Une tâche de vomi sur votre nouveau sweatshirt ? Il vous a coûté une blinde ! Un devoir à faire en 5 minutes chrono à 6 heures du mat’ parce que votre ange a oublié d’en parler ? Yes you can ! Une crise de votre ado parce que le noir de son t-shirt préféré n’est plus tout à fait noir ? Normal ! Après 626 lavages ! Welcome à un énième épisode des #everydaystruggles des mamans ! Être mère, c’est aimer, organiser, rassurer, anticiper, consoler… souvent tout cela à la fois. Mais derrière les goûters préparés à la hâte, les listes mentales interminables et les nuits écourtées, beaucoup de femmes portent aussi une fatigue invisible. À l’occasion de la fête des Mères, il est essentiel de rappeler que prendre soin de sa santé mentale n’est ni un luxe ni un acte égoïste : c’est une nécessité.
Selon plusieurs études internationales, les mamans sont particulièrement exposées au stress chronique, à l’épuisement émotionnel et à la charge mentale. Une étude publiée dans le Journal of Marriage and Family a notamment montré que les mères consacrent davantage de temps à la gestion émotionnelle et logistique du foyer que les pères, même lorsque les deux travaillent à temps plein. Cette accumulation de responsabilités peut avoir des conséquences directes sur le bien-être psychologique. La psychologue américaine Lisa Damour, spécialisée dans la santé mentale des femmes et des adolescents, rappelle d’ailleurs que «beaucoup de mères fonctionnent en mode survie sans même réaliser à quel point elles sont épuisées». Cette fatigue mentale permanente peut se traduire par de l’irritabilité, des troubles du sommeil, une difficulté à se concentrer, voire un sentiment de culpabilité constant.
La psychiatre et chercheuse française Marie-Rose Moro insiste également sur un point souvent oublié : les mères ont besoin d’être soutenues émotionnellement, pas seulement aidées de manière pratique. «Une mère qui se sent écoutée et reconnue dans ses difficultés développe davantage de ressources psychiques», explique-t-elle dans ses travaux sur la parentalité. Alors, comment prendre soin de sa santé mentale lorsque l’on est maman ? Une question, des pistes, un pas vers le mieux-être. Ça se passe ici et maintenant…
Accepter que la perfection n’existe pas. De nombreuses mères vivent sous pression. Les réseaux sociaux, les injonctions éducatives ou encore les comparaisons permanentes alimentent l’idée qu’il faudrait être une maman toujours disponible, organisée et patiente. Pourtant, les professionnels de santé mentale sont unanimes : la perfection est une illusion dangereuse. Le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott parlait déjà, dans les années 1950, de la «mère suffisamment bonne». Selon lui, un enfant n’a pas besoin d’une mère parfaite, mais d’une mère présente, humaine, capable aussi de montrer ses limites. S’autoriser à dire «je suis fatiguée», «j’ai besoin d’aide» ou «aujourd’hui je n’y arrive pas» constitue déjà une forme de protection psychologique. Ne l’oubliez pas, la culpabilité maternelle reste l’un des plus grands facteurs d’épuisement émotionnel.
Retrouver des espaces à soi. Lire quelques pages avant de dormir. Marcher seule. Reprendre une activité créative. Boire un thé dans le calme. Ces moments paraissent anodins, mais ils sont essentiels. Selon une étude publiée par l’American Psychological Association, les personnes qui prennent régulièrement du temps pour des activités personnelles présentent un niveau de stress et d’anxiété significativement plus faible. La psychothérapeute belge Isabelle Filliozat souligne souvent que les mères ont tendance à s’oublier complètement dans le rôle parental. Or, conserver une identité personnelle en dehors de la maternité participe à l’équilibre émotionnel. Prendre soin de soi ne signifie pas se couper de ses enfants. Cela signifie simplement reconnaître que les besoins émotionnels des mères comptent aussi.
Briser le silence autour de la détresse maternelle. Certaines mamans traversent des périodes beaucoup plus difficiles : burn-out parental, anxiété sévère, dépression post-partum ou solitude extrême. Pourtant, beaucoup hésitent encore à demander de l’aide par peur du jugement. L’Organisation mondiale de la santé estime qu’environ une femme sur cinq souffre d’un trouble de santé mentale pendant la grossesse ou après l’accouchement. Ces difficultés peuvent toucher toutes les mères, quel que soit leur âge, leur milieu social ou leur expérience. Pour la psychologue clinicienne Johanna Rozenblum, parler est déjà une étape thérapeutique importante. Confier sa fatigue à un proche, consulter un psychologue ou rejoindre un groupe de parole permet souvent de sortir de l’isolement émotionnel.
Réapprendre à partager la charge mentale. La santé mentale des mères est aussi une question collective. Dans beaucoup de familles, les femmes restent les principales responsables de l’organisation du quotidien : rendez-vous, repas, école, anniversaires, vêtements, santé des enfants… Cette étouffante «charge mentale» finit par saturer l’esprit. Le sociologue français Jean-Claude Kaufmann explique que cette accumulation de micro-responsabilités invisibles crée une fatigue psychique profonde. Partager réellement les tâches, déléguer et accepter que tout ne soit pas fait parfaitement peut réduire cette pression.