Est-ce que le ton résolument sévère adopté par le Premier ministre fait partie d’une stratégie créant un climat d’appréhension, faisant craindre le pire pour que les mesures annoncées paraissent acceptables ou se dirige-t-on réellement vers un exercice amer ? «Avek lager, la sitiasion inn vinn ankor pli komplike. Mo pena enn baton mazik. Nou pe rode met sa pei-la lor bann bon sime pou ki nou kapav resi devan», a lancé Ramgoolam lors d’une de ses dernières sorties publiques pré-budgétaire. Le chef du gouvernement a également fait, ce jour-là (lors de la prière annuelle pour une meilleure récolte sucrière), un appel à l’unité et à la solidarité nationales avant de décliner les maîtres-mots de son prochain grand oral : responsabilité, solidarité, efficacité économique et protection des plus vulnérables.
Si l’attente du discours budgétaire qui sera prononcé ce vendredi 19 juin suscite autant d’inquiétudes, c’est parce que l’Alliance du Changement a rapidement donné, après son accession au pouvoir, l’image d’un gouvernement en décalage avec toutes ses promesses électorales, qualifiées aujourd’hui de fausses par une large majorité de citoyens déçus. Même si Ramgoolam et ses ministres continuent d’insister sur l’état préoccupant des finances publiques héritées du régime MSM, une frange de la population pense que l’exercice «ser sintir» n’est pas équitablement observé par les élus privilégiés qui ne sont nullement concernés par les sacrifices réclamés à la population.
Alors que les promesses électorales s’éloignent progressivement de laréalité, la décision de relever l’âge d’éligibilité à la pension de vieillesse à 65 ans – mesure phare du premier Budget, vécue comme un coup de massue – a accentué le sentiment de désillusion, d’autant qu’elle avait été annoncée brutalement, sans véritable préparation pédagogique.
C’est dans des circonstances encore plus délicates que le chef du gouvernement s’apprête à dévoiler, ce vendredi 19 juin, les grandes orientations économiques de son équipe. Sur le plan politique, Ramgoolam doit désormais composer sans son ancien allié Bérenger qui, depuis la création de sa nouvelle formation politique, ne ménage plus ses critiques à l’égard de la majorité gouvernementale. S’appuyant sur les rapports de Moody’s et du FMI, le leader du Fron Militan Progresis (FMP) affirme que l’État disposerait d’une meilleure marge de manœuvre et plaide pour des mesures concrètes afin de soulager la population.
Un langage qui trouve directement un écho auprès d’une population confrontée à une hausse persistante du coût de la vie, incluant denrées alimentaires, carburants, électricité, alors que, paradoxalement, nombre de familles ont vu leurs allocations supprimées ou réduites.
Le défi lancé par Bérenger ne fait que renforcer la pression exercée par une opposition – et c’est de bonne guerre – déterminée à placer le gouvernement devant ses responsabilités. Ainsi, le leader de l’opposition (Lesjongard) dit espérer que le gouvernement présentera des mesures capables d’apporter un réel soulagement aux familles mauriciennes, tandis que Duval considère ce Budget comme celui de la dernière chance et invite la majorité à corriger ses erreurs.
Quelle sera réellement la marge de manœuvre de l’exécutif qui ne peut plus compter sur les retombées financières attendues de l’accord sur les Chagos (célébré prématurément avant de connaître un revers aussi inattendu que spectaculaire), sans compter les incertitudes liées à un contexte géopolitique international toujours instable, marqué par des conflits dont la fin semble sans cesse repoussée ? Les quelques signaux positifs observés ces jours-ci – recettes fiscales record de la MRA, appréciations favorables de Moody’s et du FMI – offriront-ils au gouvernement davantage de liberté d’action tout en permettant d’atténuer les mesures de rigueur que beaucoup redoutent ?
Si le précédent exercice budgétaire reste associé au choc provoqué par la réforme de la pension, peut-on espérer, cette fois, un message plus rassembleur pouvant redonner confiance et espoir ? Est-ce que ce Budget sera capable de démontrer que les efforts demandés ne reposeront pas uniquement sur les épaules des citoyens – dont certains regrettent déjà leur choix électoral – mais qu’ils seront également partagés par ceux qui exercent le pouvoir ? Plus que quelques jours pour savoir si le ton sévère adopté par le Premier ministre était un avant-goût d’un Budget austère… ou pas !