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Badminton – Dissolution de l’AMB

L’heure du grand déballage

1 avril 2026

Les membres de la plate-forme Badminton 4 All ont été très critiques envers l'ancien président de la fédération.

Les langues commencent à se délier dans le giron du badminton. Deux semaines seulement après la révocation du comité directeur de l’Association mauricienne de badminton (AMB), des badistes, entraîneurs, officiels ainsi que des anciens dirigeants sont venus de l’avant pour dénoncer les pratiques de l’ancien bureau exécutif.

Le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) a dissous le comité directeur de l’AMB, le 10 mars dernier, suite aux nombreux remous internes qui secouent cette discipline depuis deux ans. Des divergences entre athlètes, entraîneurs, officiels, parents et la fédération ont beaucoup entaché l’image de ce sport dans le pays.

La décision du ministère, bien qu’elle n’ait pas la faveur d’une certaine tranche du sport mauricien, est bien accueillie par la plateforme «Badminton 4 all». Ces membres étaient face à la presse le mardi 24 mars pour faire part de leurs griefs face aux agissements du comité déchu présidé par Gaurav Heerowa.

Parmi les intervenants, nous retrouvons Gavin Veerasamy, ancien trésorier démissionnaire de l’AMB en décembre 2024, les badistes Reeha Dookhee et Tejraj Pultoo qui avaient logé une action en justice pour avoir été écartés de la sélection nationale en 2025, Julien Paul, l’actuel numéro 1 national, Jessen Mahadoo, arbitre international et ancien président du comité des officiels, et Neeresh Ramtohul, ex-entraîneur national qui a démissionné de son poste le 23 février dernier.

Les membres de la plateforme approuvent pleinement la décision du ministère des Sports tout en espérant un renouveau de la discipline dans le pays. «Cette plateforme a été mise sur pied pour donner de la voix aux personnes concernées et qui croient en l’avenir du badminton», lance d’emblée Gavin Veerasamy, ancien trésorier de l’association, avant de poursuivre sur les raisons expliquant sa démission de l’exécutif.

Il est revenu sur les $10 500 décaissés par la Badminton World Federation (BWF) après les Championnats du monde juniors en septembre 2024 en Chine et avance que seulement $7 500 de ce montant ont été reversés aux joueurs, alors qu’on ignore ce qu’est devenu le reste de la somme.

Il dénonce le manque de transparence au sein de l’ancienne direction et parle d’un «one man show» de Gaurav Heerowa qui prend les décisions sans passer par le board. Selon lui, c’est cette manière de procéder qui a entraîné la démission de quatre membres de l’exécutif.

Jessen Mahadoo, ancien responsable technique, s’est appesanti sur le nouveau format de compétition qui est passé de la formule à élimination directe à une ligue. Pour l’arbitre international, ce nouveau format n’est pas approprié pour l’épanouissement des joueurs.

«L’AMB nous a obligés à adhérer à de nouvelles responsabilités qui se trouvent en dehors de notre juridiction prescrite par les instances internationales que sont la BWF et la Confédération africaine de badminton (CAB). Il y a une plainte qui a été logée contre les officiels par la fédération au Tribunal d’arbitrage du sport afin de nous imposer des conditions qui sont contraires aux règlements internationaux et au Sports Act. À notre grande surprise, la fédération a bafoué les règlements internationaux en révoquant le comité des officiels techniques. Nous avons essayé à plusieurs reprises d’en discuter avec le comité directeur, mais nos demandes sont restées sans suite», révèle Jessen Mahadoo.

Hausse des frais de participation

Julien Paul, représentant des athlètes, est revenu sur les frais de Rs 500 que les joueurs doivent débourser pour leurs enregistrements à des tournois internationaux. Une dépense injustifiée selon le numéro 1 national, d’autant que la plateforme est gratuite. Il trouve également injuste la hausse des frais de participation aux compétitions nationales qui sont passés de Rs 200 pour une entrée à Rs 1 000. Il estime qu’un badiste qui est engagé en simple, double et double mixte doit débourser Rs 3 000 pour trois entrées contre Rs 600 avant. Il s’insurge également contre le fait que les joueurs doivent apporter leur propre volant pour les compétitions.

