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Matricide à Saint-Paul

Laxmi, la fille de Sakoon Beeharry : «Mo frer ti fer lavi mo mama vinn enn lanfer»

7 mars 2026

La dernière photo de la la victime prise par sa fille en février dernier, lors d’une sortie dans un centre commercial.

Beedwantee Beeharry, 63 ans, plus connue comme Sakoon, a été brutalement tuée par son fils Kailash à Saint-Paul, le 3 mars. Victime de violences répétées depuis des années, elle vivait dans la peur et la solitude. Sa fille Laxmi revient sur ce terrible drame.

Perdre sa mère est une épreuve douloureuse. Mais lorsque celle-ci meurt sous les coups de son propre fils, le choc et la douleur deviennent insoutenables pour son ou ses autres enfants. Laxmi Ramkissoon en sait quelque chose. Son frère a tué sa mère il y a quelques jours. «Mo frer ti fer lavi mo mama vinn enn lanfer. Mo pa pou pardonn mo frer zame pou sa. Monn koz ek li lor telefonn gramatin. Li paret pena oken regre. Li pann mem prezant mwa so exkiz», confie Laxmi, encore sous le choc.

Le drame s’est produit dans la soirée du 3 mars. Ce soir-là, la police s'est déplacée au domicile de Sakoon Beeharry, 63 ans, à la suite d’une requête. Sur place, les policiers ont retrouvé la sexagénaire inconsciente, allongée dans la cour arrière. Malgré l’intervention du SAMU et la présence d’un médecin, elle a été déclarée morte peu après. Le rapport d’autopsie indique qu’elle a succombé à une fracture de la nuque. Kailash Beeharry, 43 ans, s’est constitué prisonnier le même jour au poste de police de Curepipe. Lors de son interrogatoire par la CID, il a reconnu avoir poussé sa mère, la faisant heurter un mur en béton, avant de lui cogner la tête à quatre reprises contre ce même mur. Il a comparu devant le tribunal de Curepipe le lendemain où une accusation provisoire de «murder» a été logée contre lui.

Laxmi raconte que le comportement violent de son frère envers sa mère n’était un secret pour personne. «Mon frer ti bien fer dominer ek mo mama. Li ti pe bat li toulezour. Mo mama ti pe call mwa pou rakont mwa so martir. Mo mama pa merit enn lamor koumsa. Mo oule lazistis pou mo mama», lâche-t-elle. Son époux Vishal Ramkissoon confie avoir, à plusieurs reprises, proposé à sa belle-mère de venir vivre chez eux afin d'échapper aux violences de son fils. «Li vini de-trwa zour. Nou ti al fer enn letour ansam Super U dernie fwa. Sa ti fer li bien plezir. Mo madam ti dir li reste. To dan bien isi. Me apre li'nn ale par li mem. Li ti pe bizin kasiet dan so prop lakaz. Li ti pe bizin ferm so laport.»

Kailash Beeharry, séparé de son épouse depuis plusieurs années, a une fille de 15 ans. Selon les voisins, il avait des antécédents de violence et un problème d’alcool. «Li mari violan kan li bwar. Sak fwa li lager li koz so par dan lakaz. Li tousel ti pe res laba ek mo mama. Pa kone kifer sak fwa li ti pe lager betman pou mem zafer», confie Laxmi, la voix saccadée.

«Enn mari bon madam»

Plusieurs voisins racontent que Sakoon Beeharry cherchait souvent refuge chez eux pour échapper aux coups de son fils et qu’elle se cachait parfois à proximité d’un terrain de foot. «Sak fwa garson-la bwar li sou li lager dan lakaz ou bien ek dimounn dan sime. Li'nn deza bat mo frer. Li'nn gagn problem ek tou vwazin. Li ti pe manz lavi so mama plis ankor depi ki so papa inn desede finn gagn 1 an parla. Madam-la finn pas boukou mizer ek so garson. Enn bon fami sa, zis li ki kouma bebet», raconte un voisin.

