Des travaux effectués sur une portion de plage à Riambel opposent le propriétaire d’un projet immobilier de luxe, des pêcheurs et la députée Joanna Bérenger. Entre accusations de destruction de la végétation côtière et démentis catégoriques du promoteur, les autorités sont désormais appelées à trancher. La polémique est née d’une vidéo diffusée en direct sur Facebook par un pêcheur de Riambel. On y aperçoit un bulldozer à l'œuvre sur une portion du littoral.
Selon plusieurs habitants, les travaux, entamés le 7 juillet et poursuivis le lendemain, auraient entraîné la destruction de végétation côtière, notamment des veloutiers, ainsi que l'aplanissement de dunes de sable, des éléments naturels essentiels à la protection du littoral contre l'érosion. Face à ces images, Joanna Bérenger s'est rendue sur place pour constater la situation. La députée du Fron Nasional Progresis estime que cette affaire dépasse le simple cadre d'un chantier privé et appelle les autorités à agir rapidement.
«Bann lotorite deza o kouran ena sa problem-la. Mo mem mo'nn signal lapolis lanvironman. Mo espere zot pou azir oplivit parski se enn mesaz for ki bizin avoye pou ki sa problem-la pa repete ek ousi pou ki sa proprieter-la vinn repar bann dega. Zordi ek lerozion bizin protez nou laplaz otan ki nou kapav. Saki finn raze la, bann veloutier, bann laliann bataran, bann dune disab kinn aplati se sa mem ki protez nou laplaz kont erozion. Sa ousi protez nou mem kont bann lefe resofman klimatik», a déclaré l’ancienne Junior Minister à l’Environnement.
Et d’ajouter : «Bann dune disab li konsidere kouma enn Environment Sensitive Area (ESA). Environment Act 2024 Section 25 dir ki ou pa gagn drwa modifie ou afekte enn ESA si ou pena permi. Li kler ki sa proprieter-la pena permi. Mo la mo pe trouve ki kan li'nn avoy so JCB sa inn vinn ziska bor lamer ek inn aplati enn bann dune disab ki finn afekte. Lalwa dir ki ena enn lamann minimum de Rs 50 000 pou sa. Ena ousi Pas Geometric Act. Si mo pa tronpe enn amandman 2020 inn azout enn seksion 7 ki dir ki mem si ou ena enn lease si ena enn dune disab ki fer parti ou lease ou pa gagn drwa modifie sa.»

Le principal concerné, Nicolas Oudin, propriétaire du projet d'appartements de luxe en bord de mer, rejette fermement ces accusations. Selon lui, aucune extraction de sable n'a été effectuée et les travaux visaient uniquement à réhabiliter un terrain inclus dans son bail. «La construction de ces appartements de luxe a débuté en 2020 et le chantier n'est pas encore terminé. Il n'y a pas eu d'extraction de sable. J'en ai acheté auprès de la Baie-du-Cap Estate pour des travaux d'embellissement. Il y avait énormément d'ordures devant le complexe et j'ai financé des travaux de réhabilitation sur cette partie de la plage», dit-il.
Selon ses dires toujours : «C'est un terrain à bail. Je n'ai effectué aucun nettoyage là où se trouvent les veloutiers. Tout est clair sur les documents : je n'ai rien fait de mal. J'ai conservé tous les veloutiers. À ce jour, j'ai déjà payé deux camions pour évacuer les déchets et un troisième sera bientôt rempli. La partie de terrain qui fait aujourd'hui polémique fait partie de mon bail.» Le promoteur précise également avoir déjà été entendu par la National Coast Guard et par des officiers du ministère de l'Environnement à la suite des plaintes formulées par des pêcheurs.
«J'attends maintenant la marche à suivre», confie cet habitant de l’Ouest. Selon nos informations, Nicolas Oudin a récemment repris ce bail. Le projet immobilier est commercialisé depuis plusieurs mois sur les réseaux sociaux. Les appartements sont proposés à partir de Rs 14,8 millions. Le chantier a officiellement démarré le 21 août 2023.
Cette affaire soulève une nouvelle fois la question de l'équilibre entre développement immobilier et préservation du littoral mauricien. D'un côté, le promoteur affirme avoir respecté les limites de son bail et entrepris des travaux de nettoyage. De l'autre, les pêcheurs et des défenseurs de l'environnement dénoncent une atteinte à un écosystème fragile. Les conclusions des inspections menées par la National Coast Guard et le ministère de l'Environnement seront désormais déterminantes pour établir si les travaux étaient conformes aux autorisations en vigueur ou s'ils ont porté atteinte à une zone écologiquement sensible.
Les autorités exigent un plan de réhabilitation
Dans un communiqué, le ministère de l’Environnement explique qu'une visite conjointe de plusieurs autorités s'est déroulée le 9 juillet à Riambel à la suite du défrichage d'un terrain loué à Nicolas Oudin et qu'elles ont constaté qu'une zone d'environ 20 m sur 40 avait été défrichée devant un bungalow.
Selon ledit communiqué, la plage n'a pas été touchée et aucune érosion ni modification de la topographie n'a été observée. Selon les autorités, le bail impose le maintien du sentier utilisé par les pêcheurs et le public. Les Services forestiers ont indiqué qu'une autorisation préalable aurait dû être obtenue avant le défrichage, conformément à la Forest and Reserves Act. Le Conseil de district a confirmé que le bungalow existant est conforme au permis de construire délivré.
Nicolas Oudin a expliqué avoir nettoyé le terrain en raison de la présence de détritus, de seringues et de bouteilles en verre, sans intention d'y construire une nouvelle structure. Il s'est engagé à maintenir le passage libre pour les pêcheurs et le public. Les Services forestiers engageront des poursuites pour infraction à la loi, tandis que Nicolas Oudin devra soumettre un plan de réhabilitation et remettre le site en état en collaboration avec les pêcheurs.