Le silence n’est pas un vide. Bien au contraire : il résonne d’émotion. Car dans le monde du silence, cet univers où les mots ne franchissent pas les oreilles, là où les sons s’effacent – et qui est la réalité de beaucoup de gens, les personnes sourdes et malentendantes –, les verbes entendre et communiquer se conjuguent autrement.
Dans ce monde, les mains deviennent des voix qui transcendent les mots. Les regards, les gestes et les expressions deviennent une langue à part entière... Derrière les gestes précis des mains, l’expression du visage et le mouvement du corps se cache ainsi un univers riche et vibrant. Chaque signe porte un sens, chaque regard transmet une intention, chaque mouvement raconte une histoire. Comme une forme de musique visible, une partition écrite dans l’air, et cela même si aucun mot ne traverse l’espace, la conversation est alors presque sonore. Une conversation qui ne se prononce pas... une conversation qui se chorégraphie et où chaque signe est à la fois mot et geste.
Ce monde souvent invisible aux entendants est ainsi riche d’un langage profond, vivant... En effet, la langue des signes représente bien plus qu’un simple moyen de communication. C’est un pont vers les autres, un outil d’émancipation et un marqueur identitaire fort. Longtemps méconnue, parfois marginalisée, la langue des signes gagne aujourd’hui en visibilité grâce aux combats menés pour la reconnaissance des droits des personnes sourdes. Dans les écoles, les médias ou les institutions, cette langue visuelle s’impose progressivement comme un symbole d’inclusion et de diversité. Et découvrir la langue des signes, c’est ouvrir une fenêtre sur le monde, un monde fascinant où le silence prend toute sa dimension humaine.
Autodidacte
C’est la mission que s’est fixée Sarah-Amélie Goder. Cette jeune femme est à l’initiative de Les Mains qui parlent, une série d’ateliers d’initiation à la langue des signes, pour offrir la possibilité à celles et ceux qui le veulent de découvrir et d’apprendre la langue des signes et de contribuer ainsi à développer ce mode de communication avec les personnes sourdes.
On l’a compris, notre invitée cette semaine nous propose de découvrir un langage. Mais avant d’aller plus loin dans son petit monde, une petite présentation s’impose. «J’ai appris la langue des signes française (LSF) en autodidacte, par passion et par conviction. Ce chemin personnel m’a permis de découvrir à quel point cette langue est riche, belle et profondément humaine. Elle est devenue bien plus qu’un outil de communication : une véritable façon de voir le monde et d’entrer en relation avec l’autre», nous confie la jeune femme, fière et heureuse de pouvoir donner vie à ce projet qui lui tient tant à cœur : «L’idée des Mains qui parlent est née d’un constat simple : la langue des signes reste encore très méconnue à Maurice, alors qu’elle représente un pont essentiel entre la communauté sourde et le reste de la société. À Maurice, on estime que les déficiences sensorielles touchent environ 6-7 % de la population totale de l’île. Et de nombreuses personnes sourdes ou sourdes-muettes vivent souvent dans l’impossibilité de communiquer librement, d’être accueillies comme tout le monde dans un commerce, un cabinet médical ou un lieu public. Connaître ne serait-ce que les bases de la LSF, c’est leur offrir ce droit simple : être compris.»
À force de travail, de persévérance et de détermination, le projet a fait son chemin, pour le plus grand bonheur de Sarah-Amélie : «J’ai voulu créer un espace accessible, bienveillant et convivial où tout le monde peut apprendre à communiquer avec les mains. Le nom “Les Mains qui parlent” reflète exactement cette idée : nos mains ont beaucoup à dire.» À partir du samedi 27 juin, les ateliers permettront à Sarah-Amélie de partager son savoir : «Les ateliers se déroulent en petits groupes, dans une ambiance décontractée et participative. Chaque séance est progressive et interactive : on apprend, on pratique, on échange. Pas besoin d’expérience préalable, juste de la curiosité et de la bonne volonté !»
Car l’objectif est tout simplement de rendre accessible un mode de communication : «La LSF bénéficie à bien plus de monde qu’on ne le croit. Pour les personnes entendantes, c’est une stimulation cognitive réelle : apprendre une langue visuo-gestuelle active des zones du cerveau liées à la concentration et à la mémoire, ce qui peut être particulièrement bénéfique pour les personnes porteuses de certains troubles cognitifs ou attentionnels. Elle offre également une alternative de communication précieuse pour les personnes autistes ou à mobilité réduite. J’ai moi-même un ami autiste qui, lors de certaines crises, utilise la LSF pour communiquer et demander de l’aide ; c’est une réalité que j’ai vécue, et qui m’a profondément touchée...»
Une société plus inclusive
Il s’agit aussi et surtout de faciliter la vie de nombreuses personnes qui vivent avec cette réalité : «Au-delà des bénéfices individuels, connaître la LSF, c’est contribuer à une société plus inclusive, où une personne sourde ou sourde-muette peut entrer dans un restaurant, dans un magasin, et être accueillie dignement.»
Tout le monde, précise Sarah-Amélie, est invité à participer à ses cours : «Les ateliers sont ouverts à tous : adultes, adolescents, professionnels de santé ou de l’éducation, parents d’enfants sourds, personnes en situation de handicap et leurs proches, ou simplement curieux. Aucun prérequis nécessaire...» Rendez-vous est donc pris pour le samedi 27 juin 2026, de 11 heures –12h30, au Ginger Resto & Bar, à Curepipe. Le tarif est de Rs 700 par personne (atelier + petit buffet inclus). «Les inscriptions se font directement auprès de moi sur WhatsApp au 5719 7050. Je serais ravie d’accueillir toutes celles et ceux qui souhaitent rejoindre cette belle aventure humaine. Chaque paire de mains qui apprend à parler, c’est un pont de plus vers l’inclusion», conclut Sarah-Amélie Goder qui invite qui le veut à venir découvrir et apprendre que le silence n’est pas un vide...

Des petites actions pour faciliter l’inclusion
Le chemin pour faciliter l’inclusion des personnes sourdes est encore long... Ces derniers mois, plusieurs actualités dans le monde ont mis en lumière les langues des signes, à la fois sur les plans culturel, technologique et de l’accessibilité. Par exemple, Disney+ a lancé des séquences musicales réinterprétées en langue des signes américaine (ASL) pour des films comme Encanto, Frozen 2 et Vaiana. L’objectif est de rendre ces œuvres plus accessibles et de valoriser l’expression artistique en langue des signes...