Lorsqu’on s’est rencontrés pour la première fois en mars 2016, vous avez parlé d’un rêve de défendre les couleurs de Maurice, de concourir face aux meilleurs judokas du continent et de remporter des titres. Dix ans plus tard, est-ce que ce rêve s’est matérialisé ?
Je ne dirais pas entièrement, mais je pense que c’est fait en partie. En tout cas, ce rêve n’est pas encore terminé, car j’espère pouvoir continuer à concourir et à glaner d’autres titres sur cette lancée.
Ces dix années n’ont pas été un long fleuve tranquille pour vous ?
Ce n’est jamais facile. Mais je pense que j’ai été assez régulier, notamment de 2020 jusqu’à 2026. J’ai toujours eu une médaille aux Championnats d’Afrique. Ce n’était pas évident vu que c’est très compétitif et que le niveau monte constamment. Cependant, je suis satisfait de pouvoir revenir avec une médaille à chaque occasion. Il y a eu aussi pas mal de blessures. Dans tous les sports de haut niveau, ça arrive à un moment. J’ai été blessé en 2021, en 2022 et de nouveau deux ans plus tard alors que j’étais pleinement engagé dans la course olympique. Il y a eu aussi d’autres petits pépins physiques en cours de route. Néanmoins, j’ai quand même pu revenir.
Qu’est-ce qui vous a marqué le plus en évoluant sous les couleurs mauriciennes ?
Je pense que les Jeux des îles de 2019 à Maurice restent l’un des moments les plus forts de ma carrière. Avoir l’opportunité de vivre cette ferveur des Jeux avec le peuple mauricien et aussi de concourir à Rodrigues a été une très belle expérience. Je me suis senti en communion avec les Mauriciens. Les Jeux que j’ai disputés avec Maurice m’ont également permis de rencontrer des athlètes des autres disciplines et de partager de grands moments avec eux. Un autre moment qui m’a aussi marqué est ma participation aux Championnats du monde de 2021 à Budapest où je termine 7e après un beau parcours.
Vu la concurrence pour une place en équipe de France, vous avez fait le choix de représenter Maurice, le pays où vous êtes né, tout en vous lançant le défi de faire honneur au quadricolore…
C’est vrai que la concurrence est très relevée en France. Mais j’ai quand même fait mes preuves en gagnant ma place en sélection mauricienne. En 2018, j’ai participé à une compétition de sélection sous la supervision du DTN Baptiste Leroy et j’ai gagné. C’est cette performance qui m’a permis de relancer ma carrière internationale et de pouvoir représenter officiellement Maurice.
C’était comment, ces Jeux du Commonwealth ?
Les Jeux se sont bien passés. J’ai réussi à rester focalisé sur mes objectifs et à garder la même rigueur tout au long du tournoi. La compétition en judo dure une journée et, même si j’ai fait quatre combats, il y a tout un travail qui se fait et se refait derrière pour se maintenir en condition, comme l’échauffement avant chaque combat. Il y a aussi la récupération entre les épreuves. C’était comme ça pendant huit à neuf heures. C’était une journée tendue où il fallait rester concentré et tout bien gérer.
En arrivant à Glasgow, vous êtes le seul sportif mauricien parmi les cinq médaillés aux Jeux de 2022 à Birmingham. Ce statut vous a-t-il mis sous pression ?
Un petit peu. Les anciens médaillés en Angleterre, Roilya Ranaivosoa en haltérophilie, Richarno Colin en boxe, et mes deux amis judokas Christianne Legentil et Sébastien Perrine, ne sont pas présents cette année. C’est vrai qu’en tant que seul médaillé encore dans l’équipe, j’ai senti qu’il y avait une attente de la part des membres de la délégation. Il n’y a pas eu de pression, mais on sentait cette attente d’une médaille à travers les encouragements.
Que pensez-vous de votre parcours durant le tournoi ?
Je suis satisfait. Ce n’est peut-être pas un parcours cent pour cent parfait en raison du stress et de la tension, mais j’ai pu rester focalisé sur mes objectifs et garder mon calme.
Qu’avez-vous ressenti en vous qualifiant pour la finale ?
C’était la délivrance. C’était une grande joie d’avoir remporté cette demi-finale, car j’étais enfin assuré de remporter une médaille.
