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Par Cloé L'Aimable
7 février 2026 10:17
Pertes de mémoire répétées, difficultés à s’exprimer, désorientation, changements de comportement ou d’humeur… Ces signes, souvent banalisés, peuvent pourtant révéler l’apparition d’une démence. Lorsqu’ils surviennent, l’inquiétude s’installe progressivement, aussi bien chez la personne concernée que chez ses proches, parfois démunis face à des changements qu’ils ne comprennent pas toujours. Pourtant, un diagnostic précoce permet une meilleure prise en charge et améliore la qualité de vie. Encore faut-il savoir reconnaître les premiers signaux d’alerte et adopter les bons réflexes. La doctoresse Hansini Palaram Poorun, neurologue, nous éclaire sur les signes à ne pas ignorer et partage ses conseils pour agir avant qu’il ne soit trop tard.
Avez-vous déjà entendu parler de la démence ? Si oui, attention à ne pas tout confondre. Souvent méconnue ou confondue avec les simples oublis liés à l’âge, la démence est pourtant une réalité qui touche de nombreuses familles, ici comme ailleurs. Il ne s’agit pas d’une maladie unique, mais d’un ensemble de troubles qui affectent progressivement le fonctionnement du cerveau. «La démence se caractérise par une perte progressive et globale de la mémoire, accompagnée d’une détérioration des facultés mentales telles que le raisonnement, le langage, l’orientation dans le temps et l’espace, ainsi que la capacité à prendre des décisions. Avec le temps, ces troubles deviennent suffisamment importants pour impacter l’autonomie dans la vie quotidienne. Des gestes simples, comme se souvenir d’un rendez-vous, gérer son argent ou reconnaître un proche, peuvent alors devenir de véritables défis», nous explique la neurologue Hansini Palaram Poorun.
Les causes
Habituellement, la démence apparaît à partir de 65 ans. Cependant, il existe également des formes précoces qui peuvent toucher des personnes plus jeunes. La démence peut avoir des origines multiples. Identifier la cause est essentiel, car certaines formes sont irréversibles, tandis que d’autres peuvent être traitées ou améliorées lorsqu’elles sont détectées à temps.
Les signaux d’alertes
Les troubles de la mémoire ne se manifestent pas du jour au lendemain. Ils apparaissent souvent progressivement et peuvent, avec le temps, interférer avec les activités de la vie quotidienne. Certains signes doivent alerter, surtout lorsqu’ils deviennent fréquents ou s’aggravent. «Parmi les premiers indices, on note des oublis répétés qui perturbent le quotidien : des rendez-vous manqués, la perte de documents importants ou encore une difficulté à se souvenir de conversations récentes», explique Hansini Palaram Poorun. La personne peut également avoir du mal à se rappeler des noms de personnes connues, y compris ceux de membres de sa famille, ou à trouver ses mots lors d’une discussion.
La désorientation dans l’espace est un autre signe fréquent. Il arrive que la personne se perde dans des lieux pourtant familiers, comme son quartier ou un endroit qu’elle fréquente depuis longtemps. Des difficultés à comprendre ou à suivre des consignes simples peuvent aussi apparaître. Avec le temps, la personne peut ne plus se souvenir de dates importantes, de lieux ou d’événements récents, et montrer un déclin progressif des compétences liées à des actions autrefois maîtrisées, comme préparer un repas, gérer son budget ou organiser sa journée.
Enfin, les troubles de la mémoire s’accompagnent parfois de changements de comportement ou de personnalité. Irritabilité, tristesse, dépression, anxiété ou agressivité peuvent survenir, traduisant souvent une souffrance face à la perte de repères.
Les types de démences
Il existe de très nombreux troubles pouvant se traduire par une démence. Afin de mieux les comprendre, les professionnels de santé les classent généralement en deux grandes catégories : les démences primaires et les démences secondaires. Le Dr Hansini Palaram Poorun explique que les démences primaires sont celles dont la cause est directement liée à une atteinte progressive et irréversible du cerveau. Certaines démences sont également liées à des atrophies héréditaires rares, comme la maladie de Huntington ou le CADASIL. Les démences vasculaires représentent, elles, environ 15 à 25 % des cas. Enfin, les démences secondaires, qui représentent 7 à 15 % des cas, sont liées à des causes potentiellement réversibles.
- Les démences neurodégénératives : elles sont causées par une détérioration progressive des cellules du cerveau. Parmi les plus connues figurent la maladie d’Alzheimer, la démence frontotemporale, la démence à corps de Lewy, ainsi que des affections plus rares comme la paralysie supranucléaire progressive.
- Les démences vasculaires : elles résultent de troubles de la circulation sanguine dans le cerveau. Des maladies comme le diabète, l’hypertension artérielle ou un taux de cholestérol élevé augmentent le risque d’atteinte des vaisseaux cérébraux, pouvant provoquer des lésions responsables de troubles cognitifs.
