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Deux principaux suspects de meurtres commis en 2025 en liberté conditionnelle

Les proches de Reade Boodhoo et Ravi Ramchurn remettent en question le judiciaire

6 avril 2026

Les deux victimes

En mai 2025, il rentrait tout juste d’un séjour en France chez ses enfants lorsqu’il a été froidement arraché à la vie. C’est dans sa maison, à Plaine-Verte, que Reade Boodhoo, âgé de 74 ans, avait été retrouvé mort. L’enquête de la Major Crime Investigation Team (MCIT) n’avait pas tardé à s’orienter vers la thèse du vol ayant mal tourné puisqu’une grosse somme d’argent en euros avait disparu de chez lui. Sa sacoche ayant été retrouvée chez son neveu Naadir, un toxicomane, celui-ci avait été appréhendé et était passé est aux aveux.

Après cette tragédie ayant brisé toute une famille, Yasseen, le fils du défunt, s’était muré dans le silence, sa douleur étant bien trop vive. Aujourd’hui, pour la première fois depuis la disparition tragique du septuagénaire, il s’exprime enfin ; non pas parce que le temps a apaisé sa souffrance, mais parce que l’indignation et la colère lui imposent la prise de parole. Pour cause, il a récemment appris que son cousin, l’auteur du crime, avait déjà été libéré sous caution. Remettant en question notre système judiciaire, il s’interroge : «Alors que les meurtres sont de plus en plus récurrents à Maurice, quel message la société envoie-t-elle au public quand la liberté conditionnelle est accordée aux criminels au bout de seulement quelques mois ?»

Le cœur lourd, Yasseen s’exprime sur cette tragédie qui le hante toujours : «J’ai perdu mon père dans des circonstances tragiques. Je ne suis pas juste en colère ; je suis surtout déçu que ce soit mon cousin qui ait commis ce crime. C’est encore plus dur de l’accepter car il ne s’agit pas de n’importe qui ; c’est un cousin vraiment très proche. Nous avions une confiance inouïe en lui, au même titre que tous les membres de son entourage. Nous étions si proches que, par moment, nous venions passer des vacances à Maurice spécialement pour les voir.

Même dans mes pires cauchemars, je n’aurais jamais imaginé qu'une telle chose puisse se produire.» Depuis que son cousin est en liberté conditionnelle, dit-il, «ce sont tous les autres membres de notre famille qui se sentent en danger». Pour Yasseen, cette rigueur juridique ressemble à un privilège accordé au bourreau. Dans une correspondance adressée au Directeur des poursuites publiques (DPP), datant du 28 mars, il lui a fait part des nombreuses raisons pour lesquelles il s’oppose à cette décision du tribunal, notamment la gravité du crime commis, le besoin de rendre justice et la sécurité des témoins.

Comme Yasseen, Sweety a l’impression de vivre la même injustice. En février 2025, son père Ravi Ramchurn, âgé de 50 ans, a été retrouvé mort dans une maison en construction appartenant à son employeur. L’enquête avait conduit à l’arrestation de la fille de ce dernier, Yajna Devi Rutty, considérée comme principale suspecte dans cette affaire même si elle n’est jamais passée aux aveux. Cette semaine, elle a été libérée sous caution bien qu’elle fasse toujours l’objet d’une accusation provisoire de meurtre. Sweety, la fille de la victime, déplore : «Comment est-ce possible qu’elle ait pu être relâchée si elle est toujours considérée comme une suspecte et n’a jamais collaboré avec les enquêteurs ?» Toujours en quête de vérité plus d’un an après les faits, elle continue de réclamer justice pour son père et lance un appel aux autorités pour que cette affaire, toujours non résolue, soit enfin tirée au clair.

Me Somand Kumar Adheen, avocat de Yajna Devi Rutty : «La justice a tranché, il faut respecter cette décision»

Me Somand Kumar Adheen, avocat de Yajna Devi Rutty, s’est montré catégorique à la suite de la remise en liberté sous caution de sa cliente, impliquée dans l’affaire du meurtre de Ravi Ramchurn après une année de détention préventive. «La justice a tranché. Il faut respecter cette décision», a-t-il déclaré. L’homme de loi a précisé que le magistrat s’est dit convaincu que sa cliente ne chercherait pas à interférer avec les témoins ; un argument pourtant avancé par la police pour s’opposer à sa remise en liberté sous caution.

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