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La charge mentale des femmes : c’est du lourd !

9 mars 2025

Pour quelques secondes, faites le vide. Pensez à une journée type. 24 heures presque banales dans votre vie. Comment ça s’enchaîne ? Qu’est-ce que vous faites ? Quelles sont les choses auxquelles vous devez penser ? Le rendez-vous du petit chez le pédiatre ? La commande de gâteau pour l’anniversaire de la grand-mère ? L’inventaire de ce qu’il y a dans le frigo pour prévoir un dîner ce soir ? Le planning mental des tâches ménagères pour que la maison ne ressemble pas au dépotoir de Mare-Chicose ? La liste des factures à payer ? Tout cela, alors que vous devez, en même temps, vous préparer pour une réunion de travail, répondre à la miss de l’école, rassurer votre maman qui a le blues et, SURTOUT, ne pas oublier d’envoyer des petits cœurs à votre moitié !

Zafer la diffeiiiiiii ! Ouf, ça sent le cramé ! Le concept de la charge mentale met en lumière le postulat suivant : il ne suffit pas d’accomplir les tâches au moment T, il faut y penser, les planifier, les hiérarchiser, les anticiper et ne pas les oublier (surtout) : «La charge mentale des femmes à Maurice en 2025, comme dans de nombreuses autres sociétés, reste une problématique importante. La charge mentale se réfère au poids invisible des tâches quotidiennes et des responsabilités souvent liées à la gestion du foyer, à l’éducation des enfants, et à la prise en charge de la famille. Cette charge pèse de manière disproportionnée sur les femmes, même si des progrès ont été réalisés dans le domaine de l’égalité des sexes», explique Anjum Heera Durgahee, psychologue.

Pa fasil bann madam ! Alors pour les femmes qui sont appelées – oh monde impitoyable ! – à tout gérer, il n’y a pas une seconde de répit. Un surmenage propice à l’accumulation des frustrations. Les femmes emmagasinent. Dans leur tête, plusieurs work in progress : plusieurs compartiments restent ouverts en permanence. La vie n’est pas la plus fastoche pour bann madam (maison, boulot, mari, enfant : ça a l’air banal dit comme ça, mais c’est une pression inimaginable) : «Dans la culture mauricienne, on s’attend à ce que ce soit la femme qui soit le home maker, même si elle travaille. C’est ancré dans notre culture, même si ça bouge timidement avec la nouvelle génération, cela va prendre encore beaucoup de temps pour casser ce code», explique la psychologue Girisha Dhunoo. Anjum Heera Durgahee est aussi de cet avis : «À Maurice, où les traditions et attentes sociales continuent d’influencer la répartition des rôles, les femmes sont souvent attendues à concilier vie professionnelle et responsabilités domestiques. Bien que les femmes soient de plus en plus présentes sur le marché du travail, une grande partie de la gestion domestique et des tâches liées à la famille leur incombe encore.»

La Journée mondiale des droits de la Femme, observée le 8 mars, est l’occasion idéale de faire le point sur un sujet qui vous les brise, mesdames : cette fichue charge mentale. Avec des témoignages, des conseils et des propositions de solutions, parlons-en !

Ça surchauffe ! Neeshi, 42 ans, nous répond, un brin essoufflée ce matin-là ; elle jongle avec son petit dernier de 2 ans qui est malade et qui est à la maison et un dossier hot qu’elle doit soumettre ASAP (mais aussi avec la gestion des repas, du ménage, du repassage vu qu’elle est à la maison de toute façon, non !) : «J’ai eu la possibilité de work from home pour pouvoir m’occuper de mon fils. Mais je cours dans tous les sens, comme d’habitude.» À la maison, c’est toujours Neeshi qui prend congé pour les enfants, qui s’arrange avec le travail, qui gère les médicaments, les bobos, les rendez-vous médicaux : «Mon mari estime que je fais ça très bien et que, donc, je dois toujours le faire. Pourtant, nos postes sont similaires. Nous avons le même niveau d’études et de responsabilités. Par moment, ça m’agace. Je me suis résignée, ça doit être ça être maman. Se sentir toujours en surchauffe ! Je ne vais pas mentir, ça crée énormément de frustration, mais ki pou fer ?» lance-t-elle, résignée. La charge mentale, elle sait ce que c’est. Elle en prend des claques tous les jours. Mais dans un système qui refuse de bouger, elle ne sait pas comment faire autrement : «Mon époux est very charming, un homme de son temps. Moderne, même. Mais sur ces points-là, c’est à moi de gérer !»

Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? C’est la phrase adoooorrrrrééée de Chantal, 50 ans ! Comme si le repas du soir était une responsabilité de genre. Si elle devait résumer la charge mentale, ce serait à travers cette question perpétuelle – comme un sort jeté aux femmes ! – qui lui enflamme les oreilles tous les jours : «Je dois penser, réfléchir, prévoir, prendre en considération les envies, les restrictions des uns et des autres comme si cette tâche m’incombait tout naturellement ! Je trouve ça incroyable. Je trouve que ça défie toute logique. Mais visiblement c’est comme ça, sinon on mange des fast-foods, on mange n’importe quoi.»

