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Nipah : le virus sous haute surveillance

7 février 2026

Le risque de propagation du virus Nipah est considéré comme faible à l’échelle nationale, régionale et mondiale, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les experts suivent la situation de très près.

Qu’est-ce que ce virus qui fait l’actualité dans le monde ces derniers temps ? Faut-il s’en inquiéter ? Le Dr Shahil Dawreeawoo, M.D, MSc OH (UK), Occupational Health Physician et médecin du travail, répond à nos questions.

Un virus, des dispositions

Les projecteurs sont braqués sur lui. Pour suivre son évolution, pour veiller à ce qu’il reste sous contrôle. Lui, c’est le virus Nipah, une maladie virale zoonotique, qui se transmet de l’animal à l’homme, principalement par les chauves-souris frugivores. Il a été identifié pour la première fois en 1998 en Malaisie et a, depuis, causé des épidémies en Asie, notamment au Bangladesh et en Inde.

Les symptômes de la maladie incluent la fièvre, les céphalées, les douleurs musculaires et les vomissements, pouvant évoluer vers une encéphalite aiguë et une pneumonie atypique. Le taux de mortalité varie entre 40% et 75%, selon les épidémies, car il n’existe actuellement aucun vaccin ou traitement spécifique contre le virus Nipah. La prévention repose sur la sensibilisation aux facteurs de risque et la réduction de l’exposition au virus, notamment en évitant la consommation de fruits ou de jus de palmier contaminés par les chauves-souris.

La situation concernant le virus en 2026 est la suivante : deux cas ont été signalés en Inde, dans l’État du Bengale occidental, en janvier. Il s'agit de professionnels de santé qui ont été en contact l’un avec l’autre à l’hôpital. Les autorités sanitaires ont identifié et testé plus de 190 contacts, qui ont tous été négatifs. Le risque de propagation du virus est considéré comme faible à l’échelle nationale, régionale et mondiale, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cependant, les pays de la région, notamment la Thaïlande, le Népal et le Cambodge, ont renforcé leurs contrôles sanitaires aux frontières pour prévenir toute propagation.

**Du côté de Maurice **

Dans notre île, le ministère de la Santé a décidé de relever le niveau de vigilance sanitaire. La surveillance est renforcée à l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam pour parer à toute éventualité. Toute personne présentant des symptômes doit contacter le 8924. «Le ministère de la Santé et du Bien-être informe le public qu’à ce jour, aucun cas de virus Nipah n’a été détecté à Maurice, Rodrigues, Agalega ou Saint-Brandon. Suite à la confirmation de cas dans l’État du Bengale occidental, en Inde, les autorités sanitaires mauriciennes surveillent de près la situation en collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé, qui estime actuellement que le risque de propagation internationale est faible et n’a recommandé aucune restriction de voyage. Par mesure de précaution, une surveillance sanitaire renforcée est appliquée aux passagers arrivant du Bengale occidental, et tout cas suspect est immédiatement pris en charge par les services de santé», soulignent les autorités locales.

L’avis du médecin sur la situation

«Le virus Nipah fait partie des agents pathogènes émergents identifiés par l’OMS comme nécessitant une surveillance internationale renforcée, en raison de sa gravité potentielle et de l’absence de vaccin ou de traitement spécifique. Les récents cas signalés dans certains pays ont logiquement relancé l’attention médiatique. Il est toutefois important de souligner que cette visibilité accrue traduit surtout le bon fonctionnement des systèmes de veille sanitaire mondiale, et non une propagation incontrôlée du virus. Dans le contexte mauricien, aucun cas humain de virus Nipah n’a été confirmé à ce jour. Maurice ne fait pas partie des zones endémiques connues pour ce virus.»

Faut-il s’inquiéter de la situation ?

«Il n’y a pas lieu de s’alarmer, mais il ne faut pas non plus banaliser la situation. Pour Maurice, le niveau de risque est actuellement considéré comme faible, selon les critères utilisés en santé publique internationale : absence de cas locaux, absence de transmission communautaire, pas de circulation active du virus dans la région immédiate... Cependant, ce risque faible est associé à des facteurs de vulnérabilité, principalement liés au statut de Maurice en tant qu’île touristique et ouverte sur le monde. Le risque, s’il devait exister, serait essentiellement importé. La vigilance repose donc sur la prévention et la détection précoce, et non sur la peur.»

Pourquoi devons-nous suivre cette actualité dans notre île ?

«Être informé, c’est renforcer la capacité collective de prévention. Les Mauriciens ont intérêt à suivre cette actualité pour plusieurs raisons. On est un pays fortement connecté au reste du monde : Maurice accueille un nombre important de voyageurs internationaux chaque année. Les déplacements humains restent un facteur clé dans l’introduction potentielle de maladies émergentes. Suivre l’évolution de la situation permet : d’éviter la désinformation, de comprendre le niveau réel de risque et de soutenir des mesures de santé publique proportionnées. Cette vigilance concerne aussi les professionnels de santé, les travailleurs exposés au contact avec des voyageurs, aéroports, ports, hôtellerie, transport, et les entreprises ayant des échanges avec des pays à risque.»

Quels conseils donneriez-vous aux Mauriciens ?

«S'agissant du grand public, je leur dirais de s’informer à partir de sources officielles et fiables. Il faut aussi éviter les rumeurs et les informations alarmistes. C’est important de maintenir de bonnes pratiques d’hygiène. Concernant les voyageurs, je leur dirais qu’il faudrait suivre les recommandations sanitaires avant et après les déplacements vers des pays à risque. Quant aux autorités sanitaires, j’estime que c’est primordial de maintenir une surveillance sanitaire active aux points d’entrée du territoire, d’assurer une surveillance médicale ciblée des voyageurs en provenance de pays infectés ou considérés à haut risque, dès leur arrivée à Maurice et de garantir une prise en charge rapide en cas de symptômes compatibles.»

Qu’en est-il des professionnels de santé et de santé au travail ?

«Il leur faut rester vigilants face à des tableaux cliniques évocateurs chez des voyageurs récents, appliquer rigoureusement les protocoles de prévention et de contrôle des infections et intégrer les risques biologiques émergents dans les politiques de santé au travail... »

Pour résumer...

«Le virus Nipah est un virus rare mais potentiellement grave. Pour Maurice, le risque est actuellement faible, mais il nécessite une vigilance renforcée, en raison de notre statut d’île touristique et internationalement connectée. La réponse la plus efficace repose sur l’anticipation, la surveillance médicale ciblée et l’information du public, plutôt que sur l’alarmisme. Maurice doit impérativement, dès maintenant, renforcer sa vigilance face au risque potentiel lié au virus Nipah.

L’expérience de la pandémie de Covid-19 nous a montré qu’un retard dans l’anticipation et la préparation peut avoir des conséquences sanitaires, sociales et économiques majeures.

En tant qu’île fortement touristique et connectée au reste du monde, Maurice doit adopter une approche proactive : surveillance sanitaire renforcée aux points d’entrée, préparation du système de santé, sensibilisation des professionnels et mise à jour des protocoles de prévention. Anticiper aujourd’hui permet d’éviter de subir demain. Tirer les leçons du Covid-19 est essentiel afin de prévenir toute introduction et propagation du virus Nipah sur le territoire mauricien.»

*«Les Mauriciens ont intérêt à suivre cette actualité pour plusieurs raisons. On est un pays fortement connecté au reste du monde : Maurice accueille un nombre important de voyageurs internationaux chaque année»*, explique le Dr Shahil Dawreeawoo.

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