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57 ans du MMM ce dimanche

Quand des militants de longue date racontent leur «amour» pour leur parti

27 septembre 2026

Une histoire et un tournant... Ce dimanche 27 septembre, le parti mauve soufflera ses bougies pour la première fois sans Paul Bérenger, son leader historique. Un anniversaire forcément particulier, entre nostalgie, fidélité aux valeurs militantes et nouveau départ. Est-ce que le MMM rassemble toujours ?Des fidèles nous parlent de leur engagement, de leurs souvenirs et de leur regard sur l’avenir du parti cher à leur cœur...

Il y a des anniversaires qui racontent bien plus qu’une année de plus… Pour l'anniversaire d'un parti, par exemple, il raconte surtout, à sa manière, un pan de l’histoire d’un pays. Des années qui passent, des générations qui se succèdent, des élections qui redessinent les rapports de force et des pages entières de l’histoire nationale qui s’écrivent au fil des scrutins. Il est ainsi question de victoires ou encore de moments de rassemblement lorsque, par exemple, les urnes offrent un nouveau souffle et ouvrent les portes du pouvoir.

Puis, il y a aussi les périodes de doute, les défaites, les départs, les divisions et ces longues traversées du désert depuis les bancs de l’opposition. Et derrière l'anniversaire d'un parti se cachent aussi des visages, des discours qui ont marqué, des campagnes électorales, des promesses, des accomplissements, des leçons de la part de l'électorat et parfois des désillusions. C'est également une histoire politique faite de conquêtes et de remises en question, tout en regardant dans le rétroviseur… pour mesurer le chemin parcouru.

C'est ce que vit actuellement le MMM qui fête ses 57 ans en ce dimanche 27 septembre. Et cela, dans un contexte spécial, le parti étant passé par des turbulences ces derniers mois. En effet, durant les mois écoulés, il a traversé une tempête politique qui a profondément bouleversé une famille militante construite depuis 1969. Le premier coup de tonnerre est venu de Paul Bérenger. Alors Deputy Prime Minister et figure historique du mouvement, il a démissionné du gouvernement en mars 2026, après avoir exprimé de profondes divergences sur sa ligne et sa gouvernance. Il a notamment dénoncé, selon ses propres déclarations, des «dérives» en matière de gouvernance, des inquiétudes économiques, des soupçons de corruption et de trafic d’influence, ainsi que des promesses et réformes qu’il estimait insuffisamment mises en œuvre.

Savita Tirbanee, Frédéric Speville et Charlene Papillon nous parlent de leur engagement, de leurs souvenirs et de leur regard sur l’avenir du parti cher à leur cœur...

Mais derrière la crise gouvernementale se jouait aussi une autre bataille : celle de rester ou de partir du gouvernement. La majorité du MMM a choisi de demeurer au gouvernement, estimant devoir respecter le choix des militants, et de poursuivre le travail engagé au sein de l’Alliance du Changement. La rupture est alors devenue personnelle et historique. En avril, Paul Bérenger a finalement quitté le MMM après plus de cinq décennies, entraînant dans son départ sa fille Joanna Bérenger ainsi que Chetan Baboolall. Paul Bérenger a qualifié ce départ de «déchirement» alors que ses anciens camarades du MMM ont choisi de continuer d’exister sans lui. Deux visions, deux chemins, une même histoire désormais séparée. Est-ce que le MMM continue de rassembler et de répondre aux attentes des militants ? Car depuis est venu le Fron Militan Progresis (FMP), lancé officiellement en mai par Paul Bérenger, sa fille Joanna Bérenger et leurs compagnons de route. En effet, depuis la fracture, deux lectures s’opposent : ceux qui estiment que l’identité du MMM reste profondément liée à Bérenger et ceux qui défendent l’idée d’un MMM capable de se poursuivre sans lui.

