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Répercussions économiques de la guerre au Moyen-Orient

Le gouvernement dégaine ses armes

11 avril 2026

Face aux secousses provoquées par la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement accélère sa riposte et déploie une série de mesures pour tenter de contenir l’impact sur l’économie nationale. Le Conseil des ministres a ainsi approuvé la mise en œuvre d’une série de mesures visant à atténuer les répercussions négatives du conflit au Moyen-Orient sur notre économie et notre société. Une réunion du Comité de crise s’est tenue, sous la présidence du Premier ministre Navin Ramgoolam, le 8 avril. Le Comité avait noté que, le même jour, l’Iran et les États-Unis avaient convenu d’un cessez-le-feu conditionnel de deux semaines, pendant lequel le trafic maritime sera autorisé dans le détroit d’Ormuz. Toutefois, le Premier ministre a souligné qu’il ne fallait pas se laisser bercer par un faux sentiment de sécurité, car il s’agit d’un cessez-le-feu fragile. Bien que la situation puisse s’améliorer, le Comité a décidé qu’il fallait adopter sans délai des stratégies à moyen et long terme afin d’atténuer les répercussions du conflit sur l’économie, les ménages et les groupes vulnérables. Dans ce contexte, le Conseil des ministres a approuvé la mise en œuvre de plusieurs mesures pour faire face à la situation.

Sécurité énergétique

Il a été décidé de poursuivre la communication régulière d’informations sur les stocks de carburant et de gaz, les navires entrants et les pénuries potentielles afin d’améliorer la planification et de prendre des mesures proactives. Il est aussi question d’intensifier la campagne de sensibilisation du public aux économies d’énergie (éclairage, moteurs à courant alternatif) et il a aussi été décidé qu’il faudra finaliser la réglementation visant à imposer des restrictions sur l’utilisation de l’électricité pour des activités superflues qui ne sont pas nécessaires à la sûreté ou à la sécurité, telles que l’exploitation de panneaux publicitaires lumineux, de panneaux d’affichage ou d’écrans numériques, l’éclairage des façades de bâtiments à des fins esthétiques et l’éclairage décoratif/ornemental ; et le fonctionnement inefficace des systèmes de climatisation dans les locaux commerciaux et institutionnels. Parmi les mesures annoncées, il est aussi question d’introduire une norme minimale de performance énergétique pour les réfrigérateurs et la climatisation.

Parmi les autres armes déployées par les autorités pour faire face aux répercussions de la guerre, il est aussi question d’encourager le télétravail et les horaires flexibles, d’encourager le covoiturage afin d’optimiser le taux d’occupation des véhicules et de réduire la consommation de carburant. Les mesures parlent aussi d’optimiser l’utilisation du charbon et des combustibles issus de la biomasse pour produire de l’électricité et réduire la consommation de fioul lourd. Les mesures parlent aussi de finaliser un accord intergouvernemental avec le gouvernement indien afin de garantir un fournisseur de fioul lourd. Parmi les mesures, il est aussi question d’offrir des incitations supplémentaires aux ménages et aux entreprises pour réduire la consommation aux heures de pointe. Les mesures parlent aussi d’accélérer l’approbation des projets relevant du programme Agrivoltaics de la CEB. Les mesures annoncées font aussi état d’une augmentation des tarifs de l’électricité de 15 % à compter du 1er mai, tout en excluant les personnes inscrites au Registre social de Maurice et les consommateurs relevant des tarifs 110A, 215 et 315 ainsi que des PME. Au total, 128 800 consommateurs sur 541 127 seront exemptés.

**Sécurité alimentaire **

Il a été décidé de la mise en place d'une base de données centralisée pour suivre les niveaux des stocks de denrées alimentaires, de semences, d'engrais et de produits carnés afin de permettre la prise de mesures correctives en temps opportun, y compris l'identification de sources alternatives. Il est aussi question de diversifier les sources d'approvisionnement alimentaire, y compris le bétail provenant de Madagascar, de Namibie et du Kenya, afin d'éviter toute perturbation de la distribution, de renforcer la production alimentaire et animale à Rodrigues, de négocier des accords intergouvernementaux avec des pays amis (par exemple, l'Inde et la France) afin de garantir l'approvisionnement en produits alimentaires à un coût abordable. Parmi les mesures, il est aussi question d'intensifier les inspections sur site afin de prévenir les pratiques abusives en matière de prix et la rétention artificielle des stocks.

Petites et Moyennes Entreprises

Les mesures annoncées par les autorités parlent de la mise en place d'un programme de soutien à la résilience des PME et à la continuité des importations et des exportations afin d'apporter une aide ciblée et limitée dans le temps aux PME touchées, y compris le maintien du programme actuel de remboursement des frais de transport. Un programme de prêts de fonds de roulement proposé par la DBM Ltd afin de permettre aux PME de répondre à leurs besoins de fonds de roulement à court terme sera envisagé. Il sera aussi question d'accélérer la mise en œuvre des accords relatifs aux comptes VOSTRO avec l'Inde afin de faciliter le règlement des transactions commerciales en monnaies locales.

