Il y a des métiers que l’on exerce, et d’autres que l’on porte en soi. Enseigner appartient sans doute à cette deuxième catégorie. Ce lundi 5 octobre, à l’occasion du Teacher’s Day (NDLR : c’est un jour de congé pour les établissements scolaires), les regards se tournent vers celles et ceux qui, chaque jour, transmettent bien plus que des connaissances. Derrière un tableau, des cahiers corrigés, des leçons et des évaluations, il y a des voix qui encouragent, des regards qui rassurent, des conseils qui restent et des rencontres qui peuvent changer une vie. Être enseignant, c’est accompagner, inspirer, parfois semer une petite graine dont on ne mesurera les fruits que des années plus tard. Karen Fanny, enseignante à la Loreto Junior School, sait de quoi il en retourne. «Cette année, le Teacher’s Day résonne en moi d’une manière toute différente. Cela fait plus de quinze ans que je suis enseignante. Quinze années de ma vie rythmées par les cahiers, les petites mains levées, les “Miss !”, les rires, les progrès, mais surtout par tous ces élèves qui, au fil des années, ont laissé une trace dans mon cœur. Cette année, tout s’est arrêté brutalement. J’ai dû mettre ma vie d’enseignante entre parenthèses pour devenir avant tout la maman dont Gabriel avait besoin (NDLR : le petit se bat contre une leucémie à La Réunion)», nous confie l’enseignante qui se trouve donc actuellement dans l’île sœur : «J’ai troqué ma classe contre les couloirs de l’hôpital, les rendez-vous, les traitements et cette nouvelle vie organisée autour de mon fils. Pourtant, je n’ai pas cessé d’être maîtresse. Entre deux traitements, il y a un cahier qui s’ouvre, quelques lettres à écrire, une histoire à lire, un dessin à terminer. J’essaie simplement de préserver chez mon fils cette envie d’apprendre et cette petite part d’enfance que la maladie ne doit pas lui enlever.»
Bien évidemment, elle pense très souvent aux écoliers de la Loreto Junior School. «Mes élèves me manquent énormément. Alors cette année, je vivrai le Teacher’s Day différemment, avec beaucoup d’émotion, mais aussi avec une certitude : même loin de mes élèves et de ma classe, je reste enseignante», nous partage Karen Fanny avec émotion.
Cheminement
C’est aussi avec émotion que Magali Offman, enseignante à la Westcoast International Primary School, parle de son cheminement. «Ma carrière a commencé en 1995, dans la classe Brown de la MIE, au sein d’une grande cohorte de jeunes enseignants. Après quelques mois seulement sur les bancs de l’institution, nous nous sommes retrouvés très vite “dans l’arène”, face à nos premiers élèves. Après presque vingt ans dans l’enseignement catholique, j’ai choisi d’ouvrir un nouveau chapitre à la Westcoast International Primary School. Cette magnifique école m’a permis de changer de contexte et d’enseigner en anglais», nous dit Magali Offman en nous parlant de son parcours : «Aujourd’hui, dans mes fonctions de Year 6 Coordinator et Associate Teacher, je travaille aux côtés de quatre classes et d’une formidable équipe. Mon rôle dépasse désormais la salle de classe : accompagner, collaborer, écouter, conseiller, parfois organiser un Bingo Night ou un séjour à Rodrigues pour 65 élèves ! Cette aventure m’a appris que l’éducation ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances. Elle consiste aussi à écouter, soutenir, apprendre des autres et grandir ensemble. Happy Teachers’ Day à tous !»
Des défis
La même passion anime Cedric Lisette, prof d’économie et de Business Studies. «Quand j’étais enfant, je rêvais de devenir enseignant. Je ne savais pas encore que derrière ce rêve se cacheraient des journées longues, des doutes, de la fatigue, des frustrations et parfois le sentiment de ne pas en faire assez. Je ne savais pas non plus que je découvrirais l’une des plus belles formes d’amour, croire en quelqu’un avant même qu’il ne croie en lui-même. Voilà cinq ans que j’enseigne. Cinq ans à entrer dans des classes avec des personnalités, des blessures, des rêves et des réalités différentes. Cinq ans à comprendre qu’un élève difficile n’est pas forcément un élève perdu, qu’une mauvaise note ne définit jamais une personne et que derrière certains comportements se cache parfois simplement un jeune qui demande, à sa manière, qu’on ne l’abandonne pas», déclare Cedric Lisette. Pour lui le secteur éducatif passe en ce moment par des défis : «Je refuse de croire que l’école a perdu son pouvoir. Car une école ne transmet pas seulement des connaissances. Elle peut réparer une confiance, ouvrir une porte, changer une trajectoire. Et si je devais expliquer ce que représente mon métier, je dirais simplement ceci, enseigner, c’est croire en l’avenir, même lorsque l’avenir lui-même semble douter.»
D’une personne à une autre, la profession se raconte avec beaucoup d’amour. Shynee Raumessur, qui enseigne au Flacq Disabled Centre, parle aussi de son métier avec tendresse. «Pour moi, être prof ne se résume pas à transmettre des connaissances. C’est avant tout une expérience humaine, faite de patience, d’écoute et de beaucoup d’adaptation. Je travaille aujourd’hui au Flacq Disabled Centre auprès d’enfants autrement capables. C’est un travail que j’apprécie énormément, même s’il demande parfois beaucoup de patience. Chaque enfant est différent, avec ses propres besoins, ses capacités et sa manière de communiquer», souligne Shynee Raumessur qui dit apprendre aussi beaucoup de ses élèves. «Je me sens particulièrement à ma place dans cet environnement. Ce travail m’apprend également beaucoup au quotidien. Au-delà de ce que je peux leur apporter, ces enfants m’apprennent à leur tour la patience, la bienveillance et l’importance de célébrer chaque petit progrès», conclut la jeune femme pleine d’enthousiasme, à la veille du Teacher’s Day, en l’honneur de celles et ceux qui, chaque jour, transmettent bien plus que des connaissances : une passion, des valeurs et parfois même le goût de croire en soi.