- Les démences mixtes : il s’agit d’une combinaison de plusieurs mécanismes, le plus souvent neurodégénératif et vasculaire
- Les démences secondaires ou réversibles : certaines démences sont liées à des causes potentiellement réversibles. Elles peuvent être provoquées par des carences en vitamines (B12, folates, thiamine, notamment dans le syndrome de Wernicke-Korsakoff), des troubles thyroïdiens, une dépression sévère, des infections (comme le VIH), la privation de sommeil, les effets secondaires de certains médicaments ou encore une consommation excessive d’alcool.
Comment cela affecte-t-il la vie quotidienne ?
La démence impacte tous les aspects de la vie quotidienne, rendant certaines tâches simples de plus en plus difficiles et augmentant la dépendance de la personne aux proches. La neurologue, souligne que les personnes atteintes de démence ont du mal à se rappeler des conversations récentes et à retenir des événements importants, comme un rendez-vous médical, la prise de médicaments ou des dates importantes comme le Nouvel An. Ces oublis peuvent perturber le quotidien et la planification des activités.
Se déplacer peut devenir un défi. Les personnes peuvent se perdre dans des lieux familiers, se sentir confuses et voir leurs déplacements devenir plus risqués. De plus, gérer un compte bancaire, faire les courses ou payer ses factures peut rapidement devenir compliqué. Les erreurs de paiement ou les dettes imprévues sont fréquentes. Même les tâches simples comme préparer un repas, s’habiller correctement ou se doucher deviennent difficiles. À mesure que la maladie progresse, la personne développe une dépendance croissante envers ses proches et ne peut plus se débrouiller seule.
Comment se fait le diagnostic de la démence ?
La neurologue Hansini Palaram Poorun indique que le diagnostic de la démence repose sur trois grandes étapes : l’anamnèse (l’historique du patient), l’examen clinique et les examens complémentaires.
1. Anamnèse et entretien clinique (examen physique, neurologique et neuropsychologique)
Le médecin commence par recueillir les symptômes pour évaluer la mémoire, le langage, le raisonnement, l’orientation et l’autonomie du patient. Il s’intéresse à la chronologie et à l’évolution des signes :quand ils ont commencé et comment ils progressent. L’impact sur la vie quotidienne est également analysé : gestion des finances, prise de médicaments, sécurité à domicile, activités domestiques, etc. Le professionnel prend aussi en compte des facteurs contextuels comme l’état de santé général – sommeil, humeur, consommation d’alcool ou de médicaments – et les antécédents familiaux de démence. L’examen physique et neurologique complète cette étape, suivi de tests cognitifs standardisés comme le MMSE ou le MoCA, utilisés pour évaluer rapidement le niveau de fonctionnement cérébral.
2. Bilan biologique et dépistage des causes réversibles
Des analyses sanguines sont réalisées pour détecter des carences (vitamine B12, folates, thiamine), évaluer la fonction thyroïdienne, le métabolisme ou la présence d’inflammation. Parallèlement, le médecin recherche des causes réversibles qui peuvent provoquer des troubles cognitifs : dépression, carences nutritionnelles, infections, troubles hormonaux, troubles du sommeil, effets secondaires de médicaments ou encore maladie de Parkinson.
3. Imagerie cérébrale et examens complémentaires
L’IRM cérébrale permet d’objectiver le degré d’atrophie cérébrale, de dépister un antécédent d’accident vasculaire cérébral, une tumeur, une hydrocephalie ou une maladie rare comme la maladie de Creutzfeld-Jakob. Lorsque l’IRM n’est pas disponible, un scanner cérébral (CT) peut être utilisé. Dans certains cas, la ponction lombaire permet de mettre en évidence la présence des biomarqueurs comme la protéine TAU et l'AB42 qui forment des plaques dans le cerveau, responsables de la maladie d’Alzheimer.
Des conseils ?
Lorsqu’une personne souffre de démence, il est essentiel d’adapter son environnement et ses habitudes pour préserver sa sécurité, son autonomie et sa dignité. Voici quelques conseils pratiques que nous partage la doctoresse Hansini Palaram Poorun :
- Aménager le quotidien/sécuriser l’espace
Simplifier l’environnement : rangements clairs, horloges et calendriers visibles. Installer des aides pratiques comme piluliers, mémos, alarmes et téléphone avec contacts d’urgence. La sécurité à domicile est primordiale : tapis antidérapants, éclairage nocturne, supports muraux et suppression des risques dans la cuisine et la salle de bains. Selon le niveau de dépendance, une supervision par un soignant ou une résidence adaptée peut être nécessaire.
- Stimulations et activités adaptées
Maintenir l’engagement et l’autonomie grâce à des activités simples : puzzles, jeux de mémoire, musique ou jardinage léger. Ces stimulations préservent les fonctions cognitives et favorisent le bien-être.
- Respect et dignité
Impliquer la personne dans les décisions quotidiennes autant que possible et éviter la surprotection. Cela préserve son autonomie et limite la frustration. En outre, avec ces mesures, les proches peuvent offrir un accompagnement sûr, stimulant et respectueux, tout en améliorant la qualité de vie de la personne atteinte de démence.
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