ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille n’a cessé de remuer ciel et terre pour trouver une famille d’accueil à la petite fille. «Après 12 exercices de “matching”, les résultats se sont révélés concluants et un couple a été sélectionné pour agir en tant que parents d’accueil de la petite fille. C’est après un processus rigoureux (…) que le couple, qui a obtenu son certificat de parents d’accueil en janvier 2025, a pu prendre dans ses bras la petite fille», souligne un communiqué du ministère. Un rêve devenu réalité pour Marie et Jean. «On n’est pas là pour juger, ni pour condamner celui, celle ou ceux qui ont abandonné l’enfant. Ce qui est arrivé est arrivé. Quand on a suivi cette actualité, comme de nombreux Mauriciens, on a été attristés et choqués. Pourquoi cela existe-t-il ? Comment est-ce arrivé ? On ne savait pas, à ce moment-là, que ce petit enfant allait transformer notre vie», nous confie Jean qui, depuis quelques jours, est aux petits soins pour Solea.

La petite fille, qui a déjà volé le cœur de ses parents d’accueil, est, selon leur dire, une véritable bénédiction. Elle apporte, disent-ils, de la joie et de la lumière dans leur maison – où sa chambre a été aménagée avec amour –, et ils sont reconnaissants pour chaque moment passé avec elle. Un bonheur intense, c’est ce qu’éprouvent Jean et Marie à chaque fois qu’ils plongent leurs yeux dans le regard de ce bébé. Ils le ressentent aussi à chaque fois qu’ils pensent à toutes les étapes ayant précédé l’arrivée de ce petit ange dont chaque pleur et chaque petit gazouillement provoquent en eux un tourbillon d’émotions.

«On l'a attendu toute notre vie»

C’est ce lundi que le Placement Order valide pour un an a été obtenu auprès de la Children’s Court. «Cela signifie que les parents d’accueil pourront, en toute quiétude, l’élever durant une année (du 25 août 2025 au 25 août 2026). Toutefois, les officiers du ministère garderont un droit de regard sur la situation, conformément aux dispositions légales, afin de s’assurer que cette petite fille évolue dans des conditions optimales. Il faut souligner que plus d’une cinquantaine de personnes se sont manifestées auprès de notre service de Fostering après l’annonce de l’abandon de l’enfant le 5 août», précise le communiqué du ministère.

Ce moment où ils pourraient chérir leur enfant, lui donner son biberon, lui faire prendre son bain, le câliner, Jean et Marie l’attendaient depuis longtemps. «On était heureux ensemble, mais il nous manquait quelque chose. Il n’y a pas de mots pour décrire ce que nous ressentons maintenant que nous sommes enfin parents. Pour mon épouse et moi, c’est formidable d’être la mère et le père de ce petit trésor qui a connu des premiers jours bien tristes sur la terre. On l’a attendu toute notre vie. On attendait de vivre ces instants depuis longtemps», nous confie Jean, ému.

Pendant des années donc, ils ont espéré de tout leur cœur pouvoir chérir un enfant. «On a essayé pendant longtemps, très longtemps, d’avoir un enfant. On a tenté plusieurs traitements. On s’est battus. C’était comme une guerre qu’on livrait. C’était stressant, perturbant. On a enchaîné les examens et au final, on nous disait à chaque fois : “Désolé…” Ça a été notre réalité jusqu’à ce qu’on se décide à accepter notre sort. Mais tout a changé lors d’un voyage en Thaïlande. On a vu la misère et ça nous a touchés. En rentrant à Maurice, mon épouse m’a dit : “Et si on essayait le foster care ?” On s’est lancés et on a été très surpris par tout l’encadrement reçu. Il y a là-bas une équipe formidable. On sera toute notre vie reconnaissants pour le travail qu’elle fait. Je remercie également madame la ministre Arianne Navarre-Marie et toute son équipe», ajoutent Jean et Marie avant de revenir sur la semaine écoulée.

«Toute l’île Maurice a vécu cela avec nous. Tout a commencé il y a deux semaines. J’étais au boulot quand j’ai reçu un appel. Un représentant du Foster Care m’a demandé si mon épouse et moi étions prêts à accueillir un enfant chez nous. Du plus profond de mon cœur, j’ai ressenti quelque chose de fort. J’ai fait le rapprochement et j’ai tout de suite demandé à la personne qui était au téléphone s’il s’agissait du bébé qui avait été retrouvé abandonné dans un sac, et elle me l’a confirmé. Puis, les choses se sont vite enchaînées. Le lendemain, on s’est déplacés et le personnel qualifié a procédé à des études plus approfondies sur nous, et nous avons à nouveau été reçus par un psychologue, car nous avions déjà fait l’objet d’enquêtes lorsque nous avions commencé les procédures pour devenir des parents d’accueil il y a une année. Quelques jours plus tard, on a eu rendez-vous à la cour, et ce mardi 26 août, Solea, âgée à ce moment-là de 22 jours, est devenue membre de notre famille. Je ne vous cache pas que durant tous ces jours, on est passés par plusieurs émotions. C’est une très belle aventure qui commence pour nous. Après avoir été pendant longtemps à deux, nous sommes maintenant à trois. Et pour nous, notre avenir, c’est maintenant elle, notre Solea.»

Ce prénom, Jean et son épouse l’avaient déjà choisi avant même d’avoir vu l’enfant. «C’est ma femme qui a trouvé ce prénom. Notre Solea, notre petit rayon de soleil et notre beau cadeau tombé du ciel. Elle est venue réchauffer notre cœur en faisant de nous des parents, et elle est aussi venue ajouter tout plein de couleurs dans notre foyer.» Marie ne cache pas être très motivée par son rôle de maman. «Depuis ce mardi, notre vie a été complètement chamboulée, dans le bon sens. On éprouve une grande joie, un grand bonheur. Je suis maman. J’attends ce moment depuis 18 ans», nous confie-t-elle avant d’être rappelée par les pleurs de Solea. Pour elle, comme pour son époux, ces petits cris s’apparentent à une douce mélodie qui est venue égayer leur quotidien.