«Il y a le nouveau format d’entraînement qui est de cinq sessions par semaine au lieu de 10 à 11 séances qui ne nous convient pas du tout pour notre progression. Sans compter cette nouvelle “pay and claim policy” où nous devons nous-mêmes payer les frais de déplacement à l’étranger sans pour autant savoir si nous serons remboursés entièrement ou à 50 pour cent», fustige l’ex-champion d’Afrique.

Tejraj Pultoo et Kobita Dookhee sont revenus sur leur éviction de la sélection nationale en 2025. Une décision injuste et qui a eu un impact sur la suite de leur carrière sportive. Ces derniers estiment que des athlètes ont mieux à faire que de devoir aller plaider leurs causes dans une cour de justice.

«Je voulais effectuer une formation pour entraîneur de niveau 1 et 2 et je suis disposé à payer l’intégralité de la formation, mais la fédération a exigé un “training security bond” de Rs 750 000 pour avoir une “endorsement letter”. D’autres joueurs se sont retrouvés dans la même situation, sauf qu’on leur a demandé des montants moins conséquents», allègue Tejraj Pultoo.

Neeresh Ramtohul, ancien entraîneur national, a, de son côté, énuméré le besoin d’avoir une atmosphère apaisée pour que ce sport puisse aller dans la bonne direction. Selon lui, les conflits internes et les politiques mises en place ont grandement nui au bon fonctionnement de la discipline. Il espère que le badminton sortira de cette crise au plus vite pour pouvoir se remettre sur les rails et avancer vers l’avenir.

Le moins qu’on puisse dire est que cette affaire est loin d’avoir connu son dénouement car Gaurav Heerowa n’a pas tardé à réagir de son côté (voir hors texte ci-contre). La mise en place d’un comité intérimaire est vivement souhaitée et par la suite une enquête approfondie permettra de définir les responsabilités.

Ce n’est pas la première fois que le badminton mauricien nage en eaux troubles, mais, à chaque fois, ce sport a su rebondir pour conquérir le cœur des Mauriciens par ses exploits.

**Gaurav Heerowa donne sa version des faits **

L’ex-président de l’AMB réplique à son ancien trésorier dans un communiqué : «Je suis flatté par l’expression “one man show”. Si tel était réellement le cas, cela signifierait que j’aurais, à moi seul, organisé toutes les compétitions, à savoir les Youth Leagues, Championnats de l’AMB, Mauritius International, Championnats d’Afrique d’AirBadminton ainsi que les programmes d’entraînement, de même que les autres projets de développement et de formation, entre autres. Ces réalisations sont le fruit d’un travail collectif. M. Veerasamy a induit en erreur le comité concernant le paiement du salaire de l’entraîneur Munna, situation qui a conduit l’AMB à devoir réclamer un remboursement auprès du MJS. Il a également fourni des informations erronées concernant le Membership Grant Programme 2020, exposant l’association à des risques vis-à-vis de la BWF», rétorque Gaurav Heerowa.

Il est également revenu sur la démission des quatre membres de la fédération en 2024 qui, selon lui, est liée au Membership Grant Programme 2020. «Ces démissions sont intervenues dans un contexte de risque de sanctions. Une “precautionary measure” a été déposée au poste de police de Rose-Hill, à laquelle nous avons répondu avec des preuves documentées. Les déclarations de M. Veerasamy apparaissent sélectives et, dans certains cas, en contradiction avec les faits documentés. Elles ne reflètent ni la réalité du fonctionnement du comité, ni les efforts considérables entrepris pour redresser et développer le badminton mauricien», peut-on lire dans le communiqué.

Il donne également la réplique à Jessen Mahadoo en affirmant que plusieurs réunions ont eu lieu en décembre 2023 et janvier 2024 entre l’AMB et le comité des officiels techniques (MBATOC). Il soutient que les formats des compétitions avaient été présentés aux officiels en amont mais que ce n’est que la veille du tournoi que le programme a été publié, ce qui a engendré de nombreuses plaintes. Il poursuit en affirmant qu’il n’existe aucune liste des officiels et qu’il n’y a aucun compte rendu de leurs activités. Il avance avoir constaté un faible taux de participation aux compétitions et allègue avoir remarqué des cas de favoritisme dans la nomination de certains officiels. Gaurav Heerowa estime que ces manquements ont contraint la fédération à saisir le TAS dans le but qu’une décision soit prise en toute transparence.

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