L'aventure débute quand Désiré Laval Léopold, âgé de 9 ans, commence déjà à s’intéresser à différents métiers. D’abord, il explore le domaine de la menuiserie, puis s’intéresse au tressage du vacoa auquel il prend goût. «Mo rapel, mo premie kreasion ti enn tipti tant ron ki mo ti ranze pou mo papa kapav gard gro-disel», raconte-t-il.
À l’âge de 13 ans, il a déjà développé une bonne maîtrise du tressage même s’il se retrouve bien souvent seul durant son apprentissage. Une solitude qu'il comblera progressivement en transmettant son savoir à ses petits frères. En 1989, il décide d’ouvrir l’Atelier Frères Léopold avec l’objectif d’offrir un meilleur avenir à sa famille. Comme son nom l’indique, ce sont Laval et ses frères qui s’occupent alors de l’atelier. «Sakenn, kan zot ti pe retournn depi lekol, ti pe vinn donn enn koudme pou aranze ek fer tresaz. Nou ti pe travay ziska bien tar me se gras a sa kas-la ki mo finn resi investi dan ledikasion mo bann frer», confie Laval.
Aujourd’hui, même si ses frères ont changé de métier, le nom de l’atelier est resté pour symboliser l’effort collectif et la racine familiale de l’entreprise. Une autre personne ayant joué un rôle déterminant dans la survie de celle-ci est son épouse Anne-Marie qui travaille à ses cotés depuis longtemps. Elle nous explique comment le vacoa est transformé en différents produits.

D’abord, dit-elle, les feuilles de vacoa sont cueillies par des travailleurs qui possèdent un permis les autorisant à le faire dans les zones forestières avec une limite de feuilles imposée par personne. Puis, elles sont découpées en fine lanière avant d’être mises à sécher au soleil. Une fois qu'elles sont totalement asséchées, ce sont les mêmes travailleurs qui s’attellent à les tresser. «Avek letan nou finn trouve ki li pli konvenab pou bann travayer fer lakoup ek tresaz. Lisinplifie nou travay ek li permet nou donn sa bann dimounn-la enn lanplwa», souligne Anne-Marie.
Les lanières sont tressées jusqu’à ce qu’un long rouleau de plus de dix mètres soit obtenu. Les rouleaux sont ensuite envoyés à l’atelier. L’idée derrière un produit vient souvent de la demande d’un client. Chaque modèle possède un patron qui est superposé sur un rouleau avant que la forme voulue ne soit découpée. Ensuite, toutes les pièces sont cousues ensemble à la machine et les finissions sont ajoutées à la main.
Si un produit comme un plateau est confectionné, c’est Laval et sa connaissance de la menuiserie qui entrent en jeu. «Ou bizin osi kone kouma servi enn marto ek travay dibwa. Vakwa li bien solid me si li rant an kontak tro souvan ar delo li kapav pouri. Alor, pou enn plato par exanp, nou bizin pas enn ti kous verni lor vakwa-la.»
Laval étant aujourd’hui sexagénaire, c’est sa fille Karene qui gère l’atelier. Il l’a préparée pour cette responsabilité en lui transmettant tout son savoir d’artisan et trouve qu'elle se débrouille bien. Quand on parle de l’avenir de la profession, une pointe d’inquiétude se fait sentir car même s’il y a toujours une demande pour ce métier, Anne-Marie estime que la nouvelle génération ne s’y intéresse plus vraiment. Laval, lui, est plus optimiste ; le potentiel du métier et la demande croissante pour les produits en vacoa le font espérer que le métier survivra.