Le destin peut parfois être d’une cruauté indescriptible. Pendant des années, Pushpa Kumari Dookee a livré une bataille acharnée contre une maladie rare qui avait progressivement transformé sa vie en véritable calvaire. Atteinte d’un éléphantiasis, caractérisé par une augmentation considérable du volume de ses deux jambes, elle avait vu son quotidien devenir de plus en plus difficile, jusqu’à ne presque plus pouvoir se déplacer. Pourtant, jamais elle n’avait abandonné.
Grâce à un formidable élan de solidarité de la population mauricienne, suivant un appel à l’aide de l’OMCA Foundation, une somme importante avait pu être réunie afin qu’elle puisse bénéficier de soins spécialisés en Inde. Ce qui représentait son ultime espoir. Et cet espoir semblait enfin devenir réalité. Lors de deux interventions chirurgicales en avril et mai de cette année, les médecins indiens étaient parvenus à enlever près de 35 kilos de masse de ses deux jambes.
Après quelques semaines de soins et de rééducation, Pushpa était rentrée à Maurice le 30 mai avec un immense sourire et une nouvelle envie de vivre. L’équipe d’OMCA Overseas Medical Care Assistance assurait quotidiennement son suivi médical. Les pansements étaient effectués régulièrement et sa récupération progressait de jour en jour. Deux jours seulement avant son décès, elle avait pu recommencer à marcher de nouveau.
Dans la matinée du 3 juillet, rien ne laissait présager le pire. Selon ses proches, elle s’était réveillée normalement, avait pris son petit-déjeuner, fait sa toilette et se montrait souriante. Mais quelques instants plus tard, elle a succombé à une crise cardiaque. Un décès soudain qui a plongé sa famille dans une douleur indescriptible. Ses funérailles ont eu lieu ce samedi 4 juillet.
Un long combat qui s’est terminé tragiquement alors que l’espoir renaissait à peine pour cette mère de famille. Mariée depuis plusieurs années, Pushpa laisse derrière elle deux garçons de 13 et 15 ans, qui étaient toute sa vie. À cause de son état de santé, elle vivait depuis près de trois ans chez sa mère, à Ripailles, Nouvelle-Découverte. Son beau-frère Ranjitsingh Dookee raconte les longues années de souffrance qu'elle a vécues. «Li ti al an Inde pou li opere. Ler li'nn retourne li ti korek. De fwa li'nn al an Inde, apre li'nn koumans malad enn deziem kout. Lerla li ti al res kot so mama dan Nouvelle-Découverte. Pre trwa an parla mo belser finn res laba. Se so mama ki ti pe okip li. Mo frer Yogesh ti'nn res tousel ek so de zanfan. Li pa ti pe mem kapav al travay.»
Ranjitsingh garde de Pushpa le souvenir d’une femme discrète mais extraordinairement courageuse : «Li ti enn dimounn korek. Zame pa'nn gagn problem ek li. So sel problem ti so maladi. Zis enn lipie ti fer 25 liv. Li ti bien dir me li'nn tini sa ek boukou kouraz. Li ti bien solid. Enn lot dimounn pa ti pou kapav. Avan sa li ti korek. Linn koumans malad finn gagn 9 an par la. Li ti al an Inde enn premye fwa apre li ti korek. Nou ti panse li pou korek apre me kan finn fer grat enn lipie pou fer gref lor lot lipie tou le de lipie inn al malad. Kan li'nn al res kot so mama, enn garson inn res ek mo frer ek lot la ti res ek mo ser. Mo belser ti pe ale vini selma.»
Une famille bouleversée
La maladie de Pushpa a profondément bouleversé toute une famille. «Nous pensions qu’elle allait enfin guérir cette fois», confie Ranjitsingh. Son frère Yogesh, terriblement bouleversé, peine encore à réaliser que son épouse, la mère de ses enfants, n’est plus là. Les derniers jours avaient pourtant redonné le sourire à tous. «Ler li'nn revini apre son loperasion, mo bann ser ek lezot fami ti al get li. Li ti korek. Li ti paret ere. Vandredi dernye (NdlR : le 3 juillet), li'nn leve, li'nn manse apre li'nn bros so ledan. Zis apre sa li'nn fer enn kriz kardiak. Nou pa ti atann sa zame. Li bien dir pou mo frer. Li mem ti mama ek papa. Li pe trase. Fami pa pou les li ek so bann zanfan tousel. Nou tou ti kontan pou ki mo belser gagn so gerizon. Nou tou ti krwar li pou korek», se lamente Ranjitsingh

Pushpa a été une véritable combattante depuis l’enfance. Sa sœur Komal Gungaram connaît mieux que quiconque les épreuves qu’elle a traversées. Car depuis l’enfance, dit-elle, les problèmes de santé rythmaient l'existence de Pushpa. Mais grâce à son incroyable force de caractère, qu’elle cachait derrière sa douceur, sa sensibilité et sa personnalité réservée, elle arrivait à tout surmonter. Selon Komal, sa soeur aimait aussi être entourée des siens et qu’on prenne soin d’elle.
