Direction Beau Plan, dans le nord de l’île, sous un soleil bien présent. À L’Aventure du Sucre, on ne se contente pas de visiter : on vit une expérience qui éveille les sens. Dès les premiers pas, on se laisse porter. On écoute, on observe, on manipule… parfois même, on reconnaît des odeurs familières. Ici, l’histoire de la canne à sucre ne se lit pas seulement, elle se découvre autrement. Un patrimoine profondément ancré dans l’identité mauricienne, aujourd’hui présenté de manière plus moderne et interactive. Après 23 ans d’opération, le musée a relevé un défi ambitieux : repenser entièrement son parcours. Pendant plus de deux ans, sans fermer ses portes, il s’est transformé pour offrir une expérience plus immersive, en phase avec les standards internationaux. Le parcours se décline désormais en neuf espaces. À chaque étape, une nouvelle facette se dévoile : la culture de la canne, sa transformation, ses multiples usages… jusqu’à ses produits dérivés. Parmi les nouveautés, l’espace dédié à la New Grove Distillery attire particulièrement l’attention. Entre alambic, fûts et dispositifs interactifs, on découvre les secrets du rhum tout en s’amusant. Mais ce qui marque surtout, ce sont les personnes qui font vivre ce lieu. Des passionnés, heureux de transmettre. Ici, on apprend sans s’en rendre compte… et on repart avec un regard nouveau. Retour en images sur cette immersion sucrée.

Elle arrive avec ce sourire franc et cette énergie qui accroche tout de suite. Sandrine Marrier d’Unienville fait partie de ces personnes qui ne racontent pas seulement un lieu… elles le font ressentir. Responsable de la communication et du développement culturel, elle a grandi avec L’Aventure du Sucre depuis 2015. Et cette transformation récente, elle l’a vécue de l’intérieur. «Je pense que je ne vivrai ça qu’une seule fois dans ma carrière», lâche-t-elle, encore portée par l’intensité du projet. Derrière ce nouveau parcours, il y a d’abord une réalité : le musée devait évoluer avec son temps. «En plus de 20 ans, les connaissances ont changé, tout comme la filière. Aujourd’hui, on parle d’agro-technologie, d’innovation… il fallait que cela se reflète ici.» Pendant plus de deux ans, avec une équipe mêlant experts locaux et spécialistes internationaux, tout a été repensé. Objectif rendre compréhensible une histoire dense, sans la dénaturer. «On devait parler à tout le monde. À celui qui découvre, comme à celui qui connaît déjà.» Très vite, une évidence s’impose : pour capter l’attention, il faut faire vivre les choses. «Le jeu crée le déclic. On touche, on teste, on s’amuse… et sans s’en rendre compte, on apprend.» Et ça marche. Les espaces s’enchaînent sans lourdeur, entre images, sons, manipulations et moments plus contemplatifs. Chacun avance à son rythme, selon sa curiosité. Mais ce qui marque aussi, c’est tout ce qui entoure la visite. «On ne vient pas seulement pour un musée.» Ici, on prolonge l’expérience : une pause dans les jardins, une dégustation au village boutique, un repas au Fangourin… «Tout se connecte naturellement.» Elle parle aussi avec fierté de celles et ceux qui donnent vie au lieu. Les artistes mauriciens qui habillent les murs, les équipes qui entretiennent chaque espace, les talents mobilisés à tous les niveaux. «C’est un travail collectif. Et ça se ressent.» Aujourd’hui, il suffit d’observer les visiteurs à la sortie. Des regards curieux devenus souriants. «Quand on voit ça, on sait qu’on a réussi quelque chose.»