«Tu as compris ?» Mélanie, 34 ans, préfère parler de la charge mentale avec un brin d’humour (elle rit jaune !) : «Je vais vous parler de deux situations cocasses où je trouve que la charge mentale s’illustre parfaitement. 1) On va chez le pédiatre (j’ai pris rendez-vous), le médecin (homme) explique tout concernant la petite qui est malade en ne regardant que mon mari, ce qui est déjà limite et lorsque l’on sort de là, mon époux me lance "Tu as compris ?". Il a décidé qu’il ne retiendrait rien des médicaments et des doses à donner à notre fille. Que ce serait à moi de tout gérer, de tout penser, de tout organiser. Ouais, il peut se permettre ça. Et malheur à moi si j’ai loupé ou mal compris quelque chose ; quel genre de mère serais-je ! 2) Vous savez que nous les femmes, hein, nous sommes des calendriers : l’anniversaire de XYZ, le cadeau à acheter, le message à envoyer, entre autres. Je vois ça avec ma belle-famille. Quand mon mari débarque avec un cadeau, il a tous les éloges (alors qu’il n’a rien fait). Et quand il oublie (et que je n’ai pas fait le background work), c’est moi qui passe pour la méchante. Joli, non ?»

Quelles répercussions ? La psychologue, Anjum Heerah Durgahee, répond à la question suivante : quelles sont les répercussions de la charge mentale sur la santé mentale et physique des femmes ?

«Santé mentale : la surcharge de responsabilités, la pression constante de jongler entre différents rôles et le manque de temps pour soi peuvent entraîner du stress, de l’anxiété et, dans certains cas, la dépression. Le sentiment de ne pas pouvoir répondre aux attentes sociales, familiales et professionnelles peut aussi contribuer à une faible estime de soi.

Santé physique : la charge mentale peut aussi avoir des effets sur la santé physique. Le stress prolongé peut engendrer des problèmes tels que des troubles du sommeil, des douleurs chroniques (maux de tête, douleurs musculaires) et des troubles liés à une alimentation déséquilibrée ou à une absence d’exercice physique. Les femmes, souvent occupées à s’occuper des autres, peuvent négliger leurs propres besoins de santé.»

Des solutions ? La professionnelle de santé mentale parle de partage des tâches et de création de politiques publiques pour le soutien des femmes : «Pour remédier à cette situation, il est essentiel de promouvoir une véritable égalité des tâches domestiques et de créer des politiques publiques qui soutiennent les femmes et leur permettent de mieux équilibrer leur travail et vie professionnelle. Le manque d’un réel soutien social et institutionnel, comme un accès limité aux services de garde d’enfants ou à des horaires de travail flexibles, complique encore l’équilibre entre vie professionnelle et familiale. Cela peut entraîner une surcharge émotionnelle et physique chez les femmes. Alors il faudrait œuvrer pour l’amélioration de l’accès aux services de garde d’enfants, l’instauration de congés parentaux plus équitables et des environnements de travail plus flexibles. La Journée internationale des femmes en 2025 pourrait être un moment idéal pour sensibiliser à ces questions et pour promouvoir des solutions visant à alléger la charge mentale des femmes, et ainsi améliorer leur bien-être global.»

Allez, on gère ! Femme surmenée, ceci vous concerne. Voici des conseils pour souffler.

On dédramatise. Vous n’avez pas pensé à TOUT ? Siloy sa ! Ne pas avoir appelé le tonton, changé le bol d’eau du chat et fait des collages pour le devoir de maternelle de la petite dans le bon ordre des couleurs de paillettes ne va pas mettre en danger de mort la planète Terre. La recherche de la perfection est une quête épuisante. Vous n’avez pas à être la petite fille parfaite pour être aimé ; you are enough ! «Ne soyez pas trop dure envers vous-même. Oui, les femmes ont tendance à vouloir se surpasser, mais cela peut entraîner de l’anxiété, de la fatigue chronique et même la dépression. Prenez votre journée normalement : vous ferez ce que vous pourrez», explique Girisha Dhunnoo.

On apprivoise ses frustrations. Votre enfant n’a pas mis la table comme vous le lui aviez demandé. Pourtant, vous faites tout dans cette maison. Un mini coup de main, ce n’est pas trop demandé, non ? On est bien d’accord. Mais il serait plus judicieux de garder son calme pour lui parler afin de ne pas le braquer : c’est une bonne occasion de s’asseoir et de discuter un peu afin de mettre les points sur les i. Pour ne pas vous laisser submerger par les émotions, il serait judicieux de s’inspirer des cours de relaxation et de yoga. On inspire, on expire. Et on essaie de se trouver des plages de sérénité.

On écrit. Prendre le temps de coucher sur papier ce que vous ressentez, vous permettra de prendre de la distance.

On ne refoule pas. Dites, partagez, exigez : il vaut mieux s’exprimer que de laisser s’entasser les frustrations et d’exploser de fatigue, de nervosité, de pa kone. La psychologue le dit : «Vous n’avez pas à essayer de tout faire vous-même. Partagez les tâches ménagères. Mais c’est évident que si le mari/papa/boyfriend/cousin pense à dire “Relax, je gère”, ça peut, quand même, changer pas mal de choses.»

On se défoule, on se fait du bien. On fait du sport. On prend des pauses : «Prendre un break, ça peut vraiment aider. On peut aussi faire des choses qui nous rendent heureuses : jardiner, lire un livre, regarder la télé. Le me-time est essentiel.» Ce n’est pas être égoïste, hein. Tirez ça de votre tête !

On ne s’acharne pas. Le tempo ne veut pas souffler ? Pourtant, ça fait des heures que vos haricots rouges cuisent. Vous pouvez tempêter sur des choses que vous ne pouvez pas contrôler sauf si vous avez la science de la cocote minute. Acceptez la situation, quittez ce moment pénible… et demandez aux enfants/au mari de préparer des frites ! Vous avez compris le concept, non ?

On accepte. Oui, tout ne peut pas être parfait et on l’accepte.

Vous pouvez la contacter

Membre de l’Allied Health Professionals Council of Mauritius (AHPC), Anjum Heera Durgahee est psychologue clinicienne. Elle offre des consultations privées à Curepipe. Vous pouvez la contacter au numéro suivant : 5794 1339.

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