Dix lettres... Un terme qui fait sourciller et qui rappelle de mauvais souvenirs. Depuis quelques jours, le mot «hantavirus» s’est invité dans les gros titres du monde entier, associé à ce que certains médias surnomment «la croisière de la peur». Car c’est à bord du navire MV Hondius, parti d’Argentine pour une expédition dans l’Atlantique Sud, que tout a commencé, avec des cas graves qui ont semé une inquiétude internationale. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au moins 11 cas ont été recensés, dont trois décès confirmés – un couple néerlandais et un ressortissant allemand.
Le virus identifié est la souche «Andes», une forme rare du hantavirus capable, dans certains cas, de transmission entre humains. Habituellement, les hantavirus se transmettent par les excréments, l’urine ou la salive de rongeurs infectés. Les symptômes commencent souvent comme une grippe : fièvre, douleurs musculaires, troubles digestifs. Mais l’infection peut rapidement évoluer vers une détresse respiratoire aiguë potentiellement mortelle.
Sur le bateau, dont les images ont fait le tour du monde entier, des passagers ont développé une pneumonie sévère en pleine traversée. Le navire a alors été immobilisé au large du Cap-Vert avant l’évacuation progressive des voyageurs vers différents pays. Les autorités sanitaires suivent désormais des centaines de contacts dans plus de 20 pays, parmi lesquels la France, l’Espagne, les États-Unis, les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou encore l’Afrique du Sud.
Malgré l’émotion et les images rappelant les débuts du Covid-19, l’OMS se veut rassurante : «Le risque de pandémie est jugé faible.» Mais cette affaire rappelle brutalement qu’un virus rare, dans un espace clos comme un bateau de croisière, peut suffire à transformer un voyage d’exploration en scénario de crise sanitaire mondiale.
Bien évidemment, cette actualité ramène à de tristes souvenirs de l'époque où le monde avait été pris en otage par le coronavirus. Et ceux et celles qui ont été particulièrement touchés par le drame qui s’est joué sur le MV Hondius ne sont nuls autres que les employés des bateaux de croisière. Notre compatriote Kate Flore, qui a connu un confinement sur un paquebot en 2020, n’est pas près d’oublier cette expérience et est de tout cœur avec les employés et les passagers de la «croisière de la peur». «Je suis responsable des ventes et des boutiques de luxe sur les bateaux de croisière. Et aujourd’hui encore, alors que j’apprends la situation du MV Hondius infecté par l'hantavirus, je sens une vague glacée remonter en moi. Je pense à l’équipage, à ceux dont on ne parle jamais, à ceux qui continuent de travailler en silence. Je les garde dans mes pensées, dans mes prières, parce que je sais ce que c’est d’être coincée en mer quand tout bascule», nous confie la jeune femme, qui partage la peine de ceux touchés par ce traumatisme.
«Cette nouvelle a réveillé en moi des souvenirs que j’avais essayé d’enterrer. Des souvenirs de 2020, quand le monde s’était arrêté mais que nous, membres d’équipage, nous étions restés en mer. Confinés. Invisibles. Oubliés. Les gens à terre ne comprendront jamais vraiment ce que cela fait de voir des vacanciers marcher avec des masques et des gants, dans un endroit où le sourire était censé être la seule langue universelle. Ils ne comprendront jamais ce que c’est que d’entendre, jour après jour, des annonces dans le haut-parleur qui n’apportent que des mauvaises nouvelles. Ils ne comprendront jamais ce que c’est que d’être coincée au milieu de nulle part, entourée d’eau, et de réaliser que ton destin n’est plus entre tes mains...»
Emotions
Selon elle, en tant que membre d’équipage, tu n’as pas le droit de montrer ta peur : «Tu n’as pas le droit de trembler, de douter, de pleurer. Tu dois mettre un masque – pas celui en tissu, mais celui qui cache tes émotions. Tu dois sourire, rassurer, être calme. Alors que toi aussi, tu es dans le même bateau, littéralement. Sauf que toi, personne n’est là pour te réconforter. Toi qui avais ta vie planifiée, tu te retrouves face à trois peurs qui te rongent : la peur de la maladie, la peur de perdre ton emploi, la peur de ne plus jamais revoir ta famille. Ta santé mentale s’effrite. Ton esprit tourne en boucle. "Ki pou arriver demin ?" Tu te poses la question cent fois par jour. Et quand tu appelles les membres de ta famille, eux aussi sont stressés. Ils te parlent de leurs inquiétudes, sans réaliser que leurs mots ajoutent du poids sur tes épaules déjà trop lourdes. Tout ce que tu voudrais entendre, c’est un rire, un sourire dans leur voix, quelque chose qui te rappelle que la vie existe encore quelque part.»