«C'est un très bon bébé...»

«Ce qu’on vit depuis quelques jours est incroyable. Bébé se porte magnifiquement bien. Après si longtemps, notre foyer accueille un nouveau membre, et ce qui nous anime est indescriptible. Dans notre couple, il nous manquait cela : avoir des cris d’enfants dans notre maison. Depuis qu’on a su qu’un bébé allait venir agrandir notre famille, les gens autour de nous nous disaient “zot pare pou pa dormi aswar la ?”, mais franchement vous dire, la petite fait ses nuits. Elle s’alimente bien et elle dort bien. On est bien entourés et encadrés par des proches qui ont de l’expérience. Ils nous ont proposé leur aide, croyant que les premiers jours allaient être difficiles car la petite a changé d’environnement après avoir vécu quelque temps à l’hôpital, mais tout se passe très bien. Solea donne l’impression qu’elle se sent déjà chez elle. Elle est bien réglée. Dès qu’elle se réveille, elle veut son biberon, puis fait son rot, et après elle se rendort. C’est un très bon bébé qui a déjà sa petite routine. Ses premiers jours dans notre foyer se passent très bien. C’est notre petit miracle. On réalise encore difficilement qu’on a un petit ange chez nous», ajoute Jean.

Il repense avec émotion à ce dernier recours qui leur a été salutaire. «Ça fait une année qu’on a postulé pour être des parents d’accueil et depuis, on attendait pour accueillir un enfant chez nous... J’encourage tous les couples, tous ceux qui rêvent de devenir parents, de ne pas laisser tomber leur rêve et de penser au foster care. C’est vraiment une solution pour permettre à ceux qui le veulent de devenir des parents et, en même temps, de donner une chance à un enfant à qui la vie n’a pas fait de cadeaux», poursuit Jean, qui a aussi une pensée pour tous ceux et celles qui se sont occupés de Solea ces dernières semaines : «À l’hôpital de Candos où elle était, j’avais été très touché quand j’avais vu que sur son dossier, il y avait le mot “unknown” à côté de son nom, alors que pour les autres enfants, il y avait leur prénom, leur nom et leur date de naissance. Pour Solea, il n’y avait rien. Cela m’avait m’avait chamboulé et même arraché une larme. J’ai demandé à ceux qui s’occupaient d’elle comment ils l’appelaient, ils m’ont répondu “Angel”. En hommage à toutes ces personnes qui se sont occupées d’elle et qui font aussi partie de son histoire, on va aussi lui donner le prénom Angel...»

L’avenir, le couple le place sous le signe de l’amour. «Nous allons profiter de chaque instant avec notre petite fille. Nous savons que nous avons été chanceux, et nous allons faire tout ce que nous pouvons pour lui donner la meilleure vie possible. Nous envisageons même d’enclencher les procédures d’adoption dès que les autorités nous donneront le feu vert», disent Jean et Marie en regardant celle qui est venue réaliser leur désir de devenir des parents... leur petit miracle après 18 ans d’attente.

Arianne Navarre-Marie, ministre de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille : «Je suis persuadée que la petite fille sera comblée et grandira dans un environnement propice à son épanouissement»

Elle a suivi le dossier avec beaucoup d’attention... Arianne Navarre-Marie se dit heureuse que l’histoire de la petite fille retrouvée abandonnée le 5 août connaisse un dénouement positif. «Je tiens d’abord à féliciter ce couple qui a été choisi pour prendre soin de ce bébé après l’exercice de matching. Je dirais sans hésitation que c’est un dénouement heureux, surtout pour ce bébé qui avait besoin d’une famille aimante. Je tiens aussi à remercier vivement le personnel de l’hôpital Victoria et tous les pédiatres et les médecins qui ont été, depuis le premier jour, au chevet de cette petite fille pour s’assurer qu’elle ait les soins nécessaires après la dure épreuve qu’elle a vécue. Aujourd’hui, nous voyons que c’est un bébé qui a retrouvé la joie de vivre, et nous ne pouvons qu’être fiers de ce que nos services et ceux de l’hôpital ont accompli. Je suis persuadée, en voyant sa famille d’accueil, qu’elle sera comblée et grandira dans un environnement propice à son épanouissement. Les parents d’accueil bénéficieront de l’accompagnement du ministère jusqu’au bout. Les parents m’ont confié qu’ils ont hâte que notre Adoption Bill soit votée pour entreprendre leurs démarches en vue d’adopter leur rayon de soleil», a déclaré la ministre Arianne Navarre-Marie.

En attendant son placement dans une famille, la petite avait été prise en charge par l’unité pédiatrique de l’hôpital Victoria.

La ministre souligne également sa volonté d’accélérer la présentation de la loi sur l’adoption à l’Assemblée nationale : «Le gouvernement est déterminé à aller vite avec cette loi. Mais je dois reconnaître que c’est un texte complexe et nous ne pouvons pas laisser de failles juridiques qui pourraient mettre en danger un enfant adopté. Nous discutons toujours avec le State Law Office (SLO) afin de proposer la meilleure loi possible.» Les autorités ont aussi profité de cette actualité pour inviter les parents désireux de prendre soin d’un enfant à s’enregistrer auprès du service Foster Care, en appelant au 187 (hotline), au 489 3081 (ligne fixe), au 5944 1993 (mobile), ou en envoyant un fax au 696 4558 ou un courriel à fostercaredivision@govmu.org.

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