**Groupes vulnérables **

Parmi les mesures annoncées, il est question de l'extension de la liste des produits éligibles au Fonds de stabilisation des prix afin d'y inclure d'autres produits de première nécessité dont les prix ont considérablement augmenté. Le Conseil des ministres a également pris note du fait que le ministère de l'Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, en concertation avec le ministère des Finances, examine actuellement la révision du seuil de revenu permettant de déterminer l'éligibilité d'un ménage à l'inscription au Registre social de Maurice. Le Conseil des ministres a également approuvé la création d'un Fonds de solidarité en cas de crise afin de garantir la justice sociale.

**Subsides **

Le Conseil des ministres a décidé : (a) de revoir les régimes d’aide aux boulangeries ainsi que le prix du pain réglementé ; et (b) de mettre en place un soutien financier ciblé afin d’atténuer tout impact sur les ménages vulnérables. Un comité interministériel a recommandé que le prix du pain réglementé soit augmenté de Rs 2,60 à 3,90 roupies pour 100 g. Le montant de la subvention accordée aux boulangeries pour chaque sac de farine sera revu, passant de Rs 541,15 à Rs 432,50 par sac de 25 kg, et la subvention de Rs 0,24 par pain de 100 g, actuellement versée aux boulangeries par l’intermédiaire de l’Administration fiscale mauricienne, sera supprimée. Néanmoins, la Société nationale de commerce continuera de fournir de la farine subventionnée à Rs 217,50 le sac de 25 kg, ce qui représente 66,5 % du coût réel de la farine. Une augmentation de Rs 1,30 par 100 g de pain sera accordée aux boulangeries afin de couvrir l’ensemble de la hausse des coûts d’exploitation et d’assurer leur viabilité à long terme, étant entendu qu’aucune autre augmentation du prix du pain ne sera envisagée à court ou moyen terme. Une aide mensuelle de Rs 121 sera versée aux bénéficiaires inscrits au Registre social de Maurice afin d’atténuer l’impact de l’ajustement des prix sur les ménages vulnérables. Un montant annuel estimé à 87,1 millions de roupies sera nécessaire pour quelque 60 000 bénéficiaires.

Hausse du prix du pain et de l’électricité : les associations de consommateurs réagissent

Suttyhudeo Tengur, président de l'Association pour la Protection des Consommateurs et de l'Environnement (Apec) : «Même une légère augmentation du prix des produits de base érode fortement le pouvoir d’achat...»

«Le maintien du prix du pain à Rs 3,00 aurait constitué une décision socialement plus équilibrée, compte tenu de son rôle essentiel comme aliment de base pour les familles à faibles revenus et les familles élargies à Maurice. Avec une hausse de Rs 2,60 à Rs 3,90 pour 100 g — soit une augmentation de 50 % — la charge devient significative pour les ménages qui en dépendent quotidiennement. Bien que le soutien gouvernemental cible environ 60 000 bénéficiaires du Registre social, de nombreuses familles vulnérables restent exclues. Dans un contexte d’inflation et de hausse du coût de la vie, même une légère augmentation du prix des produits de base érode fortement le pouvoir d’achat et la sécurité alimentaire. Pour nous, l’augmentation du prix de l’électricité n’est pas justifiée. Il y a beaucoup de gaspillage. Les pertes d’électricité à Maurice ne sont pas seulement techniques — elles représentent une fuite financière silencieuse pouvant atteindre Rs 3 milliards par an.»

Jayen Chellum, secrétaire général de l'Association des Consommateurs de l'île Maurice (ACIM) : «Plusieurs produits vont augmenter et le pouvoir d'achat va sensiblement baisser... »

«L'augmentation sur le prix du pain et la hausse qui va suivre sur l'électricité s'apparentent à un coup rude pour les consommateurs, surtout sur leur pouvoir d'achat. Nous comprenons que le prix du pain devait augmenter après 14 ans, mais toutefois, il n'y a aucune explication sur pourquoi le prix est passé de Rs 2,60 à Rs 3,90. On avait dit qu'il fallait mettre sur pied un comité technique, mais on a eu droit à un comité interministériel qui garde toutes les infos pour lui. Avec un comité technique, il y aurait eu plus de possibilité que le public soit éclairé sur la nécessité d'augmenter le prix du pain et de combien. On sait aussi qu'il y a certaines subventions qui sont accordées toujours aux boulangers, même si les 24 sous qu'on leur donnait ont été retirés sur le pain maison. Ils continuent à percevoir des subventions, de Rs 400 d'un côté et plus Rs 200 de l'autre côté avec la STC.

On a envie de savoir combien de subventions les boulangers reçoivent. Qu'en est-il des pains fourrés ? Est-ce que le gouvernement va veiller ? Qu'en est-il des pains non contrôlés ? Est-ce qu'il y a un mécanisme qui est en place, à travers des inspecteurs, pour surveiller tout cela ? On se souvient de ce qui s'était passé suivant l'augmentation du prix de l'huile, quand les prix des dhall pourris et des gato delwil avaient augmenté, le gouvernement doit veiller à ce qu'il n'y ait pas d'abus des commerçants sur la tête des consommateurs. Concernant l'augmentation du prix de l'électricité, nous pensons que c'est fondamental que le gouvernement doit venir expliquer cette augmentation de 15 %. On est dans une situation où plusieurs produits vont augmenter et le pouvoir d'achat va sensiblement baisser et peut-être même que les syndicats vont demander maintenant même une compensation salariale. On demande aux autorités de mettre en place un comité qui ne soit pas uniquement interministériel, mais qui comprenne des représentants des consommateurs, des syndicats et des représentants de la société civile, ainsi que du secteur privé.»

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