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25 mai 2015 11:47
L’air décontracté et arborant fièrement son t-shirt des Jeux olympiques de Beijing 2008, c’est dans la simplicité que Jean-Claude Nagloo a accueilli 5-Plus dimanche à son domicile, à Henrietta, Vacoas. En entrant dans sa demeure, on ne peut manquer la vitrine bien garnie de trophées et de médailles dans un coin de la salle à manger.
De ses débuts dans la boxe en passant par la force policière, les Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI), la médaille olympique de Bruno Julie et sa nomination comme Directeur technique nationale (DTN), l’ex-puncher a eu une carrière bien remplie. Et aujourd’hui, il est sans doute l’un des entraîneurs les plus titrés du pays. «Le Bourreau» (surnom que lui avait donné ses pairs), balaie d’un revers de main la fameuse question concertant son regret de partir.
«Je n’ai aucun regret. Je pense plutôt qu’il est important pour moi de partir sans aucune amertume envers qui que ce soit surtout après tout ce que j’ai pu accomplir durant ma carrière. Je suis heureux des résultats et des exploits qu’a connus la boxe avec moi. Il y a la médaille d’or de Giovanni Frontin aux Jeux de la Francophonie à Madagascar en 1997, la médaille d’or de Richard Sunee aux Jeux du Commonwealth à Kuala Lumpur en 1998 et de nombreux résultats encore», confie Jean- Claude Nagloo.
Julie, Frontin et Sunee et bien d’autres
Conscient de l’influence qu’il avait au sein de la boxe mauricienne, l’ex-enfant de Plaisance avouera sa satisfaction d’avoir travaillé aux côtés de personnes qu’il qualifie d’exceptionnelles notamment Pierrot Noël et Rajiv Rajcoomar. «Ils font partie des nombreuses personnes que j’ai beaucoup appréciées à la fédération. Pierrot, je l’ai connu en tant que président alors que Rajiv, il a d’abord été mon élève avant de devenir à son tour président. Avec ces hommes-là et d’autres encore nous avons pu amener la boxe sur la scène olympique», a fait savoir Jean-Claude Nagloo.
Si certains dirigeants ont laissé leur empreinte, que dire des nombreux pugilistes que l’ex-DTN a eus sous sa coupe. Jean-Claude Nagloo lui-même se perd en essayant d’énumérer ces champions qui ont tant fait vibrer le cœur des Mauriciens. «Richard Sunee, Giovanni Frontin, Riaz Durgahed, Michael Macaque, Steve Naraina et Bruno Julie …. Il y en a tellement que c’est difficile de tous les rappeler. Giovanni Frontin et Richard Sunee sont vraiment exceptionnels. Il y a aussi Bruno Julie, un garçon doté d’une envie et d’une persévérance hors pair. Des qualités qui ont été très importantes dans notre quête de médailles aux Jeux olympiques. D’ailleurs, cette médaille de bronze restera une très grande fierté pour mon pays, la région de l’océan Indien et moi-même car nous avons réussi à faire flotter le quadricolore mauricien aux JO», se réjouit Jean-Claude Nagloo.
La reconversion des boxeurs élites
Bien que la performance de Bruno Julie aux Jeux olympiques reste sa plus grande réussite, Jean-Claude Nagloo est d’avis que l’ex-boxeur n’est pas considéré à sa juste valeur. «Dans d’autres pays, on n’aurait jamais laissé à l’écart un médaillé olympique. Bien au contraire, on l’aurait intégré au staff technique, car son expérience joue un très grand rôle dans l’équipe. Nous avons vu avec Richard Sunee et Josian Lebon, leurs expériences demeurent un facteur-clef dans l’encadrement. Les boxeurs qui ont côtoyé le haut niveau sont capables de mettre à contribution leur expérience au service de la discipline. Je trouve regrettable que cela n’a pas été fait avec Bruno Julie», pense le pugiliste.
