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L’indignation… jusqu’au prochain féminicide !

11 janvier 2026

Pendant que la politique nous impose une nouvelle scène de ménage à la tête du pays, une réalité bien plus grave continue de coûter la vie à des femmes, à l’exemple des trois victimes, tuées en l’espace de quelques jours.

À chaque nouveau féminicide, le choc cède la place à l’indignation, l’incompréhension, puis à une série de remises en question… avant que le tourbillon du quotidien ne reprenne le dessus. Jusqu’au prochain drame. Et les mêmes réflexions refont surface : l’absence de soutien aux victimes, les doutes sur l’efficacité des mesures de protection, les agissements souvent contestés de la police, l’application parfois défaillante de nos lois, les mentalités qui peinent à évoluer. La liste est longue, épuisante… On pourrait presque se lasser de ces scénarios récurrents, tant cette fatalité qui poursuit les femmes semble impossible à freiner. Et pourtant, il faut garder intacte notre capacité citoyenne à nous révolter, à nous indigner, quitte à nous répéter, et rappeler sans cesse que ces violences ne sont ni normales, ni acceptables.

Ainsi, l’année 2025 s’est achevée avec deux femmes tuées. Et 2026 a déjà enregistré son premier féminicide. Le 31 décembre, le corps d’Anna Muthoora, 33 ans, a été découvert à son domicile à Batimarais. Son époux est soupçonné de l’avoir mortellement agressée. Ce même matin, celui de Sreematee Bunghoo, 78 ans, a été retrouvé à Vacoas et la police privilégie la piste d’un meurtre lors d’un vol. Dans la nuit du 3 au 4 janvier, la jeune Sivanee Saminaden, 29 ans, a été arrachée à la vie, à sa famille et à son bébé de six mois, retrouvé blessé dans un baril-poubelle et hospitalisé en urgence.

Entre-temps, le compagnon de la jeune femme, de nationalité camerounaise, a été arrêté. Et tandis que les proches de la victime, dévastés, tentent de faire leur deuil, tandis que ceux qui l’ont connue gardent d’elle l’image d’une jeune femme lumineuse, on assiste à un incroyable déferlement de haine sur les réseaux sociaux. Propos racistes, jugements cruels, attaques ciblant le choix du compagnon de la victime, des commentaires témoignant de la mentalité de certains internautes, n’ayant aucun respect envers la mémoire d’une femme assassinée — que l’on continue de juger après sa mort.

Pourtant, les statistiques sont implacables. Neuf féminicides en 2025, neuf autres en 2024. Et dans l’écrasante majorité des cas, ce sont des conjoints mauriciens qui ont oté la vie à leur compagne. La violence n’a pas de nationalité.

Alors que nous revenons sur le drame de Sivanee dans notre édition de ce dimanche, un autre récit interpelle sur le terrain des procédures et des complexités de notre système judiciaire. C’est l’histoire de Nancy Merle, retrouvée morte chez elle en juin 2024. Son mari, soupçonné et arrêté, a été libéré sous caution en décembre dernier. Les proches crient leur révolte, envisagent de saisir le Directeur des Poursuites Publiques en s’interrogeant sur la libération sous caution d’un suspect alors que la police s’y était opposée !

Au-delà de cette affaire, chaque féminicide rappelle le même schéma : découverte du corps, arrestation, dépositions suivies parfois d’allégations d’aveux extorqués sous la contrainte ou de brutalités policières et, dans plusieurs cas, une libération sous caution au bout. Pendant ce temps, les proches des victimes entament un calvaire, souvent pendant de longues années avant que justice ne soit rendue.

Parfois, des enquêtes policières bâclées ne permettent pas l’emprisonnement des coupables, d’autres fois les peines prononcées semblent insuffisantes et ravivent les plaies portées à vie par des familles. Et puis, il y a ces moments, rares, où les paroles d’un juge, empreintes de compassion, redonnent foi en l’institution. En décembre dernier, celles du juge Manrakhan ont résonné en cour, quand, après avoir condamné Umaiir Nubbeebuccus à la prison à vie pour le meurtre prémédité de son ex-épouse Sheela Buleeram, il déclara que «les femmes n’appartiennent pas à ceux ayant autrefois partagé leur vie. Leur autonomie n’est pas conditionnelle et leur refus de se soumettre au contrôle ne peut pas les condamner à la mort.» Une position rassurante et nécessaire qui rappelle que le judiciaire peut, lorsqu’il assume pleinement sa mission, envoyer des signaux clairs à la société mauricienne. Mais qu’en est-il de la responsabilité des autres maillons de la chaîne : police, organisations chargées de la protection, mécanismes de prévention et la société elle-même ?

Peut-on s’attendre à des mesures à la hauteur de l’urgence ? Car pendant que la politique nous impose une nouvelle scène de ménage dont on aurait pu faire l’économie, des femmes continuent de mourir. Anna, Sreematee et Sivanee sont trois nouvelles victimes de trop !

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