Les yeux seront ainsi tournés ce dimanche vers l’auditorium Octave Wiehe, à Réduit, où le MMM célébrera ses 57 ans. Placé sous le thème «Le MMM, hier, aujourd’hui, demain : devoir et responsabilité», ce congrès anniversaire – qui intervient donc dans un contexte particulier pour le parti qui, pour la première fois, célèbre cette étape importante sans son leader historique, Paul Bérenger – sera bien plus qu’un simple retour sur le passé. Entre héritage, valeurs militantes et nouveaux défis, les Mauves se pencheront sur le chemin parcouru, mais surtout sur celui qu'il reste à tracer. Un rendez-vous placé sous le signe de la mémoire, de la responsabilité collective et de l’avenir... Les membres du parti ont donné le ton de ce rendez-vous dominical lors d'une conférence de presse le mercredi 23 septembre. Reza Uteem, Rajesh Bhagwan, Ajay Gunness et Arianne Navarre-Marie ont ainsi appelé les militants à se mobiliser pour le congrès.

«Retournn lakaz mama»

Reza Uteem a lancé un appel aux anciens militants : «Retournn lakaz mama.» Rajesh Bhagwan a, pour sa part, insisté sur l’histoire du parti : «MMM se enn liv sa, ena plizier sapit… ena yer, ena zordi ek ena ankor ki pou ekrir.» Arianne Navarre-Marie, de son côté, a défendu un MMM «à l’écoute de la population», attaché à la démocratie, à la transparence et à l’unité nationale. Face aux questions sur l’après-Bérenger, les dirigeants ont surtout mis en avant leur direction collégiale, affirmant que le parti fonctionne sans difficulté dans cette nouvelle configuration.

Pour ceux et celles qui suivent le MMM depuis plusieurs années et qui ont participé à plusieurs combats livrés par lui, ces 57 ans marquent une nouvelle étape dans la vie du parti. Savita Tirbanee, 66 ans, veuve de l'ancien lord-maire de Port-Louis Gérard Nina, sera présente à l'auditorium Octave Wiehe pour apporter, dit-elle, tout son soutien à ce parti qui fait battre son cœur depuis de longues années. «Je suis une militante de longue date. Je suis devenue une fidèle du MMM grâce à mon époux Gérard Nina, ancien lord-maire, qui était un fervent du parti. Je l'ai suivi et j'ai été séduite par les valeurs du parti et par toutes les idées qu'il véhicule. Je porte beaucoup d'amour au parti», nous confie Savita Tirbanee. Pour elle, il n'y a pas de doute : le MMM a fait ses preuves et continuera à œuvrer pour le pays. Malgré la crise qui a secoué le MMM, le parti, souligne Savita, est plus que jamais motivé : «Certes, le MMM a vécu des secousses avec le départ de Paul Bérenger. C'est triste, mais c'est fait maintenant. Le travail doit continuer et il continue. Le parti reste soudé et continue d'avancer. Ce qui se fait au sein du gouvernement se passe très bien. Je souhaite au MMM un très bon anniversaire, de continuer d'avancer et surtout une longue vie. Je reste fidèle à mon parti.»

Même emballement chez Frédéric Speville, conseiller à la municipalité de Port-Louis et également président de son comité du bien-être social. «Depuis l'enfance, je suis issu d'une famille de militants. J'ai toujours été fasciné par l'idéologie du parti et par l'idéologie de l'ancien leader, Paul Bérenger. Malheureusement, cette année, le parti fête ses 57 ans sans le leader historique qui a préféré nous quitter bien que toutes les instances du parti, que ce soit le Bureau politique, le Comité central et l'Assemblée des délégués, à travers une grande majorité des militants, aient exprimé le souhait de rester au gouvernement. Beaucoup de gens disent que nous avons décidé de rester au gouvernement à cause du pouvoir, mais c'est complètement faux. On a vu que ce n'est pas dans l'opposition qu'on pourra accomplir des choses», nous déclare Frédéric Speville qui souhaite, tout comme Savita, une longue vie au parti cher à son cœur : «Au fil de ces 57 ans, le MMM a passé 45 ans dans l'opposition et 12 ans au gouvernement. Je suis très content qu'on puisse cette année fêter cet anniversaire spécial, mais j'ai un pincement au cœur du fait que notre leader historique ne soit pas avec nous. Je souhaite que la grande famille des militants se réunisse et qu'on continue à porter les valeurs du militantisme...»