Et en remportant l’or ?
De la joie, de la fierté et le plaisir de voir le sourire sur le visage de mes camarades, des membres et des officiels de la délégation mauricienne dans les tribunes. Ça m’a procuré une immense joie de remporter cette médaille d’or et de leur faire vivre ce moment de consécration. Cette victoire est aussi l’aboutissement de mois de travail et de sacrifices et m’a enfin permis de me relâcher.
Que ressentez-vous en devenant le deuxième athlète mauricien à remporter l’or aux Commonwealth, 28 ans après Richard Sunee ?
C’est un honneur de succéder à Richard Sunee et c’était une joie de partager ce moment avec lui, qui était présent dans la délégation. J’avoue que j’étais tellement concentré sur la compétition que je n’ai pas réalisé la portée de ce que je faisais. Ce n’est qu’en sortant du tatami que les gens m’ont fait comprendre que j’avais marqué l’histoire du sport mauricien, et ma joie était immense.
Quels sont vos prochains objectifs ?
La prochaine étape sera le Grand Slam de Suisse et il faut se remettre au travail au plus vite. Cela fait une semaine que je ne me suis pas entraîné. Sur le long terme, je vais enchaîner les compétitions avec comme ambition de me qualifier pour une troisième participation aux Jeux olympiques après celles de 2021 et 2024. Mais il y a aussi les Jeux des îles de 2027 et les Jeux d’Afrique la même année où je vise de bonnes performances.
Le parcours de Rémi Feuillet

8e de finale : bat le Zambien Andrew Sande
¼ de finale : bat le Camerounais Vladimir Carlos Ngueya Naheu
½ finale : bat l’Australien Danny Vojnikovich
Finale : bat le Canadien Guillaume Gaulin
Une 15e place historique pour Maurice
Après les Jeux à Glasgow, l’heure était au bilan pour le Comité olympique mauricien (COM). L’instance olympique, qui a rencontré la presse le vendredi 7 août, affiche la satisfaction après la 15e place de Maurice au classement des médailles. Pour rappel, Maurice a obtenu quatre médailles, dont une en or par l’entremise du judoka Rémi Feuillet, deux en argent signées par la para-athlète Noemi Alphonse et une de bronze par le boxeur Merven Clair lors de l’événement qui s’est déroulé du 23 juillet au 2 août en Écosse. Selon le comité olympique, cette 15e place est historique pour le pays car c’est la première fois que Maurice termine à ce rang au classement des médailles.
L’Australie, avec ses 70 médailles d’or, 45 d’argent et 56 de bronze, a pris la première place devant l’Angleterre pour 29 médailles d’or, 45 d’argent et 36 de bronze, tandis que le Canada arrive en troisième position avec 19 médailles d’or, 20 d’argent et 23 de bronze. Sur les 74 pays annoncés à ces Jeux, 36 figurent au classement des médailles.
Le COM a également profité de cette rencontre pour récompenser les trois médaillés mauriciens. Rémi Feuillet a reçu un chèque de Rs 100 000, Noemi Alphonse Rs 50 000 et Merven Clair Rs 20 000. Cet argent remis sous forme de bon servira à l’acquisition de matériel sportif.
Nos médaillés récompensés

Les athlètes mauriciens qui ont brillé aux Jeux du Commonwealth à Glasgow, en Écosse, ont été récompensés le vendredi 7 août lors d’une cérémonie organisée par le ministère de la Jeunesse et des Sports à Port-Louis. Rémi Feuillet, médaillé d’or chez les -90 kg en judo, s’est vu remettre un chèque de Rs 300 000 par le ministre Deven Nagalingum, alors que l’entraîneur Alain Loumeau a reçu une enveloppe de Rs 120 000. La para-athlète Noemi Alphonse, double médaillée d’argent, notamment sur le 1 500 m et le 400 m T54, s’est vu remettre un cash prize de Rs 400 000 et son mentor Jean-Marie Bhugeerathee un cachet de Rs 80 000. Le boxeur Merven Clair a, pour sa part, reçu un montant de Rs 100 000 à la suite de sa médaille de bronze obtenue chez les -70 kg. Les entraîneurs Richard Sunee et Josian Lebon ont, de leur côté, reçu la somme de Rs 20 000 chacun.