La bête noire de la discipline
Surnommé «le bourreau», Jean-Claude Nagloo doit son surnom à sa prestation sur le ring. «J’ai toujours été un fonceur dans ma vie et sur le ring j’ai toujours remporté mes combats par K.-O. C’est cette attitude qui a fait de moi un gagneur. D’ailleurs, ma femme me dit tout le temps que je n’écoute personne et que je fais toujours à ma tête. La rigueur disciplinaire que j’ai eue à la Special Mobile Force a également contribué à cela. Je dis toujours à mes boxeurs avant qu’ils ne montent sur le ring que leurs adversaires ont reçu la même préparation qu’eux et s’ils suivent les consignes alors ils ne peuvent que bien faire», a affirmé notre interlocuteur.
Ce dernier reste convaincu que c’est cet état d’esprit qui a permis aux boxeurs mauriciens de décrocher huit médailles d’or aux JIOI de 1998 à La Réunion et placé 10 Mauriciens en finale de l’édition 2003. Une compétition où les Mauriciens remporteront cinq médailles d’or, cinq d’argent et une de bronze. Il ajoutera, par la suite, qu’à Maurice, les boxeurs ont la réputation d’être non seulement de sérieux compétiteurs, mais aussi des athlètes très disciplinés et appliqués à l’entraînement.
«J’ai toujours opéré selon une formule de give and take si avant la compétition je mets beaucoup d’emphase sur le travail après avoir eu les résultats, je laisse le champ libre aux athlètes afin qu’ils puissent se détendre», nous confie le Vacoassien.
Père de deux fils, à savoir Ronnie et Kenny, qui étudient respectivement à New -York et en Australie, Jean-Claude Nagloo pense que son succès, il le doit surtout à sa femme, Liliane. «Je suis satisfait de ma carrière sportive, mais aussi de ma vie familiale même si je n’ai pas toujours été là. J’ai joué le père qui amène de l’argent à la famille et c’est ma femme qui gère toute la maison et les enfants. C’est une personne qui compte beaucoup pour moi tellement elle s’est consacrée à fond à la famille. Liliane a toujours été d’un grand support pour moi et c’est grâce à elle que j’ai pu aller aussi loin dans ma carrière. Comme on dit, derrière chaque grand homme il y a toujours une femme», a commenté l’ex-DTN.
En cinquante ans de carrière, l’ex-mentor national a vu la boxe évoluer. «À mon époque, un boxeur pouvait mourir sur le ring car on passait son temps à se taper dessus. Aujourd’hui, il y a beaucoup de règlements qui protègent le boxeur. De mon temps, si un pugiliste a pris un coup il reprenait tout de suite le combat même s’il était sonné alors que maintenant le boxeur est compté par le juge et s’il n’est pas en état de continuer on arrête le combat. Il y a aussi la venue de Cassius Clay, le grand Mohamed Ali qui a transformé le combat. Il a démontré qu’avec la technique et la défense, un boxeur moins affûté est capable de gagner des combats. J’ai toujours admiré ce boxeur qui possède une très grande classe et également Sugar Ray Leonard. Ces deux hommes ont changé la boxe», martèle Jean-Claude Nagloo.
Bien qu’il soit à la retraite, Jean-Claude Nagloo n’a pas entièrement fait ses adieux au noble art. Élu président du comité régional de boxe de Vacoas/Phoeix, il reste toujours à la disposition des clubs de son régional. Mais, en attendant, Jean-Claude Nagloo espère bien prendre quelques vacances dans les prochaines semaines.
Le coach mauricien compte bien s’offrir un petit voyage avec sa femme dans la belle ville de New-York pour pouvoir fêter ses 67 ans aux côtés de son fils Ronnie. Des vacances bien méritées pour une vie de dévotion.
«J’ai connu Jean-Claude Nagloo à travers mon frère, Teekaram Rajcoomar, qui s’entraînait avec lui. Par la suite, moi aussi j’ai commencé à m’entraîner avec lui. C’était en 1981 et avec lui, j’ai été trois fois champion de Maurice en 1987, 1988 et 1989 chez les 51 kg poids mouche. C’est un grand monsieur et j’ai beaucoup appris sous sa férule. Comme disait Bruno Julie : C’est notre Cubain à nous. Il est et restera une référence en Afrique.»
