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Remous, puis apaisement au sein du gouvernement

17 janvier 2026

Comme en novembre, la question d’un éventuel départ de Paul Bérenger du gouvernement a, une nouvelle fois, alimenté les discussions au sein de la classe politique ces derniers jours.

La question d’un éventuel départ de Paul Bérenger du gouvernement a encore une fois ces derniers jours, comme en novembre, alimenté les discussions au sein de la classe politique. À l’issue du Comité central du MMM ce samedi 17 janvier, la situation semble s’être à nouveau apaisée. En attendant un éventuel prochain épisode de «partira, partira pas»...

Bérenger, to go or not to go, la suite !Le feuilleton politique à suspense qui avait tenu en haleine le pays à la fin de l’année 2025 est de retour en ce début d’année pour un nouvel épisode ! Et dans le rôle principal, bien évidemment, le Premier ministre adjoint Paul Bérenger himself, qui est une nouvelle fois sur le devant de la scène, avec encore, en toile de fond, des menaces de quitter le gouvernement. Ces derniers jours ont ainsi, de nouveau, été rythmés par des interrogations : Bérenger partira, partira pas ? Ou encore choisira-t-il de rester au Parlement en tant que backbencher ? Sans oublier les questions autour de ce qu’un éventuel divorce pourrait provoquer, car il est dit qu’une telle décision fragiliserait la position du MMM au sein de l’Alliance du Changement.

On se souvient qu’au mois de novembre, le leader des Mauves mettait déjà en avant des «mécontentements et désaccords», des nominations «mal faites» ou encore des «lenteurs» pour envisager un éventuel départ du gouvernement. Ces derniers jours, il a, à nouveau, fait part de son incompréhension face au retard de certains dossiers et par rapport à la décision du Premier ministre Navin Ramgoolam de conserver le portefeuille du ministère des Finances, malgré sa proposition de nommer un ministre à part entière. Ce qui a débouché sur de nouveaux remous avec, cette fois encore, l’éventualité qu’il quitte le navire.

Le Comité central (CC) du MMM de ce samedi 17 janvier était très attendu pour savoir s’il allait y avoir du mouvement sur l’échiquier politique. En amont, les choses semblaient s’être calmées. Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont échangé, à plusieurs reprises, ces derniers jours, pour assainir les sujets de discorde. La tenue du CC, d’où a découlé la volonté de poursuivre le travail au sein de l’Alliance du Changement sans rupture, a confirmé cela. «Les discussions durant cette semaine ont évolué dans la bonne direction», a déclaré Paul Bérenger à l’issue de la réunion du CC (voir hors-texte plus loin).

Toutefois ces secousses au sein du gouvernement mobilisent l’attention des citoyens, surtout que plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer le fait que ces dissensions nuisent au travail du régime en place et freinent l’avancement du pays.Quelle image ces secousses répétitives au sein du gouvernement renvoit-elle aux Mauriciens ? C’est la question que nous avons posée au politologue Avinaash Munohur. Pour lui, il y a de la déception dans l’air. «Les Mauriciens, en donnant un 60-0 à l’Alliance du Changement, avaient l’espoir qu’un renouveau allait opérer. Il y avait même l’espoir que la relation entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger était entrée dans une étape plus assagie, plus mature même. Il semble que pas grand-chose n’ait changé et l’image envoyée est désastreuse pour la confiance en ce gouvernement et pour la stabilité du pays», nous explique le politologue.

«Des temps difficiles»

Cette situation a-t-elle des impacts économiques et sociaux sur le pays ? Selon Avinaash Munohur, l’année 2025 était déjà marquée par le sentiment d’un ralentissement des affaires du pays. «Nous voyons d’ailleurs cela être traduit dans le fait que le chiffre de la croissance économique a été revu à la baisse. L’économie mauricienne tourne normalement dans les alentours de 4 % à 5 %. Là, nous serons légèrement en dessous des 4 %. Ce n’est pas dramatique en soi, mais cela traduit un ralentissement. En parallèle, l’épargne des ménages a augmenté en 2025. D’une moyenne d’à peu près Rs 15 000 à Rs 20 000 par épargnant, nous sommes passés à Rs 100 000. Nous voyons donc une prudence s’installer également au sein des ménages. Je ne parlerai pas encore de pessimisme, mais il semble clair que les Mauriciens se préparent à des temps difficiles. Surtout que les signaux envoyés par le gouvernement, et notamment par les tensions entre le PM et le DPM, ne font qu’augmenter cette prudence», dit-il, tout en ajoutant : «Nous risquons d’arriver à une situation où le bras de fer engagé entre le PM et le DPM bloque entièrement les affaires pressantes de l’État. Une forme de paralysie politique où personne ne bougera et où tout le pays stagnera. Le plus grand risque se trouve là, je pense.»

