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30 août 2025 20:30
Ils ne s’entendent pas, ils s'attaquent par conférences de presse interposées... Bref, bienvenue dans le grand conflit de la semaine écoulée, qui oppose le gouverneur de la Banque de Maurice à son 2nd Deputy Governor. On vous explique, tout en donnant la parole à deux observateurs qui livrent des approches différentes sur la guerre ouverte qui secoue cette institution.
Alors là, it’s war ! La Banque de Maurice et le conflit qui s’y est installé depuis un moment n’ont pas manqué de faire jaser ces derniers jours, avec des tensions vives entre le gouverneur actuel de la Banque, Rama Sithanen, et son 2nd Deputy Governor, Gérard Sanspeur, entre qui le courant ne passe clairement pas. Ce qui ajoute à la fragilité de l’institution bancaire qui doit déjà gérer des dossiers comme ceux de la Silver Bank et de la Mauritius Investment Corporation, où il est beaucoup question de transactions jugées suspectes.
Résultat : le Premier ministre, de retour au pays en début de semaine et bien qu’étant malade, a tranché vendredi dernier, et c’est Gérard Sanspeur qui a été sommé de prendre la porte de sortie. Et toujours vendredi, c’était attaque et contre-attaque via deux conférences de presse ; Gérard Sanspeur a lancé la première salve, suivi de Rama Sithanen peu après !
Le premier a traité le second de «menteur» lors de sa conférence de presse et l’a même accusé d’avoir été l’instigateur de la pension universelle à 65 ans. Il a aussi déclaré que le Premier ministre lui avait donné son aval pour «défendre son honneur». Gérard Sanspeur a, par ailleurs, affirmé être en présence d’un enregistrement sonore qui pourrait pousser Rama Sithanen à la démission, tout en fustigeant le gouverneur sur plusieurs dossiers : un audit refusé de la Mauritius Investment Corporation, approche qualifiée «d’amateurisme» sur des dossiers comme Menlo Park, «influence» et «conflits d’intérêts» dans d’autres.
Rama Sithanen a lui aussi traité Gérard Sanspeur de «menteur» lors de sa rencontre avec la presse : «Il m’attaque personnellement avec des mensonges et des contre-vérités.» Il a déclaré que tout a commencé par un mail de Sanspeur incriminant un officier de la banque, qui aurait été «harcelé». Par la suite, tout en disant que le dossier contre Sanspeur avait été fait à base de preuves et mails, Sithanen a affirmé qu’il y avait dix charges contre Sanspeur, dont serious misconduct et breach of trust.
Un peu en même temps, le ministre du Travail Reza Uteem recevait Chidanand Rughoobar, président du syndicat de la Banque de Maurice et son négociateur syndical Narendranath Gopee. Le ministre voulait entendre le président du syndicat, dont la récente suspension controversée ajoute davantage à la polémique.
Le vice-Premier ministre Paul Bérenger en a remis une couche ce samedi 30 août, lors d’une conférence de presse, où le sujet de la Banque de Maurice et du conflit au sommet de celle-ci étaient bien sûr à l’agenda, entre autres sujets (voir autre texte plus loin). Paul Bérenger a souligné que «Gérard Sanspeur n’est qu’un problème mineur parmi tous ceux concernant la Banque de Maurice», ajoutant que dès le début, il était contre la nomination de celui-ci à la Banque de Maurice. Il a aussi soutenu que des discussions se poursuivront durant la semaine avec le Premier ministre (les deux discuteront aussi du dossier Air Mauritius) au sujet de la Banque de Maurice. Il a, de plus, évoqué deux «énormes scandales» liés à la banque, ceux touchant la Mauritius Investment Corporation et la Silver Bank, tout en parlant de «risques de pertes financières énormes pour le pays (…)» *«L’urgence est de sauver et relancer la Banque de Maurice et Air Mauritius. Ce sont deux dossiers challenging, que nous devons régler dans les prérogatives du Premier ministre et dans l’intérêt suprême du pays.» *
Olivier Précieux, détenteur d’une licence en sciences sociales et enseignants, voit toute cette affaire avec un regard politique. Selon lui, c’est surtout *«l’aspect politique qui prédomine dans cette crise institutionnelle. Il faudrait tout d’abord suivre la chronologie des événements, car c’est quand Paul Bérenger a commencé à parler et à fustiger Sithanen que les choses se sont accélérées. Le public pourra en tirer différentes conclusions... Mais je pense que le grand gagnant de ce conflit est Navin Ramgoolam. Il a tranché et il a choisi quelqu’un qui lui a été loyal pendant tellement d’années. En plus de ce choix, Ramgoolam envoie un signal fort à ceux qui ont été nominés et qui bossent dans les institutions importantes. Mais bien sûr, attendons de voir la suite.» *
De son côté, l’historien et observateur politique Jocelyn Chan Low analyse le tout autrement : «Je pense qu’il faut avant tout voir la chose d’un point de vue institutionnel, comme on l’a fait précédemment avec le conflit au sein du ministère de l’Égalité des genres, entre la ministre Arianne Navare-Marie et son ancienne Junior Minister Anishta Babooram. Le Premier ministre a surtout voulu restaurer son autorité. Je pense que s’il avait evincé Sithanen au lieu de Sanspeur, il aurait donné plus ou moins l’impression d’être un Premier ministre faible. Je crois aussi qu’il voulait envoyer un signal fort, pour dire qu’on ne peut pas contrôler ses choix. Pour moi, il a fait ce qu’il devait faire : restaurer son autorité en tant que Premier ministre. Cela ne vaut que pour ce qui s’est passé récemment, nous ne savons pas ce que les semaines à venir nous réservent, peut-être des surprises et des rebondissements dans ce conflit.»
Paul Bérenger entre «pas de rupture» et «hystérie collective»
Le plein de sujets en revue. Le vice-Premier ministre a animé une conférence de presse, ce 30 août, où il n’a pas manqué d’évoquer la situation à la Banque de Maurice, mais aussi d’autres sujets. Il a d’abord démenti les rumeurs concernant une éventuelle rupture au sein de l’Alliance du Changement.
Il a aussi été question de nominations, notamment celles de son gendre Frédéric Curé et de Meela Devi Ramlochun-Bunwaree, qui ont tous deux décliné leurs nominations après des réactions virulentes sur les réseaux sociaux et ailleurs. Pour Paul Bérenger, *«c’est triste et dangereux (…) il y a eu une crise d’hystérie où des hommes et des femmes de valeur ont préféré se retirer. Une hystérie qui a fait du tort au pays». *
Rodrigues était aussi à l’agenda, le vice-Premier ministre disant qu’il y aura bientôt des rencontres entre le Premier ministre, lui-même, le chef-commissaire et le leader de l’opposition de Rodrigues au sujet du Budget rodriguais. Il a également précisé être contre un référendum national.
Finalement, le leader mauve a évoqué les contestations autour des nominations de Senior Counsels et de Senior Attorneys. «C’est clair qu’on ne peut nommer personne sans la recommandation du chef juge, la balle est dans son camp.» Selon lui, le gouvernement devrait amender la loi autour de ces nominations bientôt, mais qu’il faudra le faire «en temps et lieux» et «à tête reposée».
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