Une autre militante, Charlene Papillon, 44 ans, est aussi gonflée à bloc pour vivre l'événement de ce dimanche. «Je suis le MMM depuis que j'ai 18 ans. J'ai été séduite par l'esprit du MMM et sa discipline, et j’ai aussi été poussée par la ferveur que mes parents avaient pour le parti. Pour moi, le MMM est un parti qui a des valeurs de droiture. J'ai vécu avec beaucoup de tristesse les turbulences de ces derniers mois, mais on doit faire avec. Le travail continue. Je sais que beaucoup pensent que le MMM n'est plus le MMM sans Paul Bérenger, mais à ceux-là, je réponds : à chacun ses choix, à chacun sa vision. Je souhaite au parti de continuer à mener la lutte», conclut Charlene, pour qui l'anniversaire du MMM cette année veut dire bien plus qu'une nouvelle année de gagnée...

Les membres du parti ont donné le ton de la journée d'anniversaire de ce dimanche lors d'une conférence de presse ce mercredi 23 septembre.

Arianne Navarre-Marie, Deputy Prime Minister : «Le MMM se tourne vers l’avenir, porté par ses militants»

Le MMM fête aujourd’hui ses 57 ans, pour la première fois sans Paul Bérenger. Dans quel état d’esprit abordez-vous ce congrès ?

Avec sérénité et fierté. Le MMM a fait le choix de rester, trois personnes ont fait celui de partir ; les Mauriciens ont bien saisi la différence. Ce congrès sera celui des militants, ceux qui portent le parti depuis 57 ans et sans qui il n’aurait jamais existé. Je pense aussi à ceux qui ont tout sacrifié pour le MMM, souvent dans l’anonymat et le dénuement : Azor Adélaïde, Fareed Muttur, Zeel Peerun, Gérard Nina, connu comme Ti-Moignac, Pierrot Sungeelee, Denise Nackeed. Notre parti ne repose pas sur une personne, mais sur des instances vivantes : comités régionaux, Comité central, Bureau politique, aile féminine, aile jeune, Assemblée des délégués. Le MMM n’appartient à personne en particulier ; il appartient aux militants. Nos réunions de mobilisation dans 19 circonscriptions ont été un franc succès et ont démontré, une fois de plus, que les militants sont derrière leur parti. C’est ma plus grande joie en cet anniversaire : cette mobilisation réussie est le plus beau cadeau que les militants puissent offrir à leur parti.

En quoi la présence du MMM au gouvernement sert-elle le progrès du pays ?

Nous avons hérité d’une situation économique difficile, aggravée par un contexte international qui nous échappe, notamment la flambée des prix du pétrole. Des mesures ont été prises pour soulager les ménages sur les produits de première nécessité et nous continuerons. Sur la pension, les Mauriciens ont vu que la campagne de peur de l’opposition ne tenait pas. Dans le même temps, de grands chantiers sont lancés : modernisation du port, ouverture de l’espace aérien, eau, électricité et zone économique spéciale à Côte-d’Or, dédiée à l’intelligence artificielle et à la finance digitale. Dans mon ministère, le Domestic Abuse Act a introduit le féminicide et le viol conjugal dans notre droit, et le Child Adoption Bill arrive bientôt. Tout cela, nous n’aurions pas pu le faire depuis l’opposition.

Quel avenir voyez-vous pour le MMM ?

Un avenir de renouvellement. Le départ d’un leader ne signe pas la fin d’un parti historique ; c’est au contraire l’occasion de prouver qu’il sait se réinventer. Les jeunes nous rejoignent. Durant notre tournée de mobilisation, nous avons aussi reçu des demandes d’adhésion de cadres du privé et d’anciens fonctionnaires ; elles seront soumises aux instances du parti. Nos conseillers municipaux travaillent au quotidien malgré des moyens limités et nous consolidons nos branches partout dans le pays. Nous avons aussi prouvé que le MMM n’est pas condamné à rester éternellement dans l’opposition. Maurice ne peut pas rester prisonnière des querelles du passé et le parcours d’un homme ne se confond pas avec l’avenir d’une nation. Notre devoir est de préparer la politique de demain et le MMM s’y engage pleinement.

**Avez-vous l'intention de nommer un leader ? **

Dans le passé, le MMM n'avait pas de leader. On avait un secrétaire général. Dans le passé également, en l'absence de l'ex-leader, le parti avait opéré dans une collégialité. C'est ce qu'on fait en ce moment et ça marche très bien. La question de nommer un leader n'est pas à l'agenda à ce stade.

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