Quand le mois de juin rime avec la santé des hommes : «Chaque année, le mois de juin est consacré à la santé des hommes. C’est l’occasion de rappeler une réalité fondamentale : la qualité de vie se construit bien avant l’apparition des premiers signes du vieillissement ou de symptômes de maladies. Les progrès de la médecine ainsi que les meilleures conditions de vie ont permis d’augmenter considérablement l’espérance de vie. Pourtant, vivre plus longtemps n’est pas nécessairement synonyme de vivre mieux. Le véritable défi est désormais d’augmenter l’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire le nombre d’années vécues avec autonomie, indépendance, mobilité, maintien de la dignité, cognition optimale et qualité de vie. Cette approche est au cœur de la gériatrie moderne et de la médecine de la longévité : prévenir et anticiper plutôt que réparer. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), près de 80 % des maladies cardiovasculaires prématurées pourraient être évitées grâce à une meilleure prévention et à des habitudes de vie plus favorables.»
Du côté de chez nous : «À Maurice comme dans la plupart des pays du monde, les hommes ont une espérance de vie inférieure à celle des femmes. Selon les données de l’OMS et des Nations unies, cet écart s’explique en partie par une exposition plus importante à certains facteurs de risque modifiables, notamment le tabagisme, les maladies cardiovasculaires, les comportements à risque et un recours plus tardif aux soins préventifs. En 2023, l’espérance de vie à la naissance à Maurice était estimée à environ 71,9 ans chez les hommes contre 78,2 ans chez les femmes, soit un écart d’un peu plus de six années. Les maladies non transmissibles demeurent le principal défi de santé publique. Selon les données de l’OMS, les principales causes de décès chez les hommes sont les maladies coronariennes, le diabète, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et les maladies rénales. Ces pathologies partagent de nombreux facteurs de risque communs, notamment l’hypertension artérielle, le surpoids, la sédentarité, le tabagisme, une alimentation déséquilibrée et un sommeil de mauvaise qualité.»
Le sommeil en question : «Parmi tous les déterminants de la santé, le sommeil demeure probablement le plus sous-estimé et considéré comme une simple période de repos. Cependant, il s’agit d’un processus biologique complexe et indispensable au bon fonctionnement de l’organisme. Durant le sommeil, le cerveau consolide les apprentissages, régule les émotions, coordonne la sécrétion hormonale et participe à l’élimination de certaines protéines impliquées dans les maladies neurodégénératives. Lorsque le rythme du sommeil est perturbé par des nuits insuffisantes, des horaires irréguliers ou une exposition excessive aux écrans (lumière bleue), les conséquences peuvent être importantes. La lumière bleue émise par les écrans en soirée – téléphones, tablettes, télévision – retarde la sécrétion de mélatonine et repousse l’endormissement. Les repas tardifs désynchronisent l’horloge digestive. La consommation d’alcool en soirée, bien qu’elle favorise parfois l’endormissement, altère les phases de sommeil profond et réduit la qualité réparatrice de la nuit. Les horaires de travail très irréguliers ont les mêmes effets. Les études montrent qu’un sommeil optimal est associé à une meilleure santé cardiovasculaire, une meilleure régulation du poids, un risque réduit de diabète, une meilleure santé mentale et un risque moindre de déclin cognitif. Une méta-analyse portant sur 1,3 million de personnes (Sleep Medicine Reviews, 2023) a établi que dormir régulièrement moins de six heures par nuit augmente de 48 % le risque de décès par maladie cardiovasculaire et de 12 % le risque de mortalité toutes causes confondues. À l’inverse, le manque chronique de sommeil favorise l’hypertension artérielle, l’obésité, les maladies cardiovasculaires et pourrait accélérer certains mécanismes biologiques du vieillissement. Dormir entre sept et huit heures par nuit constitue probablement l’une des stratégies les plus simples et les plus efficaces pour préserver sa santé à long terme.»
