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Répercussions de la guerre au Moyen-Orient : les craintes des Mauriciens

4 avril 2026

L’incertitude plane... La guerre au Moyen-Orient fait des ravages sur l’économie mondiale, notamment sur le prix du carburant. Et les conséquences pourraient être ressenties dans notre petite île car une série d’augmentations des prix des produits de consommation pourraient suivre. Les transports, l’alimentation, les biens de première nécessité... tout pourrait être impacté. Les ménages devront s’attendre à une augmentation de leur facture énergétique et alimentaire, ce qui pourrait peser sur leur pouvoir d’achat. Des Mauriciens s’expriment sur leurs craintes...

Vishal Kawal : «Cette crise met en lumière notre incapacité à bâtir une véritable résilience nationale»

«La crise au Moyen-Orient rappelle avec force que Maurice, malgré son isolement géographique, reste profondément exposée aux chocs mondiaux. Ses effets se font déjà ressentir, notamment à travers les menaces qui pèsent sur le trafic aérien et maritime, piliers de notre approvisionnement. Toute perturbation de ces routes vitales entraîne une baisse des importations, suivie inévitablement d’une hausse des prix. Plus préoccupant encore, les leçons de la Covid-19 n’ont manifestement pas été retenues. Le pays demeure fortement dépendant de l’extérieur, avec une production locale insuffisante et une population de plus en plus tournée vers la consommation plutôt que vers l’effort et l’autonomie. Aujourd’hui, Maurice n’est autosuffisante ni sur le plan alimentaire ni sur le plan énergétique. Pourtant, des solutions existent, notamment à travers les énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien, encore largement sous-exploitées. Chaque foyer aurait dû, depuis longtemps, être équipé de dispositifs tels que des panneaux photovoltaïques et des systèmes de récupération d’eau de pluie. Ces mesures ne relèvent plus du choix, mais de la nécessité. En réalité, cette crise agit comme un révélateur brutal : elle met en lumière notre incapacité à bâtir une véritable résilience nationale. Une vulnérabilité persistante qui, si elle n’est pas corrigée, pourrait engendrer des conséquences bien plus graves à l’avenir.»

Stacy Woo : «Ce genre de situation nous rappelle à quel point Maurice est vulnérable aux crises mondiales»

«Face aux tensions persistantes au Moyen-Orient, de nombreux Mauriciens observent la situation avec inquiétude. Même si le conflit semble géographiquement éloigné, ses répercussions économiques et sociales pourraient bien atteindre notre île. J’avoue que je suis inquiète. On entend de plus en plus parler de crise énergétique et de risques de pénurie de gaz. À Maurice, on dépend beaucoup des importations, donc forcément, dès qu’il y a un problème à l’international, on le ressent ici. Ce qui me préoccupe le plus, c’est la hausse du prix du carburant. On l’a déjà vu par le passé : dès que les prix augmentent, tout suit – le transport, la nourriture et même les produits de base. J’ai aussi peur que cela aggrave le coût de la vie, qui est déjà difficile à vivre pour beaucoup de familles. Si les prix continuent d’augmenter, certaines personnes auront du mal à joindre les deux bouts. On parle aussi de possibles pénuries, et ça, c’est encore plus angoissant. Ce genre de situation nous rappelle à quel point Maurice est vulnérable aux crises mondiales. On espère surtout que la situation se stabilise rapidement, pour éviter des conséquences trop lourdes pour la population.»

Yann Jhugroo-Cangy : «Quand je vois les infos en ce moment, ça me donne un petit coup de stress»

«Franchement, quand je vois les infos en ce moment, ça me donne un petit coup de stress. C’est fou de se dire que ce qui se passe si loin peut autant chambouler notre quotidien ici, à Maurice. Ma plus grande crainte est cet effet domino qu’on ne contrôle pas. Déjà qu’en ce moment, quand tu passes à la caisse au supermarché, tu as l’impression que ton billet de Rs 1 000 ne vaut plus rien... Si le carburant grimpe encore à cause de la crise, tout le reste va suivre. Et puis, il y a ce côté “indépendance” qui pèse un peu plus lourd. Quand tu n’es plus chez tes parents et que c’est toi qui gères tout, le loyer, les factures, les courses, et tu n’as plus vraiment de marge d’erreur. La moindre hausse du prix du gaz ou de l’essence, c’est un calcul mental immédiat : “Qu’est-ce que je vais devoir couper ce mois-ci ?” Triste mais vrai. Cela m’effraie de recevoir des alertes jaune sur l’électricité quasi tout les jours. J’espère que les autorités trouveront les bonnes formules afin de nous permettre de vivre et non pas juste «survivre’».»