«Toute chose a une fin, mais je reste persuadé que Jean-Claude Nagloo avait encore à apporter à la boxe. Je le connais depuis que j’ai commencé la boxe, et je dois dire que c’est un grand entraîneur. Il a un parcours très éloquent, et c’est grâce à lui que la boxe mauricienne a pu atteindre des sommets. Il est comme un père pour moi. C’est une personne qui a, toujours, été claire dans ce qu’il faisait. Même si on souffrait à l’entraînement on était toujours certain que les résultats allaient suivre. Je le remercie pour tout ce qu’il a fait, et je lui souhaite que du bonheur dans sa vie.»
«Il a eu une riche carrière. Jean-Claude a fait ses preuves et a réalisé des résultats exceptionnels. C’est quelqu’un de très respecté, que ce soit en Afrique qu'en Europe. Il a côtoyé de grands boxeurs, et a fait honneur au pays. Je dois dire que beaucoup de boxeurs qui ont travaillé avec lui ont par la suite embrassé une carrière d’entraîneur. C’est triste de le voir partir. Il mérite tout notre respect.»
Jean-Claude Nagloo débute sa carrière de boxeur en 1965 à Plaisance sous la supervision de Farid Matar, lui-même un ancien boxeur professionnel.
Venant d’une famille de huit enfants, il a étudié jusqu’à la Form III.
Il effectue son premier combat au cinéma Pathé Palace à Curepipe et le perd contre le père de José Achille, France.
En 1966, Jean-Claude Nagloo remporte son premier combat lors de l’émission boxing in studio organisée par la MBC TV contre Idriss Doomun.
Avec l’ouverture du Foyer de l’Amitié à Plaisance, Jean-Claude Nagloo et ses amis boxeurs fondent le Plaisance Boxing Gym.
Il participera à plusieurs tournois nationaux et restera pendant huit années consécutives champion de Maurice dans les catégories -63kg jusqu’à -81kg.
Étant un puncher il a remporté tous ses combats par K.-O et cela dès l’âge de 17 ans.
En 1968, il est le seul Mauricien à remporter son combat lors d’un gala organisé par l’Armée anglaise entre les boxeurs mauriciens et les soldats britanniques.
Effectuant sa première sortie internationale à Madagascar en 1968, Jean-Claude Nagloo est élu le meilleur jeune du tournoi après avoir effectué une victoire et une défaite.
Il rejoindra la force policière en 1973 et deviendra successivement lance corporal, caporal puis sergent.
Durant son service, Jean-Claude Nagloo fera partie de l’équipe de boxe de la Police tout en restant membre de la Fédération mauricienne de Boxe (FMB).
Jean-Claude Nagloo remportera la médaille d’argent aux JIOI de 1979 à la Réunion après sa défaite en finale contre un seychellois. Ce sera aussi son dernier combat en tant que boxeur.
Après avoir pris ses distances avec le noble art, l’ex-puncher décide de revenir dans le milieu comme entraîneur. Il débutera en effectuant un stage de six semaines en Zambie.
À son retour, il travaillera avec l’équipe nationale de boxe tout en collaborant avec des entraîneurs étrangers.
Suite à la fusion entre la FMB et la Commission de la Mauritius Sports Associations dans le cadre des Jeux des îles de 1985 à Maurice, il dirigera la sélection de boxe qui remportera trois médailles d’or aux JIOI.
Il a travaillé avec Frankie Lesage et Fabricio Leclercq les Directeurs Technique Nationaux de boxe. Et a connu tous les ministres de la Jeunesse et des Sports (MJS) depuis l’indépendance du pays en 1968.
Il a également côtoyé tous les présidents du Comité Olympique Mauricien (COM) et ceux du Mauritius Sports Council (MSC).
Il a mené ses boxeurs à cinq Jeux olympiques à savoir Atlanta 1996, Sydney 2000, Athènes 2004, Beijing 2006 et Londres 2012.
Il est décoré en 1998 par le Président de la République en recevant le Distinguish Service medal.
Il a également été titré meilleur entraîneur du pays par le MSC à six reprises à savoir 1996, 1997, 1998, 2006, 2007 et 2008.
Qadeer Hoybun
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