Le système musculo-squelettique : «Les muscles jouent un rôle fondamental dans le vieillissement en bonne santé. Avec la progression de l’âge, après la quarantaine, une perte progressive de masse musculaire et de force peut apparaître et mener à une sarcopénie qui peut favoriser les chutes, la fragilité et la perte d’autonomie lorsqu’elle n’est pas compensée par une activité physique adaptée. La sarcopénie est une condition caractérisée par une perte progressive de masse et de force musculaires, principalement associée au vieillissement. La santé des os est aussi impérative à maintenir. L’ostéoporose peut être causée non seulement par l’âge mais aussi par les comportements de vie (comme le tabagisme, l’alcoolisme) et d’autres comorbidités (diabète, BPCO, insuffisance rénale, maladie inflammatoire, etc.). Ces comorbidités sont souvent causées par des facteurs de risque modifiables. Les études montrent que la force musculaire est l’un des meilleurs indicateurs du vieillissement réussi. La masse musculaire peut être maintenue grâce à la marche régulière, aux exercices de résistance, à l’exercice aérobique et à un apport nutritionnel adéquat, et Maurice offre un des cadres idylliques pour les activités de détente, aérobiques, nautiques et de nature.»
Cœur, tension artérielle et métabolisme : les risques modifiables : «Selon les recommandations de la Société européenne de cardiologie, 80 % des événements cardiovasculaires prématurés sont évitables par la modification des facteurs de risque comportementaux. Les maladies du cœur et des vaisseaux restent la première cause de mortalité masculine à Maurice. Ce constat s’accompagne d’un message d’espoir : ces maladies sont largement prévenables en ciblant les facteurs de risque modifiables. L’hypertension artérielle, le diabète, l’obésité, le tabagisme et la sédentarité augmentent non seulement le risque d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral, mais également celui de déclin cognitif et de démence. Le tabagisme est responsable de 8 millions de décès par an dans le monde (OMS, 2023). Il multiplie par dix le risque de cancer du poumon, augmente le risque d’infarctus de 50 %, et est impliqué dans environ 30 % de l’ensemble des cancers. L’arrêt du tabac à 40 ans réduit de 90 % le risque de décès lié au tabac.»
La sédentarité : «L’inactivité physique est associée à une augmentation de 35 % du risque cardiovasculaire, de 49 % du risque de diabète de type 2 et de 30 % du risque de dépression. Les recommandations de l’OMS préconisent 150 minutes d’activité modérée par semaine, soit 30 minutes de marche rapide cinq fois par semaine.»
La prostate : «Avec l’âge, la prostate peut faire l’objet de deux pathologies distinctes qu’il est important de ne pas confondre : l’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP), une augmentation de volume non cancéreuse, très fréquente, et le cancer de la prostate, qui est une prolifération maligne. L’hypertrophie bénigne touche 50 % des hommes à 60 ans et 90 % des hommes à 85 ans. Les signes s’accompagnent de troubles de la miction : diminution de la force du jet urinaire, jet urinaire faible ou intermittent, difficulté à commencer la miction, nécessité de pousser pour uriner, temps plus long pour vider la vessie, etc. Cette condition est bien traitée aujourd’hui, par médicaments ou par intervention, et affecte significativement la qualité de vie lorsqu’elle n’est pas prise en charge. Le cancer de la prostate demeure l’un des cancers les plus fréquents chez l’homme. Les troubles urinaires, même lorsqu’ils semblent bénins, méritent une évaluation médicale. Le dépistage individualisé, tenant compte de l’âge, des antécédents familiaux et des facteurs de risque, permet d’améliorer la détection précoce et les options thérapeutiques disponibles. Le dépistage du cancer de la prostate repose principalement sur le dosage du PSA. Les signes de troubles urinaires persistants ne doivent pas être négligés et un dépistage est recommandé.»
Le cancer colorectal : «Le cancer colorectal est le troisième type de cancer le plus répandu et représente environ 10 % des cas de cancer dans le monde. Le cancer colorectal est la deuxième cause de mortalité liée à un cancer. Le risque de cancer colorectal croît avec l’âge et touche le plus les personnes âgées de 50 ans et plus. Le cancer colorectal débute généralement par des polypes qui se forment à l’intérieur du côlon. Les polypes ne sont généralement pas cancéreux, mais certains peuvent se transformer en cancer au fil du temps. Des recommandations ont été formulées pour un dépistage régulier afin de rechercher, détecter et éliminer ces polypes pour prévenir le cancer du côlon. Une meilleure sensibilisation, une évaluation précoce des risques et une approche proactive de la prévention ont pour but d’améliorer l’espérance de vie en bonne santé et de permettre de vieillir dans de meilleures conditions.»