Pour Kate Flore, le confinement en mer n’a rien à voir avec celui à terre : «À terre, tu peux ouvrir une fenêtre, marcher dehors, sentir le vent. En mer, tout est minuté. Tu as une heure pour manger. Une heure pour respirer l’air frais. Puis tu retournes dans ta cabine – quatre murs, un lit, un silence qui te dévore. Tes amis du bateau ? S’ils ne sont pas du même groupe alphabétique que toi, tu ne les vois plus. Tu travailles trois heures, tu rentres, tu te douches, tu attends ton heure pour manger, tu prends une heure pour fumer une cigarette dans un accès restreint, puis tu retournes dans ta cabine. Et tu recommences. Encore. Et encore. Tu ne dors plus. Comment dormir quand ton esprit est prisonnier d’une peur que tu n’arrives même pas à mettre en mots ?»
Notre compatriote se sent très concernée par ce qui s’est passé sur le bateau de la peur. «En entendant ce qui s’est passé sur le MV Hondius, tout remonte. Pas seulement les souvenirs – mais les sensations, les odeurs, les silences, les regards vides. Je pense à eux, à ces membres d’équipage qui vivent peut-être en ce moment ce que j’ai vécu. Et mon cœur se serre. Parce que je sais. Parce que j’y étais. Parce que je n’ai jamais vraiment quitté ce confinement – une partie de moi y est restée», nous dit Kate Flore avec émotion. Dylan Medar, un autre compatriote qui a vécu un confinement sur un bateau de croisière, suit aussi cette actualité avec beaucoup d’attention.
«Il y a moins d’une semaine, j’ai appris sur BBC News la nouvelle concernant le navire MV Hondius, dont certains passagers ont perdu la vie à cause du hantavirus. Suite à cela, ma famille m’a demandé si j’allais bien, vu que je venais aussi de faire le transatlantique de Miami à l’Espagne. On va dire que de mon côté tout va bien pour le moment, qu’on n’est pas impactés directement. Puis, dans la compagnie de croisière dont je fais partie, les normes sanitaires sont strictement respectées pour éviter ce genre de situations. Mais j’avoue que ça m’a fait un peu penser à la pandémie de Covid-19. J’étais parmi ceux qui sont restés coincés sur un navire, en quarantaine, durant quelques semaines», nous confie-t-il en souhaitant que la situation reste sous contrôle.
«Concernant le hantavirus, j’espère que les autorités concernées prendront les mesures adéquates pour empêcher la propagation du virus. Aussi, il faut être très vigilant, car il n’y a point de remède contre ce virus. Il est important de se rincer les mains régulièrement et de laver correctement les aliments qu’on consomme. J’espère que ça ne va pas empirer et qu’on continuera à travailler sans se soucier d’une autre pandémie», souligne le jeune homme encore marqué par l’expérience qu’il a vécue en 2020.
Pendant ce temps, le monde est en alerte. Les autorités sanitaires des pays concernés multiplient les mesures de prévention pour éviter toute propagation. Les passagers du MV Hondius ont été placés sous surveillance médicale, avec traçage des contacts, tests et quarantaines ciblées. Les aéroports et ports renforcent également leurs protocoles sanitaires. L’OMS coordonne l’échange d’informations entre gouvernements afin de détecter rapidement d’éventuels nouveaux foyers, et des campagnes de sensibilisation rappellent aussi les gestes essentiels : éviter tout contact avec les rongeurs, signaler rapidement les symptômes et limiter les rassemblements en cas de suspicion d’infection. Car l’ombre du hantavirus plane...
À Maurice : les autorités veillent
«Il s’agit d’une infection rare mais potentiellement grave. Mon ministère maintient une vigilance à travers la surveillance. Nous sommes en contact avec les instances internationales...» C’est ce qu’a déclaré le ministre de la Santé Anil Bachoo au Parlement concernant le danger potentiel que représente l'hantavirus pour notre petite île, soulignant ainsi que la situation est suivie de près.
