Elle prépare l’après-carrière. Christianne Legentil est loin d’avoir mis un terme à son parcours de judokate, mais comme de nombreux sportifs, la Mauricienne met progressivement en place les bases de sa reconversion, à l’image de nombreux sportifs de haut niveau. Aujourd’hui dans la trentaine, la jeune femme qui, pendant deux décennies a fait parler d’elle sur les tatamis, vient de décrocher son Brevet professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport, avec comme spécialité le judo et les activités physiques pour tous. Un précieux sésame que la sportive originaire de Rodrigues a acquis après quelques années de travail et de sacrifices.
«C’était difficile car il y avait beaucoup de travaux écrits et pratiques à faire, mais j’ai beaucoup appris, comme sur l’anatomie, la préparation physique, les particularités de différentes disciplines, entre autres. Le contact avec les élèves que j’ai encadrés à l’entraînement et dirigés en compétition a été une belle expérience. En plus de les superviser, il fallait aussi convaincre les parents en montrant que j’ai le niveau pour former ces jeunes. Cela s’est très bien passé», explique Christianne Legentil.
Ces diplômes de niveau 4 sont des outils importants, estime la judokate. Ce précieux sésame lui permet d'ouvrir son propre club ou d'exercer dans n’importe quelle discipline. «Je remercie tous ceux qui ont cru en mon potentiel durant toutes ces années et qui m’ont encouragée dans mes choix, à commencer par ma famille, mes amis, mes formateurs, la Fédération mauricienne de judo, le Trust Fund for Excellence in Sports (TFES), le ministère de la Jeunesse et des Sports, entre autres. Ce n’est pas évident de s’entraîner et de suivre une formation pour encadreur en même temps. Mais c’est très commun en France, beaucoup de sportifs le font, car ces formations représentent une porte de sortie pour leur avenir», poursuit la jeune femme.
Une collection de médailles
Cette dernière avance qu’une carrière sportive ne se limite pas à la formation d’un jeune et à son ascension vers le haut niveau, mais se poursuit ensuite dans le domaine de l’encadrement ou dans le service civil où les compétences de ces sportifs peuvent encore servir à la société.
Christianne Legentil s’est mise au judo à 11 ans au Judo Club Mangue, à Rodrigues. Douée dans l’art du randori, elle ne tarde pas à taper dans l’œil de ses entraîneurs et finit par concourir avec les seniors à 14 ans. Son potentiel lui permet de disputer ses premiers Jeux des îles en 2007 à Madagascar où elle décroche la médaille de bronze en -48 kg. Aux Seychelles en 2011, elle est de nouveau en bronze avant de briguer l’or en 2019 à Maurice et en 2023 à Madagascar.
Bien que cadette, elle obtient sa première médaille continentale en 2009, le bronze aux Championnats d’Afrique seniors à Maurice. Elle en aura sept au total, dont cinq en argent : 2014, 2015, 2017 et 2022 en seniors, et 2011 en juniors, et deux de bronze : 2009 et 2013 en seniors. Elle détient aussi deux médailles, une en bronze et une en or, à l’Open africain de Maurice de 2013 et 2014.
En 2010, elle décroche la médaille d’or en juniors aux championnats du Commonwealth à Singapour et le bronze en seniors avant d’offrir à Maurice sa première médaille à un Grand Prix en remportant successivement, en 2014, l’argent au Kazakhstan et le bronze en Chine. Une performance qui fait partie des meilleurs souvenirs de sa carrière. Elle participe aux Jeux olympiques de Londres en 2012 et à ceux de Rio en 2016 où elle termine 7e dans sa catégorie.
Christianne Legentil a fini cinquième aux Jeux de la Francophonie en 2013 puis médaillée d’argent en 2017. Sur le plan local, elle détient de nombreux titres nationaux et a été sacrée Sports Woman of the Year à trois reprises : 2012, 2014 et 2017.
Sa carrière n’est pas de tout repos. Christianne Legentil se blesse à deux reprises aux ligaments croisés du genou (2015 et 2018). Malgré ses deux opérations, elle revient toujours en force sur le tatami. «C’est un long parcours avec des hauts et des bas, mais je n’ai jamais baissé les bras. Chaque étape franchie m’a donné le courage d’aller plus loin», conclut la judokate qui espère pouvoir encore briller avant de tirer sa révérence.