Après le décès de leur père, en 2016, un nouveau souci de santé allait bouleverser sa vie. Deux semaines seulement après les funérailles, une petite tache est apparu sur son pied. Puis, la maladie a progressé inexorablement. D’abord une jambe. Puis les deux. Les traitements se sont succédé sans succès. Les médecins ont même fini par lui dire que son cas était arrivé à un stade trop avancé. Pourtant, elle n’a jamais renoncé. Trois fois par semaine, malgré ses jambes devenues extrêmement lourdes, elle gravissait les 17 marches menant à la maison familiale. Chaque marche représentait une victoire. «Elle avait un will power incroyable», confie Komal.
«Light of hope»
C’est grâce à une publicité d’OMCA Foundation que la famille avait découvert qu’une opération était envisageable en Inde. «Nous avons eu une light of hope quand OMCA nous a dit que ma sœur pouvait se faire opérer à l’étranger. OMCA a réagi très vite. Nous sommes parties deux semaines plus tard. À l’époque, ma sœur avait déjà perdu espoir mais elle avait gardé son courage et sa joie habituels. Elle était très heureuse lorsqu’on lui avait annoncé son départ pour l’Inde. Elle avait dit à notre maman qu’elle allait pouvoir reprendre ses activités quotidiennes comme avant», souligne Komal.
Les interventions ont été couronnées de succès pour le plus grand bonheur de toute la famille. «OMCA avait fait toutes les démarches. Nous n’avons eu aucun problème, au contraire, nous avons eu beaucoup de soutien. Un grand merci d’ailleurs aux responsables de l'association. Les médecins en Inde avaient bien remonté le moral de ma sœur. On nous avait dit que ce serait un long processus mais qu’elle avait sa guérison. Elle voulait rentrer au pays et marcher normalement. Elle avait fight pour cela. Elle n’avait jamais baissé les armes car elle avait une volonté extraordinaire.»
Son retour à Maurice, il y a quelques semaines, a été vécu comme une renaissance. Pour la première fois depuis deux ans, Pushpa pouvait voyager confortablement dans une voiture. Elle avait recommencé à marcher et suivait des séances de physiothérapie. Elle était heureuse de voir que ses jambes avaient retrouvé une apparence normale. Plus important encore, elle avait retrouvé ses deux garçons et redécouvrait les petits plaisirs de la vie. Elle avait même recommencé à manger normalement. Sur les vidéos publiées par OMCA, son sourire faisait plaisir à voir.
«Merci à tous...»
Selon sa sœur, «c’était une nouvelle Pushpa». Elle donnait l’impression d’être revenue à la vie. Quelques jours avant son décès, elle avait été admise dans une clinique privée pour un problème sanguin. Mais après cinq jours d’hospitalisation, elle était rentrée chez elle et semblait avoir retrouvé toute son énergie. Personne n’imaginait que tout allait basculer si brutalement car elle était une femme qui aimait la vie. D’ailleurs, malgré les souffrances, Pushpa n’avait jamais perdu sa flamme. Elle aimait prendre soin d’elle. Elle adorait la musique, la danse et se maquiller. Comme le résume sa sœur : «Li ti kontan sante danse ek makiye malgre so maladi. Li'nn ale an sourir.»
Aujourd’hui, sa disparition laisse un immense vide. Et bien qu'immensément triste, sa famille est aussi très reconnaissante. Elle tient à remercier l’équipe d’OMCA pour son accompagnement ainsi que les milliers de Mauriciens qui ont contribué financièrement, prié et soutenu Pushpa durant toutes ces années. «Maurice a vraiment un peuple admirable. Merci beaucoup. Forever grateful to each and everyone pour ce que vous avez fait pour ma sœur indépendamment des communautés», avance Komal. Aux deux fils de Pushpa, à son époux, à sa mère et à tous ceux qui l’ont accompagnée dans son long combat, il restera le souvenir d’une femme qui n’a jamais cessé de croire en la vie et de se battre pour elle. Jusqu’à son dernier souffle.
Zaheer Peerbacus, responsable de l’OMCA Foundation : «Rien ne laissait présager un tel drame»
L’émotion est vive au sein de l’OMCA Foundation après le décès de Pushpa Dookee, survenu le vendredi 3 juillet, quelques semaines seulement après son retour d’Inde où elle avait subi un traitement spécialisé contre l’éléphantiasis. L’organisation rappelle que la quadragénaire s’était envolée en Inde le 8 avril pour un traitement spécialisé, avant de rentrer à Maurice le 30 mai, pleine d’espoir. Depuis, les équipes d'OMCA poursuivaient quotidiennement ses soins à domicile. Son état était jugé encourageant : elle remarchait, sa jambe droite était complètement guérie et la cicatrisation de la gauche évoluait favorablement. «Son état était encourageant, rien ne laissait présager un tel drame», affirme Zaheer Peerbacus, responsable de l’OMCA Foundation. Son équipe se rendait chez Pushpa pour ses soins lorsqu’elle a appris la terrible nouvelle. L’organisation souligne que son décès n’est pas lié à son éléphantiasis et salue le courage exceptionnel dont Pushpa a fait preuve jusqu’à son dernier souffle.