L’observateur politique Parvèz Dookhy estime, lui, que ces menaces commencent à lasser. «" Tout ce qui est excessif est insignifiant", rappelait opportunément Talleyrand. À cet égard, Paul Bérenger finit par lasser par la récurrence de ses menaces de démission, désormais presque hebdomadaires. Il peut, certes, avoir raison sur le fond de certaines critiques, mais la posture qu’il adopte relève davantage d’une stratégie de dédouanement que d’un véritable sens des responsabilités politiques. Il convient de rappeler, en premier lieu, que c’est Paul Bérenger lui-même qui a, sur le plan politique, contribué à la réhabilitation de Navin Ramgoolam, alors même que ce dernier était enlisé dans des scandales retentissants et des poursuites judiciaires. Il ne saurait être sérieusement soutenu que Paul Bérenger ignorait la nature du personnage qu’il a participé à ramener au pouvoir. Navin Ramgoolam a été tour à tour son ami, son allié et son adversaire, tout en demeurant son voisin de longue date. Une telle proximité exclut toute naïveté. Paul Bérenger ne pouvait ignorer ni son tempérament, ni son mode de gouvernance, ni sa manière d’exercer le pouvoir et de conduire les affaires de l’État», explique notre interlocuteur.

Selon lui, la «méthode Navin Ramgoolam» est connue depuis les années 1990 : «Elle se caractérise par l’indécision et un immobilisme chronique. Elle est, par essence, l’antithèse du tempérament de Paul Bérenger, homme d’instinct et d’action. Or, aujourd’hui, ce dernier s’est mué en dissident interne au sein même du gouvernement, situation qui ne peut qu’affaiblir l’autorité de l’Exécutif. Un pouvoir ainsi miné de l’intérieur est privé de cap, de cohérence et de direction politique clairement lisible.»

Qu’en est-il de l’impact de cette situation sur les affaires du pays ? «Sur le plan économique, les conséquences sont tout aussi préoccupantes. Dans un tel contexte d’instabilité et de dissension, rien ne peut véritablement fonctionner. Navin Ramgoolam n’est pas ministre de l’Économie ; il est uniquement ministre des Finances. Plus grave encore, il n’existe pas, à proprement parler, de ministre de l’Économie au sein du gouvernement mauricien. L’action publique se limite dès lors à l’envoi d’un signal exclusivement fiscal, centré sur la taxation, au détriment d’une vision structurée du développement économique. Une telle configuration est pour le moins singulière, sinon aberrante. Il est impératif qu’un véritable ministre de l’Économie et des Finances soit nommé», poursuit Parvèz Dookhy.

Sur la question du poste de ministre des Finances, le politologue Avinaash Munohur est aussi d’avis qu’il faudrait une personne à part entière pour gérer ce portefeuille. «Maurice a besoin d’un PM qui se dédie entièrement aux affaires du PMO et d’un ministre des Finances qui se dédie entièrement aux affaires économiques. On ne peut pas faire les deux», souligne Avinaash Munohur en revenant sur le nouvel épisode du feuilleton politique à suspense qui a à nouveau rythmé le pays cette semaine...

Le leader du MMM : «On a bien progressé»

«Je le redis depuis cette crise que nous avons traversée, surtout depuis novembre, on a bien progressé. Ek la nou'nn fek progrese...» C’est ce que le leader des Mauves Paul Bérenger a déclaré ce samedi 17 janvier après la réunion du Comité central du parti. «Mo espere ki nou gard nou bann langazman kote reform elektoral ek National Crimes Agency ek ki nou kontinie fer progre lor bann lezot problem. Se seki mo swete ek mo panse ke se le santima du MMM an zeneral.(...) Preske tou minis travayis dakor ek bokou kitsoz ki mo dir ek nou pe travay ansam, nou pe travay en ekip», a souligné Paul Bérenger en revenant sur les tensions de ces derniers jours au sein de l’Alliance du Changement. «Les discussions durant cette semaine ont évolué dans la bonne direction. Tou se ki ena pou diskite, nou pe diskite», a-t-il souligné. Il a aussi commenté sa proposition qu’il y ait un ministre des Finances à part entière : «Ramgoolam, limem Premie minis. Linn reflesi, linn trouve ki pour le moman li pou gard finans. OK ! Nou a gete ki manier nou deblok bann problem ki pou ena ou ki ena kan li rest minis de Finans ek an mem tan premyer minis. Sa li bien sekonder pou nou. Mo ankor panse ki bizin enn full time minis de Finans.»

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