Un autre confie qu’un groupe de personnes du voisinage avait fait circuler une pétition il y a deux ou trois ans pour solliciter l’aide de la police face aux violences répétées de Kailash Beeharry. «Nou ti avoy sa petision-la komiser Dip akoz garson-la ti tro enn latet brile dan landrwa, me li pa ti fer nanye. Garson-la ti mem deza rod kraz dimounn ek loto.»

Le jour du drame, Sakoon a été aperçue à Vacoas «dan enn lotel dite» très connu et semblait perdue dans ses pensées. «Nou ti travay lizinn ansam. Li ti enn mari bon madam. Li ti bien korek me so garson ti pe manz so lavi ar disel ek pima», confie un voisin. D’autres gens du voisinage estiment que la sexagenaire serait peut-être encore en vie si elle s'était enfuie du domicile familial après cette énième dispute. «Garson-la inn bat so mama vers 19h30 par la. Si nou ti trouv madam-la sa ler-la kitfwa pa ti pou ariv sa maler-la», précise un des voisins de Sakoon Beeharry.

Ses funérailles ont eu lieu le 5 mars au domicile de sa fille Laxmi, à Belvédère. De nombreux proches et voisins étaient présents pour rendre hommage à la sexagénaire et soutenir Laxmi dans cette terrible épreuve. «Mo pena ni papa ni mama aster», lâche-t-elle, submergée par la douleur. Laxmi espère que justice sera faite et que son frère recevra une peine appropriée pour cette horrible agression.

Violences domestiques : une allocation transitoire pour soutenir les victimes

Une mesure accueillie positivement. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, observée le 8 mars, le gouvernement s’est engagé à soutenir les femmes victimes de violences domestiques. Un dispositif d’allocation transitoire, financé par le National Solidarity Fund, vise à les accompagner durant une période particulièrement fragile : celle qui suit leur départ d’un environnement violent. Selon un communiqué du ministère de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, publié le 6 mars, cette aide financière sera accordée aux femmes ayant obtenu un Protection Order auprès d’un magistrat en vertu du Protection from Domestic Violence Act 1997. Pour y être éligibles, les bénéficiaires devront également être hébergées dans des centres d’accueil gérés par des ONG reconnues par le ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille.

Le montant de cette allocation transitoire variera en fonction de la situation familiale de la victime. Une femme sans enfant pourra recevoir Rs 6 000 par mois, tandis qu’une victime accompagnée d’un enfant bénéficiera de Rs 8 000. Pour celles ayant deux enfants ou plus, l’aide pourra atteindre Rs 10 000 mensuellement. Validée par le Conseil des ministres, cette allocation sera accordée pour une durée maximale de deux mois. Cette période est considérée comme cruciale pour permettre aux victimes de se reconstruire et de retrouver progressivement une autonomie financière, après avoir quitté un contexte de violence.

Du côté de la société civile, cette initiative est globalement saluée. C’est le cas de la plateforme Raise Brave Girls (RBG). Prisheela Yusha Mottee, la présidente, estime toutefois que la lutte contre les violences domestiques doit s’appuyer sur un ensemble de mesures complémentaires. «Mettre fin aux violences domestiques nécessite une protection solide, des systèmes équitables et un véritable soutien aux survivantes», souligne-t-elle. Elle insiste sur la nécessité de mettre en place des garde-fous afin de garantir l’efficacité du dispositif : «Il est important que des mécanismes existent pour éviter les abus liés à de fausses accusations, tout en veillant à ce que les véritables victimes soient protégées.»

Prisheela Yusha Mottee rappelle également que les dispositifs d’aide devraient rester accessibles à toutes les victimes,* «indépendamment de leur genre*». RBG plaide également pour un soutien supplémentaire aux victimes qui travaillent. L’organisation suggère notamment qu’elles puissent bénéficier d’un jour de congé dédié par semaine, non déduit de leurs congés ordinaires, afin de leur permettre d’assister aux procédures judiciaires, aux séances de conseil ou encore d’accomplir les démarches administratives nécessaires durant cette période de transition.

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