Bilal Cajee : «Maurice pourrait subir une pression économique affectant l’emploi, les salaires et la stabilité des entreprises»

«Ma principale crainte concernant la guerre entre Israël et l’Iran est la manière dont un conflit aussi lointain pourrait profondément affecter la vie quotidienne à Maurice. En tant que petite île fortement dépendante des importations de carburant, la perturbation de l’approvisionnement en pétrole a déjà entraîné une forte hausse des prix du carburant (diesel et gaz ménager). Cela rend non seulement le transport plus coûteux, mais augmente également le coût de l’électricité, des biens et des services de base. J’ai peur qu’une augmentation du prix du pain survienne également dans les prochains jours. La hausse des prix du carburant a tendance à entraîner celle des denrées alimentaires et des produits essentiels, ce qui pourrait peser sur les familles et réduire la qualité de vie globale. Avec une inflation mondiale susceptible d’augmenter en raison du conflit, Maurice pourrait subir une pression économique affectant l’emploi, les salaires et la stabilité des entreprises. Une autre crainte concerne l’impact sur le tourisme, un pilier essentiel de notre économie. Si les vols deviennent plus chers, moins de touristes pourraient visiter l’île, entraînant une baisse de revenus pour de nombreuses familles et entreprises. Le prix des billets depuis l’Europe vers Maurice est déjà un luxe ; j’imagine difficilement ce qu’il deviendra à l’avenir. Il sera également très difficile pour les locaux de voyager. Enfin, je suis personnellement inquiet de l’impact de la hausse du coût de la vie sur ma situation actuelle. Je dois déjà prévoir un budget conséquent pour la pension alimentaire, et l’augmentation des produits de base ne facilitera pas les choses.»

Les autorités sur le qui-vive avec un comité de crise

Work-from-home, homeschooling, horaires de travail flexibles sont parmi les termes que les Mauriciens entendent beaucoup ces derniers temps. Et face à l’escalade du conflit au Moyen-Orient et à ses effets en cascade sur les prix de l’énergie et des denrées essentielles, Maurice se prépare à entrer dans une phase d’adaptation. Entre flambée du coût du carburant, tensions sur l’approvisionnement énergétique et inflation importée, des pistes sont actuellement à l’étude pour essayer de faire face à cette situation dont les répercussions se font déjà sentir dans des pays comme le Bangladesh où il y a des pénuries importantes de carburant et où il y a eu des scènes de violence autour des stations-service. Aux Philippines, un état d’urgence énergétique est en cours avec des stations-service fermées.

Dans notre petite île, les autorités ont rassuré par rapport à notre stock de gaz ou encore de carburant. Parmi les pistes actuellement à l’étude ou déjà amorcées pour faire face à la crise mondiale figureraient le recours au work-from-home, l’introduction possible de cours en ligne (homeschooling), ainsi que des propositions pour des horaires de travail flexibles ou des semaines réduites afin de limiter les déplacements et la consommation de carburant. Sur le plan énergétique, des mesures de sobriété comprenant la réduction de l’éclairage public et commercial, par exemple, seraient à l’étude tout comme une hausse des tarifs de l’électricité. Certaines hausses sont déjà effectives : celle du prix du diesel et celle du gaz ménager. Il y a actuellement des pressions croissantes sur les prix à la consommation. Les opérateurs économiques, notamment dans le secteur de la boulangerie, réclament une majoration du prix du pain, invoquant l’explosion des coûts de production, avec en toile de fond la menace de fermetures.

Dans ce climat d’incertitude, le Conseil des ministres a pris acte, dans ses délibérations du vendredi 3 avril, du fait que, suite à la création du Comité de crise chargé d’examiner les répercussions économiques et sociales du conflit actuel au Moyen-Orient, une réunion du Comité interministériel s’est tenue le 1er avril sous la présidence du ministre de l’Énergie et des Services publics. Le Premier ministre présidera, pour sa part, une réunion du Comité de crise le mercredi 8 avril pour examiner les recommandations du Comité interministériel.

«Maurice dispose des outils nécessaires pour faire face à cette situation. Il est temps d’adopter des décisions courageuses, structurées et durables», affirme Suttyhudeo Tengur, président de l’Association for the protection of the environment and consumers (APEC). Pour lui, l’heure est à l’action. «Un allègement temporaire des taxes et prélèvements sur les produits essentiels pourrait offrir un soulagement immédiat aux consommateurs. Des ajustements de TVA ou de droits d’accise peuvent avoir un effet direct sur les prix. Maurice doit renforcer son approche stratégique en matière d’approvisionnement. Le recours à des achats à terme et à des mécanismes de couverture permettrait de limiter l’exposition aux fluctuations des prix internationaux. Le contrôle du marché doit être intensifié. Le ministère du Commerce et de la Protection des consommateurs doit renforcer les inspections afin de prévenir toute hausse abusive des prix», souligne le syndicaliste.

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