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14 février 2026 18:11
Après plusieurs jours de pèlerinage et la grande nuit de Shiva qui s’est tenue dans la soirée de samedi à dimanche, les Mauriciens de foi hindoue célèbrent aujourd’hui le Maha Shivaratri. Cette fête, à la fois belle et folklorique, porte pourtant une mémoire douloureuse. Cette année, plusieurs groupes ont choisi de procéder différemment afin d’éviter que les tragédies passées ne se reproduisent.
C’est un moment empreint d’une grande ferveur, de recueillement et de gratitude, mais qui porte aussi de douloureux souvenirs. Comme à chaque Maha Shivaratri, nos routes se parent de couleurs et de spiritualité, au rythme des pas de centaines de pèlerins venus des quatre coins de l’île. Portant leur kanwar sur les épaules en hommage au Dieu Shiva, ils convergent vers le lac sacré avant de procéder à la grande nuit de Shiva. Le Maha Shivaratri reste cependant à jamais marqué par des drames qui ont profondément ébranlé le pays, soit la mort de deux jeunes à Mare-Longue en 2023, ainsi que le tragique incendie du kanwar du groupe Trikaal Sena à Arsenal en 2024, qui a coûté la vie à six jeunes.
Ces événements ont laissé une cicatrice indélébile dans la mémoire des Mauriciens, qui ont, à chaque Maha Shivaratri, une pensée émue pour ces jeunes arrachés à la vie trop tôt. Ils rappellent douloureusement que, derrière la ferveur et la beauté de cette fête religieuse, demeure un point essentiel : la sécurité des pèlerins et des Mauriciens en général. Toutefois, si beaucoup ont compris que la prudence doit être le maître-mot de ce pèlerinage, certains groupes continuent de s’exposer au danger.

Ces dernières semaines, autorités et organisations socioculturelles n’ont eu de cesse de le marteler : le respect de la dimension des kanwars est une priorité absolue. Pour éviter que d’autres drames ne se produisent, la police a redoublé d’effort sur le terrain, n’hésitant pas à verbaliser ceux allant à l’encontre des règlements. Au milieu de ce débat, qui enflamme d’ailleurs les réseaux dès qu’une photo ou une vidéo est postée, nombreux sont ceux qui ont choisi de réduire la taille de leur kanwar, privilégiant sobriété et recueillement plutôt qu’une démonstration en fanfare. Le premier à avoir donné l’exemple est l’Ecroignard Socio Cultural Group, devenu au fil des années une vraie référence en la matière.
Cela fait 12 ans, souligne Mayoor Sobron, membre du groupe, qu’ils construisent de petits kanwars et marchent à la file indienne. «Nous accueillons avec humilité et joie toutes les félicitations reçues. Cette méthode symbolise la discipline et facilite la circulation. Après les tragédies de 2023 et 2024, des règles strictes ont été mises en place pour éviter tout incident. Même en groupe, le pèlerinage reste un moment de recueillement personnel, et marcher à la file indienne permet à chacun de se concentrer et de méditer.»

Cette année, poursuit notre interlocuteur, ils se sont inspirés du pandit Jhummon Giri Gossagne, premier pèlerin à entamer le voyage vers le Ganga Talao. «Il avait réalisé un kanwar en bambou, en forme de demi-cercle. Cette année, nous avons fabriqué 29 petits kanwars : quatre ont été partagés, et 25 restent avec nous. Nous avons commencé la préparation le 15 janvier, la fabrication a débuté le 27 janvier. Nous étions 70 personnes le vendredi 13, et près de 100 personnes le samedi 14, incluant femmes, enfants et personnes âgées.»
Pour la grande famille hindoue, le Maha Shivaratri est l’une des plus grandes prières du calendrier. Participer au Char Pahar, où le puja est considéré comme le plus important, est un moment central pour tous les fidèles. «Pendant deux semaines, chacun se mobilise pour préparer les kanwars, avec l’aide des aînés qui transmettent aux jeunes la culture, les traditions et l’esprit d’unité. Ce travail collectif renforce les liens communautaires et fait du jour de Shivaratri une occasion unique de célébrer ensemble la foi et la tradition.» confie Mayoor Sobron.
Pour lui, le respect et la discipline font toute la différence. «Nous voulons que notre culture et nos traditions se perpétuent, et nous transmettons tout cela à nos enfants, nièces et neveux afin que, lorsque nous ne serons plus aux commandes, ils puissent continuent le travail. Deux valeurs nous tiennent particulièrement à cœur : la discipline et le respect – respect de nous-mêmes, respect de la religion et respect des autres.»

Cette année, l’autre groupe à avoir récolté les félicitations est le Belle Vue Maurel Youth Group. Leurs kanwars individuels décorés en toute simplicité et leur sens du recueillement ont suscité l’admiration des internautes. Le leader du groupe, Hansley Ramhota, explique que c’est la deuxième année qu’ils présentent ce type de kanwar. «Nous avons choisi de le faire à l’ancienne dans la plus grande tradition. C’est de la dévotion à l’état pur. Pour nous, c’était important de le faire ainsi d’abord pour l’aspect sécurité car il y a eu des morts deux années consécutives. Nous avons pris un mois pour nous préparer et nous sommes 28 personnes dans le groupe à avoir participé.»
Enfin, la Laventure Technical School for Disabled a également marqué les esprits. Cette année, ils étaient 30 personnes, dont vingt élèves et dix membres du personnel, à avoir pris part au pèlerinage du Maha Shivaratri, souligne le directeur Yogesh Ancharaz. La ligne conductrice pour eux était la sécurité du groupe, le soutien et l’unité, ainsi que le respect des traditions en signe de dévotion et de respect.

«Cela nous a pris environ deux à trois semaines pour organiser et préparer nos kanwars. Les enfants et les enseignants ont travaillé ensemble avec beaucoup d’amour et de dévotion pour réaliser les décorations. Les enfants ont apporté leur propre matériel :fleurs, décorations et petites statuettes. Nous avons tous mis la main à la pâte pour les rendre beaux et spéciaux pour le Maha Shivaratri. Ce fut une magnifique expérience, où nous avons travaillé en équipe et partagé de beaux moments ensemble.»
Puisque le Maha Shivaratri est un moment sacré et d’une grande importance, ils y ont mis tout leur cœur. Ce pèlerinage revêt également un symbolisme particulier pour eux : «Cela représente notre dévotion envers le seigneur Shiva, l’expression de notre foi et de notre amour pour Dieu. Mais il permet aussi de préserver les traditions de notre culture et de permettre à nos élèves à besoins spécifiques de participer, comme les autres, de la même manière, en montrant discipline et engagement. Depuis l’école, nous avons marché jusqu’au shivala de Laventure pour des prières avant de prendre la route pour le Grand Bassin.» Un moment de grande foi, symbole de l’amour porté au dieu Shiva, qui va au-delà du simple rituel.
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