Portée par Omnicane, la Mauritius Commercial Bank et Calycé International, la nouvelle ferme solaire agrivoltaïque OmniPV1 déploie plus de 8 000 panneaux photovoltaïques sur quatre hectares de terres agricoles. Inaugurée le 4 juin dernier, elle pourra alimenter près de 3 400 foyers mauriciens. Sa particularité ? Elle ne produit pas uniquement de l’électricité. Grâce à l’agrivoltaïsme, des panneaux solaires et des cultures agricoles cohabitent sur un même site, conciliant transition énergétique et exploitation de la terre. Une nouvelle page s’écrit ainsi pour Poudre-d’Or. Nous avons sillonné ce village du Nord pour découvrir cette nouvelle ferme solaire... mais surtout pour entendre ce qu’en pensent ceux qui la côtoient au quotidien.


Roshan Reedoye nous interpelle spontanément pour entamer la conversation. Bon vivant et profondément attaché à son village, il ne cache pas son amour pour Poudre-d’Or. «Sa mo landrwa sa ! Si ou marye ar mwa ek ou amenn mwa enn lot landrwa, be sa ou pou al tousel !» lance-t-il en riant. S’il voit d’un bon œil le développement des énergies renouvelables, il s’interroge sur leur accessibilité. «Quel intérêt de mettre en place ce système si l’investissement reste trop élevé ? J’ai un ami qui est passé au solaire et il continue quand même de payer sa facture d’électricité. Cela m’a découragé.» Il poursuit : «Certes, c’est sûrement l’avenir, mais il faut que tout le monde puisse avoir accès à cette technologie. En moins de deux ans, ma facture de CEB est passée de Rs 600 à Rs 3 500. Les Mauriciens doivent pouvoir bénéficier de ce type de projet avant d’avoir à investir autant.» Puis, très vite, la conversation revient à sa passion : la pêche. «Vinn ar mwa, mo montre ou kouma netway sa mulet-la !» Nous le suivons jusqu’à son installation improvisée, où chaque geste est exécuté avec patience et précision. «Si ou anvi manze, bizin konn pran letan pou fer li bien. La enn mo pou frir ek lot-la mo pou fer kari !» conclut-il avec le sourire.

Direction la côte du village, où l’ambiance change complètement. La brise marine, le soleil et le calme offrent un décor propice à la détente. Assis à l’ombre, Francis Ladouceur discute de la pêche du jour avec un ami. Natif de Poudre-d’Or, ce pêcheur bien connu du village depuis plus de 40 ans a vu son coin évoluer au fil des décennies. «Li nepli sa Poudre-d’Or lontan-la, kot ti viv bien, san lennmi ek zalouzi. Me mo krwar partou dan Moris inn vinn koumsa aster !» S’il apprécie toujours son village, il regrette une certaine animation d’autrefois. «Le dimanche, il y a plus de monde qui vient profiter de la mer et de l’ombre des filaos. Mais c’est dommage qu’il n’y ait plus autant d’activités qu’avant : des régates, des matchs de football... Il y avait de la vie.» Concernant la ferme solaire, Francis accueille le projet avec enthousiasme. «Mem si mo konpran plis pwason ki soler !» plaisante-t-il dans un éclat de rire. Avant d’ajouter, avec la simplicité qui le caractérise : «Nous avons un beau lagon, avec plusieurs poissons : vieille, mulet, cordonnier...»

C’est sur la route Royale de Poudre-d’Or qu’un snack pas comme les autres, installé dans une charmante case créole, accueille à l’heure du déjeuner non seulement ses clients, mais aussi toute une famille. L’ambiance y est chaleureuse. Aux côtés de sa maman, de sa marraine et d’une amie, la gérante Annabelle Madoo nous parle avec fierté de son village. «Ma famille et moi avons ouvert Ti Rol Snack il y a quatre ans. Ici, ce sont les bons manze lakaz qui attirent ceux qui sont en pause déjeuner. À part les traditionnels mine frit, boulettes et mine bouillie, il y a aussi nos menus du jour : du salmi de canard, de dinde ou d'agneau, accompagné d’un bon riz blanc. Ou bizin asize manze pou kone !» lance-t-elle en souriant. Que pense-t-elle de la nouvelle ferme solaire ? «Mo espere li pou benefik pou bann abitan dan landrwa, mem so kote plantasion. Que les Mauriciens puissent aussi manger du local, pa zis exporte ! Mo espere zot tenir parol pou soulaz bann foye-la. Parski dir ek fer, se de kiksoz diferan.» Annabelle évoque aussi les besoins du village. «Il nous manque une pharmacie et un ATM. Nous devons aller jusqu’à Goodlands ou Rivière-du-Rempart.»