Difficile de parler de cette visite sans évoquer ce moment où tout s’arrête… juste le temps d’une bouchée. Un poisson parfaitement maîtrisé, un risotto crémeux, une tuile de parmesan croustillante, une touche acidulée qui vient réveiller le tout. Et puis, il y a le dessert… Imaginé par le chef pâtissier, une tarte que l’on croit à la crème de marron, avant de découvrir qu’il s’agit en réalité d’une crème au sucre muscovado. Surprise totale. Un vrai moment de plaisir… mais on ne vous en dit pas plus. On est sûr que vous avez déjà l’eau à la bouche. Derrière cette cuisine, il y a Kevin Karuppanen. Un chef discret, posé, mais profondément attaché à ce qu’il fait. À la tête des cuisines du Fangourin depuis six ans, son histoire avec le lieu remonte pourtant à bien plus loin. «Mon chef m’a fait découvrir cet endroit… et depuis, je suis resté.» Mais pour lui, le lien est encore plus personnel. «Quand j’étais petit, je venais déjà ici. Mon grand-père livrait la canne à Beau Plan.» Une mémoire familiale qui donne aujourd’hui un autre sens à son travail. Dans l’assiette, cette connexion se traduit naturellement. Ici, le sucre ne se cache pas… il s’intègre. «Nou servi bann disik spesial dan nou marinad ek nou lasos… samem ki fer ki nou lakwizinn li diferan !» Une signature subtile qui accompagne sans écraser. Mais plus que la technique, c’est l’environnement qui fait la différence. «C’est tout autour… le lieu, l’équipe, l’ambiance.» Pour lui, rien ne fonctionne seul. «Quand on est bien entouré, on travaille mieux.» Et ce qu’il cherche avant tout, c’est ce moment précis : la réaction du client. «Quand quelqu’un apprécie le plat… c’est ça qui compte.» Même les critiques, ajoute-t-il, font avancer. En découvrant le nouveau parcours du musée, il se laisse lui aussi surprendre. «Il y a un côté nouveau… surtout la distillerie. C’est impressionnant.» Comme un prolongement naturel de ce qu’il propose en cuisine. Car ici, tout se rejoint. «Cuisine, musée… tout est lié.» Une même histoire, racontée autrement.

C’est elle qui donne le ton dès les premiers pas. Edwige Gufflet, à la tête de L’Aventure du Sucre depuis 23 ans, parle du lieu avec une passion presque contagieuse. Française d’origine, Mauricienne de cœur, elle glisse avec humour : «Je suis mariée à un Mauricien, mes enfants sont nés ici… mais mon créole reste un peu baroque ! Et eux, ils ne m’aident pas du tout, ils se moquent !» dit-elle en riant. Mais très vite, le ton devient plus profond. Derrière les mots, il y a une conviction : raconter Maurice autrement. «Ce musée, ce n’est pas juste une visite. C’est comprendre l’âme du pays, son histoire… et surtout son génie.» Car en 23 ans, beaucoup de choses ont changé. L’histoire s’est enrichie, les recherches ont évolué, et surtout, la canne a pris une nouvelle dimension. «On ne parle plus seulement d’industrie sucrière, mais d’industrie cannière. Dans la canne, tout se transforme.» Sucre, rhum, énergie… Maurice s’impose aujourd’hui parmi les meilleurs au monde dans ces domaines. Ce nouveau parcours, entièrement repensé, reflète cette évolution. «Il fallait tout revoir, tout réécrire. Il n’y a pas une seule partie de l’ancien musée qui est restée.» Mais au-delà de la modernisation, c’est un message fort qu’elle souhaite transmettre : celui de la résilience mauricienne. «Les Mauriciens ont cette capacité incroyable à se relever, encore et encore. C’est ça, leur force.» Dans les allées du musée, entre machines d’époque, installations interactives et espaces sensoriels, cette histoire prend vie. «On ne vient pas seulement apprendre, on vient ressentir.» Et quand on lui demande pourquoi un Mauricien devrait (re)découvrir ce lieu, sa réponse est simple : «Pour comprendre d’où il vient… et mieux savoir où il va.»
Ki bizin kone ?
Ouvert tous les jours de 10 h à 16 h, le site propose une visite immersive d’environ 1h30, avec audioguide gratuit en neuf langues et dégustations incluses. Comptez Rs 600 pour les adultes résidents, Rs 300 pour les jeunes et étudiants, et Rs 325 pour les seniors. Des visites guidées sont proposées en supplément à Rs 300, ainsi qu’une expérience «kouper kann» les mercredis. Des tarifs préférentiels existent pour les groupes, sur réservation à reservation@aventuredusucre.com ou au 243 7900.